Depuis quelque temps des changements significatifs sont observés sur la plage s’étalant de Flic-en-Flac à la baie de Tamarin en passant par Wolmar. Travaux de réaménagement, érosion, assèchement des rivières, ces modifications observées ont différentes causes dont certaines sont inexpliquées. Dans quelques cas, les habitants et les pique-niqueurs se réjouissent, alors que dans d’autres ces changements suscitent des questions et des inquiétudes. Des conséquences ont déjà été observées sur la faune et la flore.
À Flic-en-Flac, loin des regards des pique-niqueurs, d’importants travaux ont été réalisés en face de l’hôtel Klondike. Des bulldozers été récemment à l’oeuvre pour enlever les coraux pour les remplacer par du sable. Ainsi, ceux qui connaissent la région n’y verront plus les coraux arrondis et blancs qu’on y trouvait juste après le mur de l’hôtel sur le passage menant aux falaises de Flic en Flac. À la place, ils verront une plage de sable blanc où des kiosques sont en phase de construction. Les travaux se sont arrêtés à cette partie de la plage, les roches se trouvant dans la mer en face de l’hôtel n’ont pas été enlevées.
Quelques kilomètres plus loin, le paysage et loin d’être aussi réjouissant. Malgré les travaux entrepris dans le passé, l’érosion de la plage de Flic-en-Flac continue. Et Wolmar n’est pas en reste. Par endroits, des racines de filaos ont été mises à nus sur la plage et quelques arbres menacent même de tomber, l’érosion ayant fouillé le sable à leurs pieds. Ce même phénomène commence aussi à être observé devant quelques-uns des hôtels se trouvant plus loin. Dans quelques cas, les abris construits sur le sable ont commencé à pencher.
Inquiétude: l’assèchement des embouchures
Autre sujet de préoccupation du côté de Wolmar toujours: l’assèchement de l’embouchure de la rivière qui jusqu’il y a quelques mois se jetait dans la mer au niveau de la plage publique. Provenant du Chassée de Maroussem, la rivière a considérablement perdu son débit d’eau et s’arrête net à une dizaine de mètres de la mer. Le phénomène persiste depuis plusieurs mois, explique un vigile travaillant dans un des deux hôtels avoisinants. Dans la mer en face, témoigne un pêcheur, le niveau de l’eau a considérablement baissé et la quantité de poisson aussi semble désormais affectée.
C’est aussi le même constat qui est fait par des personnes du village de Tamarin. Il y a maintenant moins de poissons que dans le passé dans la rivière voisine où les pêcheurs trouvaient jusque récemment leurs appâts. Malgré les travaux entrepris pour la sauver, la célèbre embouchure de la baie de Tamarin n’existe plus. Les averses et la marée montante n’y ont rien changé, disent des habitants. Le lit de la rivière sur la plage a déjà été bouché par le sable.
Pour ces habitants, cette situation serait liée à une baisse importante dans le débit d’eau. En février dernier, Week-End déplorait déjà la situation. En vue de rouvrir l’embouchure de la rivière, la Beach Authority alors avait entrepris d’enlever le sable accumulé à l’aide de pelleteuse. Si les habitants et pêcheurs de la région ainsi que les étrangers transitant par la plage ont déploré ces travaux effectué à l’aide de machines, alors que les clauses de l’Environment Act sont claires sur ce propos, les travaux ont été maintenus et plus d’une quarantaine de camions de sable avait été enlevés et les tonnes de sable ont été transportées sur les plages du Nord, selon certaines sources ministérielles.
Selon l’océanographe et ingénieur en Environnement, Vassen Kauppaymuthoo, l’accumulation de sable dans la rivière de Tamarin ne relèverait pas d’un problème climatique comme pourrait le faire croire certains. Selon lui, le problème découlerait plutôt d’un manque de coordination et de mauvaise gestion des ressources.
Pour soutenir ses propos, l’expert en environnement indique que « cette embouchure s’est fortement dégradée suite aux travaux des autorités pour bloquer l’eau en amont, au niveau de Mare Longue en vue de raccorder Mare-aux-Vacoas ». Vassen Kauppaymuthoo prédisait également une accentuation du problème à cet endroit avec l’intention de la CWA d’utiliser l’eau de Magenta qui appartient à un bassin versant spécifique S pour la basculer dans un bassin versant G, où se trouve Mare-aux-Vacoas. Selon lui, l »idée de la CWA de prendre l’eau de Magenta est mauvaise car cela va assécher toute une zone de la côte Ouest.
L’embouchure de la baie de Tamarin n’existe plus
Vassen Kauppaymuthoo avait par ailleurs fait ressortir qu' »avec ces travaux, de graves dégâts sont irrémédiablement causés à l’environnement. Le fait d’avoir enlever ce sable à Tamarin pour le placer ailleurs, alors que le sable est un sédiment dynamique qui se déplace au cours de l’année, provoquera des problèmes à l’avenir ». Force est de constater qu’aujourd’hui, l’embouchure de la baie de Tamarin n’existe plus. Et ce problème ne fait que s’étendre à d’autres embouchures dans la région, dont celle de Wolmar. Et les risques d’érosion sur la plage s’accentuent.
Pour les habitants de la région, il est primordial que les autorités enquêtent sur cette anomalie qui affecte la flore, la faune et le paysage dans la région. Cette situation provoque des problèmes de sanitation, notamment avec l’eau pourrie dans l’embouchure de Tamarin, et aussi les problèmes d’ordres écologiques, rappellent-ils. « Il est nécessaire, en raison de l’ensablement de l’embouchure de la rivière, d’enlever l’accumulation. Mais le sable enlevé doit rester dans le même environnement », explique Vassen Kauppaymuthoo. Selon lui, pour résoudre le problème à l’embouchure de Tamarin, il faut relâcher impérativement l’eau de la rivière au risque autrement de créer un désastre écologique tout le long du cours d’eau et dans le bassin versant S, de sa source jusqu’à l’embouchure.