Le premier Managing Director adjoint du Fonds monétaire international (FMI), David Lipton, s’est appesanti hier sur une approche équilibrée en matière de gestion des flux de capitaux. Il intervenait à l’ouverture de la conférence organisée à l’hôtel Westin, Balaclava, par le FMI, l’Africa Training Institute et le Département de Développement International du Royaume-Uni. Cette conférence d’un jour était axée sur le thème « Gérer les flux de capitaux : les leçons des pays émergents à tirer par les Frontier Economies ».
Devant un parterre composé du ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo (qui a également prononcé un discours inaugural), de représentants de banques centrales de plusieurs pays, d’académiciens, de diplomates et d’économistes, David Lipton a élaboré sur les bénéfices que des pays peuvent tirer des flux de capitaux, surtout si ceux-ci sont utilisés à des fins productives, mais aussi sur les défis et risques qui peuvent émerger en cas d’afflux subits et conséquents de capitaux. Les flux de capitaux vers les Frontier Markets ne cessent d’augmenter et les sources de ces capitaux sont de plus en plus diversifiées. Les « Frontier Markets » sont catégorisés comme des économies pré-émergentes que les investisseurs ont tendance à cibler vu que ces marchés offrent des possibilités de retours élevés sur les investissements. Maurice est classé dans ce groupe de pays et son marché des capitaux est pris en compte dans plusieurs indices boursiers internationaux.
Lors de son intervention, le N° 2 du FMI a observé que les flux de capitaux dans les Frontier Markets prennent différentes formes : investissements directs étrangers dans l’exploitation de ressources naturelles, financement de projets d’infrastructure, participation dans des émissions d’obligations d’État et capitaux privés dans différents secteurs économiques. Il y a des bénéfices importants associés à l’apport de capitaux, a argué David Lipton. « Countries that are open to capital flows are better able to take advantage of investment opportunities, and achieve higher growth », a-t-il souligné d’emblée. Avec les flux de capitaux, il y a également un transfert de technologies, de savoir-faire. L’apport de capitaux permet également à un pays de promouvoir le développement de son secteur financier et d’accorder une grande importance au partage des risques à travers une diversification de son portefeuille international.
Cependant, a prévenu David Lipton, il ne faut nullement négliger les défis que représente un afflux de capitaux massifs. « For countries where private flows are mostly to the public sector, the key challenge is ensuring that the capital is used productively – and that public debt remains sustainable, recognizing that repaying the debt will eventually require both higher governement revenues and greater foreign exchange earnings ». Un important flux de capitaux peut, par ailleurs, provoquer des désordres macroéconomiques tels une surévaluation de la monnaie nationale. Cela peut, en conséquence, affecter la compétitivité du pays au plan international et donner lieu à une dislocation économique quand il y a des retraits de capitaux.
Une approche équilibrée en matière de gestion des flux de capitaux est la plus appropriée, a soutenu David Lipton. Une telle approche exige qu’on arrive à maintenir une discipline au niveau de la politique macroéconomique et qu’on renforce la surveillance et la réglementation du secteur financier. Quand on utilise les capitaux privés pour financer les projets du secteur public, on doit, a poursuivi David Lipton, faire montre d’une capacité de jugement solide pour bien évaluer les retombées des investissements réalisés sur la société. Il y a également d’autres points à considérer quand les capitaux commencent à affluer dans tous les secteurs de l’économie : l’impact sur le taux de change, le resserrement de la politique monétaire en cas de pressions inflationnistes, le contrôle du niveau de la dette, l’introduction de mesures macroprudentielles pour maintenir la stabilité financière dans le pays.
Dans l’éventualité où tous les outils d’une gestion efficace des flux de capitaux ont été utilisés et qu’il existe encore des craintes quant aux retombées néfastes d’un afflux de capitaux trop grand, on pourrait, a ajouté David Lipton, envisager des mesures de contrôle sur l’entrée des capitaux.