L’économie mauricienne devrait poursuivre sur la voie de son rétablissement en 2011 mais il y a des risques accrus à sa croissance dus surtout à l’incertitude prévalant dans l’économie globale. C’est ce que souligne la Banque de Maurice (BoM) dans la septième édition du Financial Stability Report publié cette semaine. Dans le document, la Banque centrale fait état de sa préoccupation devant le faible niveau de l’investissement privé et de la baisse de l’investissement direct étranger (Foreign Direct Investment) qui, en cas de repli continu, pourrait poser problème concernant le financement du déficit des comptes courants de la balance des paiements. Quand à la stabilité financière générale, la BoM considère qu’elle ne semble pas menacée compte tenu de la solidité du secteur bancaire.
Le redressement de l’économie nationale, soutient les autorités bancaires, se maintient avec un taux de croissance estimé pour 2011 à 4,5 % par rapport à 4,3 % en 2010. Mais la Banque de Maurice (BoM) s’empresse de souligner dans son rapport que les risques provenant de facteurs exogènes pourraient modifier les perspectives de croissance. Dans un communiqué de presse accompagnant la publication du rapport, la Banque centrale relève que « the economy remains vulnerable to a number of risks arising from external developments and, in particular, the inability of advanced economies to improve the pace of economic recovery ». La concrétisation éventuelle de ces risques aura certainement un impact sur la croissance et affectera par ailleurs la stabilité de notre système financier. Beaucoup, comme le précise la BoM, dépendra de la capacité des pays développés à résoudre leurs problèmes économiques et budgétaires.
Se référant aux données concernant la performance de certains secteurs de l’économie mauricienne au cours du premier trimestre 2011, la BoM estime que l’immobilier, le secteur des affaires, l’industrie manufacturière et le secteur d’intermédiation financière (les banques plus précisément) seront les forces motrices de la croissance en 2011. Les données tendent à montrer que ces secteurs ont contribué plus que les autres à la croissance, sur une base annuelle, de 3,8 % enregistrée au premier trimestre 2011. Mais on a aussi constaté un repli important du secteur de la construction (-11,7 % sur une base annuelle). 
La BoM se dit préoccupée par le très faible taux de croissance (+0,6 %) de l’investissement privé au cours du même trimestre, une situation qui peut potentiellement peser sur la croissance à l’avenir. Les autorités bancaires, tout en faisant état de la confiance des opérateurs économiques prévalant dans les secteurs commercial, manufacturier et des services au moment de la préparation du Financial Stability Report, font remarquer que « risks to growth, however, are more than ever present especially through the threat of a drastic reduction in external demand in the wake of the current slowdown in the global economy and the persistent debt problems in the euro area ».
Parlant de la dette extérieure brute du pays, la Banque centrale observe une hausse continue du niveau : 13,7 % du produit intérieur brut (PIB) aux prix du marché et 26,6 % de la valeur des exportations de produits et services à fin mars 2011. Prenant en considération les emprunts à venir du gouvernement, la BoM s’attend à une augmentation continue du ratio de la dette extérieure par rapport au PIB d’ici la fin de l’année. Outre la dette, le rapport de la BoM fait aussi référence à l’évolution du déficit des comptes courants au cours du premier trimestre 2011, le niveau se situant à environ 4,5 % du PIB. 
Les autorités estiment qu’à ce niveau, le déficit des comptes courants « is not considered as posing a risk to financial stability » mais considèrent qu’il faut garder à l’oeil la tendance concernant les investissements directs nets en provenance de l’étranger. « FDI inflows have come down significantly in the first quarter of 2011 and, should this trend be maintained, the financing of the current account deficit may become a source of concern through its implications for the rupee exchange rate », soulignent les auteurs du rapport.
Réserves en hausse
La BoM se réconforte que le niveau des réserves brutes officielles en devises ait grimpé de façon soutenue pour atteindre Rs 81,7 milliards à fin juin 2011, surtout après le décaissement des emprunts négociés par le gouvernement et les interventions de la Banque centrale sur le marché des devises. Le niveau des réserves représentait alors un peu plus de sept mois de couverture des importations, un niveau qui, fait-on ressortir, « provides a confortable cushion to mitigate the impact of external shocks ».
S’agissant du budget, le rapport indique que le déficit se situerait cette année à 4,3 % du PIB contre 3,2 % en 2010. Une augmentation attribuable en grande partie aux dépenses de développement élevées prévues par le gouvernement. Le déficit budgétaire, selon les prévisions, serait ramené à 4,1 % en 2012 et 3,9 % en 2013. La BoM est toutefois d’avis que la mise à exécution des mesures visant à réduire le déficit dépendra de la tournure des événements au niveau de l’économie globale.
Le Financial Stability Report passe aussi en revue la situation concernant l’emprunt des ménages, indiquant que les crédits totaux accordés par le secteur financier, en particulier les banques, ont augmenté de 15,7 % au cours de l’année se terminant au 30 juin 2011 contre 14,9 % pour la même période se terminant à fin juin 2010. Les crédits aux ménages représentaient 118,3 % du PIB à fin mars 2011 contre 16,8 % à fin mars 2010. « While this may not unnessarily point to increased vulnerability, the household sector may warrant closer monitoring, particularly with regard to debt repayment capacity », prévient la Banque centrale. 
Citant le Continuous Multi-Purpose Household Survey effectué par le Bureau central des statistiques, les auteurs du rapport remarquent qu’environ 50 % des ménages étaient endettés auprès des institutions bancaires et non bancaires en 2010. Le remboursement des dettes en pourcentage des revenus totaux des ménages a augmenté, passant de 17,1 % en 2009 à 18,5 % en 2010 alors que le ratio des repaiements des dettes en pourcentage des dépenses totales des ménages se situait à 21% en 2010 contre 19,3 % en 2009.
Par ailleurs, la BoM n’est nullement inquiète de la situation dans le secteur bancaire, notant que ce dernier est résilient et ne court pas le risque d’un effondrement. Les indicateurs de stabilité financière sont « at reasonable levels ». De plus, les banques à Maurice ne sont pas trop exposées aux développements sur les marchés financiers étrangers. « With the favorable outlook for profits, the banking sector does not appear to pose significant risks to overall financial stability », conclut la BoM.