Photo illustration

– Un taux de 3,5% annoncé pour l’année prochaine

L’année 2019 promet d’être une année charnière sur le plan économique. Fitch Solutions Macro Research vient de jeter un pavé dans la mare… Selon un dernier rapport sur Maurice, publié par Fitch, la croissance économique du pays ralentira l’année prochaine. « Ce recul sera provoqué par les secteurs sucrier et financier », lit-on. Pour l’expansion économique, il faudra compter sur la construction et le textile. Sur le long terme, le développement du pays en tant que plaque tournante du transbordement et du financement sur la “China’s Maritime Silk Road” – qui doit être garantie par un accord de libre-échange d’ici le début de 2019 – contribuera à stimuler la croissance économique.

À la lumière de ces développements, Fitch annonce que la croissance réelle (“real growth”) passera de 3,7% cette année à 3,5% en 2019, et ce avant d’atteindre une moyenne de 4,3%, jusqu’en 2027. Avant d’en arriver là, il faudra passer par une période assez mouvementée et le rapport précise que des vents défavorables aux secteurs du sucre et des services financiers freineront la croissance l’année prochaine. Le secteur sucrier, en particulier, sera soumis à une rude pression, son principal marché (l’Europe) enregistrant une augmentation considérable de sa production nationale : « Headwinds to sugar and financial services sectors will constrain growth in 2019. The sugar sector is set to face ongoing headwinds as its key export destination in Europe is seeing a huge increase in domestic production following the lifting of EU sugar production quotas in late 2017. The lifting of these quotas will weigh on demand for Mauritian sugar in this market, as more new production is set to be brought online than Mauritius exports to the bloc annually. » En termes de valeur ajoutée brute, « la production de canne à sucre a diminué en moyenne de 9,2% en glissement annuel au premier semestre de l’année », indique Fitch Solutions,  et d’ajouter « we expect the sector to remain in trouble into 2019 ».

Fitch prévoit également des soucis pour le secteur des services financiers, avec la mise en œuvre intégrale des révisions de la convention de double imposition fiscale avec l’Inde, l’un des fondements mêmes du secteur des services financiers mauricien. « This matters as Mauritian banks had assets worth around 287.7% of GDP held in their banking system – as of July 2018 – largely because they were the largest source of foreign investment into India due to the advantages of low capital gains tax (CGT) relative to that incurred by investing directly in India. Between April 2017 and April 2019 a transition period will keep CGT at half of Indian levels, while a grandfathering clause – by which investments made before the treaty changes remain in place on their original terms – has ensured that the sector has not been hit too hard by the revisions », lit-on dans le rapport.

Fitch note par ailleurs que les « foreign liabilities held in the system » ont diminué de 35,2% entre avril et juillet derniers, et prévoit que le relèvement de la CGT au niveau indien en avril 2019 accélère ce processus, « as foreigners lose the advantage of basing capital in Mauritius ». Cela suggère que « moins de capitaux étrangers circuleront dans le système, ce qui réduira en conséquence les revenus des banques mauriciennes », poursuit Fitch dans son analyse. « Ce qui créera d’autres difficultés économiques pour le pays et entraînera un ralentissement modéré de la croissance », dit-il.

Le côté positif, c’est la croissance rapide dans le secteur du bâtiment. « Cet aspect permettra au pays d’éviter une dégradation plus grave de son taux de croissance », argue Fitch Solutions. Et d’ajouter : « Given a large number of projects ongoing in the country – including public buildings, energy and transport projects – the construction sector expanded faster than others in Q218, with construction having grown by 10.1% y-o-y in GVA terms. This sector will continue to drive growth in 2019 and 2020 as projects will take several quarters to complete. »

À plus long terme, la croissance économique de Maurice devrait s’accélérer grâce à ses liens grandissants avec la Chine et l’Afrique continentale. Le pays est en effet sur le point de conclure un accord de libre-échange (ALE) complet avec la Chine, le tout premier ALE entre l’Afrique et la Chine. Et Fitch d’ajouter que les installations portuaires de Port-Louis – actuellement en expansion – constitueront un centre de transbordement « bien placé » pour les exportations chinoises à destination de l’Afrique.

Maurice a déjà conclu un accord commercial formel avec les blocs commerciaux africains (COMESA et SADC), couvrant une grande partie du continent. Vu la position géographique de Maurice et son éventuel accord de libre-échange avec la Chine, Fitch estime que les secteurs du transport et du stockage notamment seront « dynamisés ».