Rodrigues est à l’honneur, que ce soit au sein du diocèse de Port-Louis (Eglise catholique) ou du diocèse de Maurice (Eglise anglicane). Ainsi, hier, Mgr James Wong, âgé de 57 ans, Rodriguais de naissance et actuellement évêque des Seychelles, et ayant pratiqué pastoralement à Maurice jusqu’à la fin de 2008, succède à Ian Ernest, évêque de Maurice, en tant qu’archevêque de la province anglicane de l’océan Indien. La cérémonie d’installation de Mgr Wong dans ses nouvelles fonctions épiscopales se déroulera dimanche prochain. Ce choix du synode provincial de l’Eglise anglicane intervient au lendemain où l’Eglise de Rodrigues a été au premier plan des célébrations annuelles marquant la fête de la Saint-Louis. Avec une homélie tranchante, axée sur la problématique de l’exil des Chagossiens et du démembrement du territoire mauricien par les Anglais, l’évêque de Rodrigues, Mgr Alain Harel, a donné la démonstration qu’il ne démériterait nullement d’être l’éventuel digne successeur du cardinal Maurice Piat, qui a déjà atteint l’âge de la retraite, à la tête du diocèse de Port-Louis.
Mgr James Wong Yin Song était un des quatre candidats, dont trois de Madagascar, briguant le suffrage du collège électoral de 24 membres, soit trois membres par diocèse, pour prendre le relais de Mgr Ernest en tant qu’archevêque provincial. Interrogé par Week-End, après son élection, l’évêque des Seychelles, qui est connu et respecté par les Mauriciens, a indiqué qu’il place son nouveau ministère sous le signe de la continuation et de la consolidation de cette province anglicane dont il a la charge désormais. « Je suis  heureux de la confiance qu’on m’a faite. Ma priorité sera de travailler pour l’amélioration de la structure de la Province », a-t-il dit. Mgr James Wong, qui a fait ses études secondaires à Maurice, se consacre à la prêtrise depuis une trentaine années. Il a été ordonné évêque au sein du diocèse des Seychelles en avril 2009. Cet homme d’Eglise anglicane n’est pas un inconnu des Mauriciens en raison de sa participation à plusieurs activités dans le domaine social. Néanmoins, il aura l’occasion de se présenter en tant qu’archevêque cet après-midi lors de la messe de clôture du synode et à laquelle tous les fidèles anglicans ont été invités. Cette célébration se tiendra en l’église St Andrew’s a Quatre-Bornes. « Lors de la présentation des candidats avant l’élection, Mgr James Wong, en faisant part de ses propositions, a dit qu’il prônera la continuité et l’unité de la Province. Je suis heureux de son élection » avouera, pour sa part, Mgr Ernest, l’archevêque sortant qui a eu l’occasion de travailler avec Mgr Wong à Maurice et collaborer avec lui en tant que chef de l’Eglise anglicane dans l’archipel des Seychelles.
Une cause qui transcende nos clivages politiques
D’autre part, en la cathédrale Saint-Louis vendredi matin, à l’occasion de la fête du Saint Patron de la capitale, Saint-Louis, Rodrigues, à travers l’homélie de Mgr Harel, évêque de l’île, a encore marqué les esprits. Profitant de la prochaine célébration du 50e anniversaire de l’accession de Maurice à l’Indépendance, l’évêque de Rodrigues a lancé un vibrant appel à l’unité au sein de la République Archipel dans la revendication de la souveraineté de Maurice sur les Chagos. « Est-ce que notre indépendance, acquise il y a bientôt 50 ans, sera enfin reconnue pour l’ensemble de notre territoire ? Nous n’avons aucune raison de ne pas faire confiance à cette institution internationale (la Cour internationale de Justice). Par contre, tous les citoyens de notre République Archipel devraient faire cause commune avec le gouvernement central, afin de retrouver l’intégrité de notre territoire. Il s’agit d’une cause qui transcende nos clivages politiques », s’est-il appesanti.
Mettant l’accent sur la diversité constituant la République, Mgr Harel a fait état d’« une identité unique, mais avec donc plusieurs composantes. Ce qui est vrai pour chaque personne est aussi vrai pour les différents peuples composant notre République, c’est-à-dire les peuples mauriciens, rodriguais, agaléens et chagossiens. Nous sommes tous citoyens d’une même République, mais chaque peuple qui la compose a une identité composée spécifique ».
L’intervenant n’a pas manqué de mettre en évidence le fait Rodriguais en matière identitaire. Il a cité trois cas incontestables, soit celui de Maël Valymamode, qui n’a pas hésité à réitérer le fait que « je suis Rodriguais », indépendamment de sa foi islamique ; celui de Ah Ko Cheong, dont les parents viennent de Chine et qui ne se désigne pas comme un Sino-Rodriguais, mais un Rodriguais, et celui d’Antoinette Prudence, profondément sensible à ses racines malgaches et africaines. « Une personnalité forte, complexe. Je n’ai jamais entendu Antoinette se désigner comme une Afro-Rodriguaise ! Elle état Rodriguaise », a dit l’évêque de Rodrigues.
Et à Mgr Harel de conclure son intervention à ce chapitre en faisant ressortir que « l’Histoire démontre qu’à chaque fois que nous avons pensé mauricien, l’île Maurice est sortie gagnante ». Un contribution remarquable dans la réflexion menant au 50e anniversaire de l’Indépendance venant du terroir de Rodrigues…