Après une campagne d’explication de trois mois, la coalition militant contre l’accord de pêche avec l’Union européenne a soumis sa plainte officielle au Premier ministre Navin Ramgoolam aujourd’hui. Elle réclame le gel du Fisheries Partnership Agreement 2012-2015 qui autorise 86 bateaux de l’UE à pêcher dans notre zone économique exclusive pour une période de trois ans.
« Nous espérons que Navin Ramgoolam n’entrera pas dans l’histoire comme le Premier ministre ayant cautionné la dilapidation des plus grandes ressources que possède la république. » C’est sans détour qu’Ashok Subron, porte-parole de la coalition, évoque la responsabilité du chef du gouvernement concernant le Fisheries Partnership Agreement 2012-2015.
Le chef de file de Rezistans ek Alternativ qui s’est rallié à la cause du Syndicat des Pêcheurs espère que « le Premier ministre sera à la hauteur de ses responsabilités ». Selon lui, cet accord de pêche, fait « dans le dos de la population », relève d’une dimension tellement importante qu’on ne peut le laisser « entre les mains de quelques technocrates du ministère de la Pêche et une poignée de capitalistes qui s’enrichissent au détriment du peuple ».
Dans sa pétition au Premier ministre, la coalition fait une demande formelle pour la mise en place d’une National Maritime Audit Committee. Cet organisme serait chargé de faire un constat de nos ressources. « Comment peut-on accorder un permis aux bateaux européens pour venir pêcher dans notre zone économique exclusive (ZEE) alors que nos pêcheurs et marins n’ont pas de travail ? » se demande Ashok Subron.
Le porte-parole de la coalition rappelle que le dernier accord avec l’UE concernant le sucre, fait « par une poignée de technocrates et des vested interests », avait dû être revu à la demande de Navin Ramgoolam sous la pression des syndicalistes. « Le Premier ministre s’est rendu compte que cet accord était totalement défavorable à Maurice et a ainsi renégocié la réforme de l’industrie sucrière en 2007. »
De la même façon, poursuit Ashok Subron, la coalition veut attirer l’attention de Navin Ramgoolam sur les « sérieux problèmes liés à l’accord de pêche avec l’UE ». Il juge inacceptable que, selon cet accord, les Européens pêcheront nos thons à Rs 2,28 le demi-kilo, alors que les Mauriciens en achètent à Rs 100.
Qui plus est, les techniques de pêche utilisées sont nuisibles à l’environnement marin, comme démontré par Greenpeace lors de son récent passage à Maurice. Ashok Subron estime également que le modèle du seafood hub doit être revu.
La coalition attendra une réponse du Premier ministre avant d’enclencher d’autres actions, à la fois à Maurice et en Europe. « Nous travaillons déjà avec des mouvements européens à ce sujet. »
La coalition regroupe le Syndicat des Pêcheurs, Rezistans ek Alternativ, la Professional Seafarers Union, la General Workers Federation et le Centre for Alternative Research and Studies on Economic Social and Environmental Issues. De nombreuses autres organisations engagées, entre autres, dans le domaine de l’environnement, et l’association des planteurs ont signé la pétition.