La pétition réclamant le gel de l’accord de pêche avec l’Union européenne (UE) et la mise en place d’un National Maritime Audit Committee a été remise au Premier ministre hier. Dans la foulée, la coalition, regroupant pêcheurs et militants de l’environnement, réclame la démission du ministre de la Pêche, Nicolas Von Mally. Elle qualifie de « trahison », le fait d’avoir conclu un accord pour permettre aux pays de l’UE d’exploiter nos ressources marines sans consulter les pêcheurs.
« Nicolas Von Mally s’est disqualifié en tant que ministre de la Pêche. Pour cette raison, nous réclamons sa démission. » Ashok Subron, porte-parole de la coalition, se montre très critique envers Nicolas Von Mally car, dit-il, cet accord avec l’UE est au détriment des pêcheurs et du peuple mauricien dans son ensemble.
Selon le Fisheries Partnership Agreement (FPA) 2012-2015, 86 bateaux de l’UE pêcheront à 15 milles nautiques de nos côtes pendant trois ans. Si au niveau des autorités cet accord s’avère nécessaire pour alimenter les usines dans le seafood hub, pêcheurs et écologistes ne l’entendent pas de cette oreille. « Les techniques de pêche utilisées par ces bateaux équivalent à passer notre mer au peigne fin », avance Judex Rampaul, président du Syndicat des pêcheurs. Il se demande ainsi comment la pêche à la senne est fermée pendant certaines saisons à Maurice alors que les thoniers senneurs européens pêcheront sans arrêt pendant trois ans. De même, il est estimé que leur présence nuit aux activités des pêcheurs locaux qui peinent à ramener des poissons.
Siddick Djasazee, petit propriétaire de bateau, confie que lors de sa dernière campagne de pêche d’une durée de 25 jours, il est revenu avec seulement 2 tonnes et 69 kilos de poissons. « Lorsqu’on fait le calcul, on n’arrive même pas à couvrir les frais de carburant », déclare-t-il. Dans toute cette situation, ce sont les consommateurs mauriciens qui souffrent, ajoute-t-il. « Lorsque les prises sont bonnes, le thon se vend à Rs 100 pour trois livres, autrement, on paye le même prix pour un demi-kilo seulement. »
Trente-et-une organisations de pêcheurs, des mouvements écologistes, des syndicats ont signé la pétition remise au Premier ministre hier. Une vingtaine d’individus et Rezistans ek Alternativ ont aussi apposé leur signature au document. La coalition bénéficie également d’un soutien de taille avec l’organisation internationale Greenpeace, sous la signature de Tamara Stark.
Pour rappel, lors du passage du Rainbow Warrior à Maurice le mois dernier, Greenpeace avait tiré la sonnette d’alarme sur le stock de thon et les techniques de pêche néfastes à l’environnement marin. Dans son rapport, rédigé à la suite de cette visite, Greenpeace avait émis le souhait que Maurice « prenne possession de ses eaux ».
Simon Clydesdale, Ocean Campaigner sur le Rainbow Warrior avait aussi écrit que « les pêcheurs artisanaux souffrent de la surexploitation de la mer par des flottes étrangères équipées de Fish Attracting Device (FAD) et de palangriers ».
Greenpeace mentionne également que Maurice a le potentiel de développer son propre modèle de pêche durable au lieu de se contenter d’accorder des permis aux bateaux étrangers et leur permettre de faire leur servicing dans son port. « This policy generates some government and private income, but depletes local catches and encourages the destructive status quo of industrial fishing », mentionne le rapport.
Un changement de politique et de leadership sont nécessaires pour renverser la situation, écrit Simon Clydesdale. L’Ocean Campaigner termine son rapport en parlant de Maurice comme d’une « island of contrasts ». Il faisait ainsi référence aux initiatives prises pour un développement durable, alors que d’autre part, le permis est octroyé aux bateaux étrangers aux pratiques néfastes pour l’environnement. « Scratching further beneath the surface we found that Mauritius is home to both extremes of the sustainability spectrum », constate Greenpeace.