Après trois jours de réflexion et de débats autour de l’interculturel et la paix, en décembre 2012, la Fondation pour l’interculturel et la paix (FIP) a procédé au lancement d’un ouvrage sous le titre : « Diversité culturelle et interculturel : quelles assises pour la paix ? », à la fin du mois d’août. Il regroupe « l’essentiel » des communications présentées par les participants.
Cet ouvrage de référence aborde le sujet de l’interculturel, indissociable du multiculturel, en théorie mais aussi à travers des expériences vécues. Les participants issus de milieux et de nationalités différentes ont chacun présenté le sujet tel qu’ils le conçoivent mais avec un fondement commun, celui du vivre ensemble dans la paix. Le livre est préfacé par le Prix Nobel de littérature 2008 Jean-Marie Le Clézio, cofondateur avec Issa Asgarally, linguiste mauricien, de la Fondation pour l’interculturel et la paix (FIP) en 2009. Dans Crise et universalité, il porte sa réflexion sur la crise économique, morale et intellectuelle (voir un extrait plus loin).
L’aspect théorique a été mis en avant par Issa Asgarally dans sa communication intitulée « Guerre ou paix : quelle conception des cultures et des civilisations ». Le participant devait cependant partir d’une anecdote, somme toute traumatisante, dont il a été témoin lors des émeutes de 1999 à Maurice pour illustrer son propos sous les sous-titres « Racisme et identités meurtrières », « Une conception erronée et dangereuse des cultures et des civilisations »… Pour Issa Asgarally, « l’interculturel n’est pas une passerelle entre des ghettos ethno-culturels. C’est au contraire un désenclavement des cultures. Si le multiculturalisme est un état, l’interculturel, lui est une démarche ». Il rejette ainsi les blocs monolithiques et homogènes pour un échange et un vivre ensemble dans le respect de l’autre.
D’autres participants ayant abordé l’aspect théorique sont Gilles Verbrunt, sociologue et essayiste hollandais, qui remet en question la définition de “culture”. Pour lui, « les cultures ne se distinguent plus par leurs références à une population ou un territoire, mais par rapport à une activité humaine. L’interculturel ne se joue plus entre plusieurs cultures mais dans l’interaction de plusieurs acteurs dans un champ d’activité délimité ». L’anthropologue Karen Lopez Hernandez a porté sa réflexion sur la globalisation et les interactions qu’elle entraîne. Pour elle, elles sont interculturelles. Elle est d’avis que les stéréotypes du passé et les relations inégales entre cultures génèrent des conflits alors que leur valorisation apporte un changement d’attitude pour plus de respect et de paix.
Geetanjali Pyndiah, professeur d’art à l’école des Beaux-arts au Mahatma Gandhi Institute (MGI), a orienté son travail sur la construction identitaire et l’interculturel à travers les travaux d’artistes. Isabelle Roussel-Gillet, docteur en littérature et maître de conférence à l’université de Lille, étudie les auteurs qui transcendent la monoculture pour vivre la réalité de l’interculturel dans leurs écrits.
Parmi ceux qui ont essentiellement évoqué des expériences : Reynolds Michel, Mario Serviable, Céline Ramsamy-Giancone, Thierry Malbert et Brigitte Croisier de La Réunion.
Les participants ont abordé la question dans l’océan Indien mais aussi dans d’autres parties du monde. Amita Agarwal a évoqué le concept de zone de paix dans l’océan Indien avec la décolonisation, une question encore d’actualité. « Diversité culturelle et interculturel : quelles assises pour la paix ? » a pour but de pourvoir aux chercheurs et au public en général des pistes de réflexion sur la question afin d’aboutir vers un monde paisible. Il est en vente en librairie à Rs 300 l’exemplaire.