Ils seront environ 100 000 pèlerins ce week-end à affluer au tombeau du Bienheureux Père Laval. Pour le père Bernard Hym, responsable du pèlerinage à Sainte-Croix, « s’il ne travaillait pas le coeur des gens, ils ne viendraient pas auprès de lui ». Selon le prêtre, « il y a tout un travail auprès de la famille qui est à faire et je crois que le Père Laval en est partie prenante ». Depuis ces trois dernières années, selon le prêtre, « il y a beaucoup plus de personnes qui viennent témoigner des grâces reçues du Père Laval ».
En dépit du stress du travail, des problèmes familiaux et sociaux actuels, les Mauriciens sont toujours nombreux à venir se recueillir au tombeau du Père Laval chaque 8 et 9 septembre. « Je suis sûr qu’ils seront là encore cette année », dit le père Hym. Le prêtre indique recevoir, depuis ces trois dernières années, de plus en plus de témoignages de grâces dont la plupart concernent des reconstructions familiales : « Soit du courage pour porter leur maladie, soit un changement dans leur attitude. Et, ils disent simplement qu’effectivement c’est avec le Père Laval qu’ils ont trouvé cette force. »
Pour le père Bernard Hym, « le Père Laval a tellement contribué à mettre en route la famille. Il a donné des responsabilités aux couples pour qu’ils approfondissent eux-mêmes leur foi et la partagent avec les autres. Je me dis donc qu’effectivement, aujourd’hui encore, le Père Laval est au travail et c’est encore du côté de la famille qu’il le fait. On voit bien que dans toutes les communautés, les mêmes problèmes se posent, que ce soit les relations entre parents et enfants, dans le couple… »
À titre d’exemple, il cite le cas d’un couple qui vient de célébrer ses 25 ans de mariage. « Selon mon habitude, j’invite le couple à communier avec les donneurs de communion et je présente la coupe. Et le monsieur me dit : “25 ans de mariage, 25 ans d’abstinence et c’est lui qui a fait cela” en montrant le Père Laval. Comme cadeau de mariage, il a demandé au Père Laval de l’aider. Il est passé par le centre de Terre-Rouge pour se réhabiliter et cela tient depuis 25 ans ! Je sais que l’addiction est toujours dans la tête, même si elle n’est plus dans le corps. Le Père Laval a fait ce cadeau à sa famille. »
Parmi les autres témoignages, il y a aussi celui de cette dame dont le prêtre a préféré taire l’identité, la religion et la communauté. C’est une dame qui a tout fait pour que son fils n’épouse pas la femme qu’il a choisie. Les choses ont été si loin qu’elle n’a pas été invitée au mariage de son fils. La célébration s’est faite malgré la maman. 25 ans après, le ménage tient toujours et la belle-mère, qui venait régulièrement au caveau se dit : « Je vais leur offrir comme cadeau pour leurs noces d’argent, un pèlerinage au Père Laval ». Et, aussi bizarre que cela puisse paraître, ils ont accepté.
Quand ils sont arrivés ensemble au caveau, la dame dit : « J’ai frissonné lorsque j’ai touché la roche. Et, volontairement ou involontairement, j’ai été obligée de me tourner vers ma belle-fille, de lui demander pardon et elle a accepté. » « Elle est venue me donner ce témoignage trois ans après. Pour elle, cette conversion s’est faite dans le caveau et l’acceptation aussi », confie le père Bernard Hym.
Bien qu’il n’écarte pas la possibilité de la reconnaissance d’un deuxième miracle par le Père Laval dans le futur et qui permettrait la canonisation du Bienheureux, le père Hym considère que « l’on ne peut dire que le Père Laval n’est pas à l’oeuvre ». Mais, les “miracles”, ce sont aussi, comme le montre Bernard Hym, les milliers de grâces, dont témoignent les fidèles. « Si les gens continuent à venir, c’est qu’ils reçoivent plus que ce qu’ils demandaient ou peut-être ce dont ils ont vraiment besoin. Sinon, ils ne viendraient pas. Le fait que les gens aient cette permanence de confiance dans le Père Laval est un bon signe. » Le père Hym précise : « Il y a beaucoup de témoignages de grâces mais pour que l’Église reconnaisse un miracle, il faut que ce soit physique, instantané, complet et que le médecin reconnaisse qu’il n’y a pas d’explication. Il y a eu des cas physiques. Par exemple, un oeil crevé, ce n’est pas rien. Mais, un médecin avait estimé qu’on était passé par dessus sa tête pour faire reconnaître ce miracle. Donc, quand la contre-expertise est arrivée, il a tout saboté ».
À la question de savoir ce qui le frappe chez la personne qu’a été le Père Laval, le père Hym répond : « Le mot peut faire peur, mais c’est son prophétisme. Il a pris Maurice telle qu’elle était, les gens tels qu’ils étaient et à partir de cela, il est venu témoigner. Il faisait confiance aux gens, en se faisant enseigner par ses auxiliaires pour apprendre le kreol, pour comprendre le besoin des gens, ce sont eux qui géraient la caisse de solidarité, c’est pas le Père Laval ».
Le père Hym admire ainsi « cette possibilité formidable de croire que l’Évangile peut mettre les gens debout. Pour moi, c’est formidable parce que les autres demandaient simplement que le Père Laval fasse un petit peu le ménage. Mais, en fait il va tellement leur donner leur dignité que finalement il n’y aura pratiquement plus personne en prison. C’est le gouverneur lui-même, qui voulait instaurer l’anglicanisme, qui était obligé de reconnaître que depuis que le Père Laval avait travaillé, les avocats s’étonnaient quand ils avaient un ancien esclave sur les bancs des accusés. Donc, il y a eu un réel changement… ».