Le Fonds monétaire international prévoit un taux de croissance de 3,7 % pour l’économie mauricienne cette année. Il s’attend aussi à ce que le taux d’inflation en progression annuelle (year-on-year inflation) soit de 5 %. C’est ce qu’a annoncé hier après-midi Martin Petri, chef de division adjoint du Département Afrique de l’institution, à l’issue d’une mission dans le cadre des consultations régulières sous l’Article IV.
Répondant aux questions de la presse après avoir au préalable donné lecture du « statement » préparé par la mission du Fonds monétaire international (FMI) à la suite de ses consultations avec les membres du gouvernement, le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), le secteur privé, la société civile, entre autres, Martin Petri a indiqué que la mission avait estimé que le taux de croissance s’élèverait à 3,7 %. Un niveau inférieur à celui annoncé par Xavier-Luc Duval, vice-Premier ministre et ministre des Finances, dans son discours du Budget 2012 et par Statistics Mauritius dans ses prévisions rendues publiques fin décembre 2011. M. Duval a laissé entendre hier que le gouvernement envisagerait de revoir à la baisse la croissance pour cette année.
Dans sa note de conclusion des consultations à Maurice, la mission du FMI annonce que le taux de croissance prévu pour 2012 baissera modérément à moins de 4 %. Cela en tenant compte du ralentissement dans l’économie mondiale et d’un budget légèrement expansionniste.
Martin Petri a souligné qu’en fixant un taux de croissance inférieur à 4 %, la mission du FMI a pris en compte l’évolution de la situation en Europe, le principal marché d’exportation de Maurice, où l’institution s’attend à une « slight recession ». Le chef de division adjoint du Département Afrique du FMI est d’avis que l’impact du ralentissement de l’économie mondiale sur Maurice cette année serait modéré comparativement à la situation que le pays avait connu dans le sillage de la crise financière de 2008.
Le FMI recommande des investissements accrus tant publics que privés, des avancées en termes de productivité et la consolidation budgétaire pour que Maurice puisse maintenir un taux de croissance raisonnable à l’avenir. Le chef de mission a soutenu devant la presse que des investissements plus importants sont nécessaires pour améliorer divers services publics. Martin Petri a fait mention, entre autres, des secteurs de l’eau, de l’électricité, du trafic routier. Il a aussi souhaité des efforts soutenus pour améliorer l’efficacité du secteur éducatif en particulier au niveau du primaire. « Il faut relever le niveau d’efficience dans les corps para-étatiques pour de meilleurs services. »
Le FMI appelle au « targeting of social benefits », arguant que les personnes qui sont vraiment dans le besoin doivent bénéficier des transferts sociaux. Des gains en efficience faciliteront un meilleur « targeting » social tout en permettant au gouvernement d’économiser de l’argent pour d’autres projets.
Interrogé sur la politique monétaire, Martin Petri a indiqué que la mission est d’opinion qu’elle est « broadly appropriate » et qu’il est trop tôt pour envisager un nouvel assouplissement du taux d’intérêt directeur. Les développements à venir au plan économique dicteront la tendance que doit prendre le taux d’intérêt directeur. Pour ce qui est de l’inflation, le FMI pense que le year-on-year inflation (différence entre le niveau de l’indice des prix à la consommation à fin décembre 2012 comparativement à celui de fin décembre 2011) s’élèverait à 5 %.
S’agissant du taux de change de la roupie, Martin Petri a laissé entendre que la question a fait l’objet de discussions avec les autorités compétentes. La mission est d’avis que la valeur de la roupie « is broadly in equilibrium » et qu’il n’y a pas lieu de se livrer à un « very active exchange control management ». Toute démarche visant à faire déprécier la roupie comporte des coûts, soutient-on dans les milieux du FMI.
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Principales observations de la mission Petri
L’économie mauricienne s’est comportée « raisonnablement bien » en 2011. La croissance réelle – au prix du marché – est estimée à 4,1 %, le reflet d’une politique macroéconomique prudente à long terme et d’une réaction cohérente face à la crise. Le défi pour 2012 est de maintenir la croissance à travers des investissements privés et publics et une productivité accrue. Une consolidation budgétaire à moyen terme serait judicieuse afin de rendre l’économie moins vulnérable. Mais avec le ralentissement de l’économie mondiale et à cause d’une politique budgétaire modérément expansionnaire, la croissance pour 2012 devrait être sous 4 %.
Concernant l’inflation, les récents développements sont principalement causés par la révision des prix contrôlés et des facteurs exogènes qui ne devraient pas s’inscrire dans la durée. Pas d’inquiétude à avoir : les pressions inflationnaires ne devraient pas être entretenues avec une politique monétaire appropriée et une certaine retenue au niveau de la politique salariale. Le taux d’inflation en progression annuelle serait de 5 % en 2012. Globalement, la politique monétaire semble appropriée, l’ajustement du taux d’intérêt directeur dépendant des développement futurs.
La BoM avait dû éponger l’excédent de liquidités sur le marché en 2011, ce qui a eu des effets négatifs sur ses revenus. Cette démarche était cependant nécessaire d’un point de vue macroéconomique. La situation devrait persister en 2012. La coordination entre les politiques de la BoM et la stratégie de financement des besoins du gouvernement devrait contribuer au bon déroulement des marchés monétaires et de la dette.
Budget 2012 : comparé à 2011, le déficit devrait augmenter à cause des investissements dans les projets de développement et des dépenses faites à partir de fonds spéciaux. Comme en 2011, des contraintes d’implémentation pourraient freiner le niveau des dépenses réelles. La prudence est recommandée concernant les dépenses de développement. De plus, un contrôle serré des finances des entreprises publiques et des améliorations dans la politique de targeting des bénéfices sociaux est souhaité.
Le FMI est par ailleurs pour le maintien du tempo concernant les réformes économiques. Il recommande des mesures pour, entre autres, réduire les goulots d’étranglement au niveau de l’infrastructure, consolider le capital humain à travers l’éducation, améliorer le targeting des bénéfices sociaux, réformer les corps para-étatiques.