Entre des policiers qui se retrouvent au centre de polémiques pour, encore une fois, les mauvaises raisons, la reprise (enfin !) de l’auguste Assemblée nationale après que le PM a préféré en fermer ses portes le temps d’une mission à l’étranger, comme si les VPM qu’il a nommés ne pouvaient assurer l’intérim, et la superbe annonce, en début de semaine, de la part du nouveau ministre du Land Transport & Light Rail à l’effet qu’il allait « étudier, avec les ingénieurs du métro s’il s’avère utile, ou pas, de placer des barrières » aux intersections où les trams coupent la route aux automobilistes, et vice versa, on se demande si on ne nage pas en… plein délire !

On a certes connu Alan Ganoo beaucoup plus clair et réfléchi dans ses propos. Mais comme dirait l’autre, autre temps, autres mœurs ! Depuis qu’il a rejoint les rangs du Parti Soleil, suivant un coup subi (de soleil ou de foudre ?) de tête fin 2019, ce politique rompu à l’art de la “realpolitik”, qui a été entre autres Attorney General et leader de l’opposition, nous livre quelques réactions pour le moins inattendues depuis qu’il occupe son nouveau maroquin.

Sa récente déclaration, ce mardi 11, à l’effet qu’il s’en remettait aux ingénieurs de MEL, laisse pour le moins pantois ! Quand on sait que ces mêmes ingénieurs se sont dédouanés de la gestion des opérations, passant le relais aux policiers, catapultés nounous des conducteurs, depuis que les trams circulent, on ne peut que rester… perplexe. Et quand on y ajoute des éléments comme le chaos et les multiples incidents, “remember” les eaux usées déversées dans les maisons et commerces, entre autres, survenus sur différents chantiers, on se dit qu’on n’est pas au bout de nos surprises (ni de nos peines !) et qu’on doit s’attendre à tout. Évidemment, on se fera taxer de scepticisme parce qu’on comprend mal pourquoi une décision qui semble couler de source doit prendre autant de temps et d’énergie. Mais alors, quelle alternative aux barrières ? Placer encore plus de policiers pour faire le guet ? Déjà qu’avec les récentes frasques de certains qui portent l’uniforme et d’autres qui sont suspendus pour manquements à leur devoir, le nombre d’agents semble diminuer considérablement… Ou nous sortira-t-on une nouvelle campagne de sécurité routière avec contraventions et amendes en bonus ?

Parce que, soyons francs et honnêtes, les conducteurs mauriciens sont loin d’être les plus disciplinés et rigoureux de la planète, voire ne serait-ce que de l’Afrique. Alors pour compter sur leur sens de la responsabilité pour changer la donne en moins d’une année, on peut repasser dans… 20 ans. Et entre-temps, combien d’accidents pires que celui du 31 janvier dernier avec, peut-être, et on ne le souhaite certainement pas, des morts d’hommes à la clé, faudra-t-il avant qu’enfin Alan Ganoo et les autorités concernées réalisent qu’il est important, voire inévitable, de placer des barrières pour parer à toute éventualité ?

On ne cessera de le répéter : nous sommes à Maurice, soit sur un petit lopin de terres où est amenée à cohabiter et circuler quotidiennement une flotte conséquente et croissante de véhicules motorisés, et avec, depuis fin 2019, désormais l’élément nouveau : le tram, ses rails et les modifications sur certains tracés habituels. Sur aussi peu de terrain et avec l’exiguïté qui caractérise nos agencements routiers, il paraît imparable de prendre quelques mesures urgentes et extrêmes.

Et d’ailleurs, on ne comprend pas au juste pourquoi ne pas avoir envisagé des barrières dès le début dans ce projet ? Ça tombe sous le coup de la logique, non, que ceux concernés par cette affaire ont bien dû évoquer cet aspect de la sécurité et de la circulation ? Alors pourquoi la décision de placer des barrières n’a-t-elle pas été à l’agenda ? Quand des milliards ont été injectés dans ce projet, on voit mal comment dépenser quelques milliers de roupies de plus pèserait sérieusement dans la balance !
En attendant une décision finale cette semaine, prions que le bon sens prime et l’emporte sur les bla-bla usuels des politiques, trop accaparés par leur propre aura.