Le double-drame, joué, lundi après-midi dans le garage familial, des Boolaky dans le village de Rivière du Poste a laissé place à un désarroi palpable. Avec la mort du principal suspect, ce sont les téléphones portables des deux victimes qui seront déterminants pour la suite de l’enquête policière. Mais d’ores et déjà, la Central Investigation Division (CID) de Rivière des Anguilles penche pour un meurtre avec préméditation suivi d’un suicide. Ce sont les «forensic evidences» relevés sur la scène de crime qui renforcent cette théorie. Toutefois, aucune des deux familles rencontrées, hier matin, ne s’expliquent ce geste irréparable. Si la tristesse est profonde chez la famille Boolaky, la colère et la révolte animent les parents de la jeune fille assassinée à 15 ans par Roopesh Boolaky, 27 ans. La famille Puttur affectée par ce drame est également révoltée avec le traitement accordé par certains hebdomadaires du samedi qui selon elle, a sali et a entaché la mémoire de leur fille.
Les informations glanées des sources, dignes de foi dans le milieu de la Police, révèlent que l’enquête s’oriente vers un meurtre au premier degré suivi d’un suicide car Nidhi Puttur n’avait aucune chance de s’en sortir. Selon les premières indications, Roopesh avait déjà tout planifié. D’une part, le garage de la famille Boolaky étant étroite, la jeune fille n’avait aucun moyen d’échapper à son agresseur. Nidhi Puttur, 15 ans, aurait tenté de prendre la fuite lorsqu’elle a vu le fusil, et c’est ainsi qu’elle est morte, en position assise, la main sur la poignée de la portière. D’ailleurs, explique un policier, il a fallu enlever le 4×4 du garage, pour extirper le corps sans vie de Nidhi Puttur.
Roopesh Boolaky, 27 ans, aurait tiré à bout portant sur Nidhi Puttur, 15 ans, la fille de son employeur à bord de son véhicule et ce dans le garage de ses parents à Rivière du Poste. Il a, par la suite, retourné l’arme contre lui, soit un fusil de chasse appartenant à son frère aîné, Yogesh, 32 ans, dans sa gorge avant de se donner la mort. Mais fait-on comprendre, c’est aux experts de la Police Scientifique de confirmer que la jeune fille a été tuée dans le garage même si à priori cela semble être le cas.
Un spectacle horrible
C’est en entendant un bruit proche d’un accident ou une explosion de pétards que les proches de Roopesh Boolaky ont accouru. Mais au lieu de voir le van amoché comme il s’attendait, c’est un spectacle horrible qui s’est offert aux yeux de Bagwandass Boolaky, 66 ans, père de Roopesh. « J’ai vu mon fils allongé dans une mare de sang, le fusil dans sa gorge. Et c’est alors que je me suis aperçu que la fille était sur le siège arrière. Elle était en position assise, la tête baissée, comme-ci elle dormait », se remémore-t-il. Son épouse Sunita, 64 ans, l’a rejoint quelques instants plus tard et les voisins ont accouru. « J’ai crié: Roopesh, qu’as-tu fait? Qu’as-tu fait mon fils? », raconte-t-il désemparé.
Bagwandass connaissait la victime de 15 ans comme étant la fille de l’employeur de son fils. Cela faisait presque trois ans que Roopesh travaillait avec la famille. Il était chauffeur et effectuait des livraisons pour la mère qui a une société de cosmétiques. « Je l’ai rencontrée plusieurs fois notamment lorsqu’elle venait avec sa famille dans des sessions de prière ou lors d’une visite de courtoisie pour le nouvel an », explique le père. Propos que confirment Dinesh Boolaky, l’oncle de Roopesh. « La fille n’est jamais venue chez notre famille sans ses parents », dit-il.
« C’est un choc auquel on ne s’attendait pas. Il était quelqu’un sans histoires mais partageait très peu sa peine. Il se montrait toujours joyeux et amical », lâchent en confidence et unanimes les parents et le frères de Roopesh. Ce dernier était le benjamin d’une fratrie de trois garçons. « Il était mon frère et mon ami. Je ne m’explique pas ce geste. Il était mon bras droit lors de mes parties de chasse. Je n’aurai plus jamais le courage de tenir un fusil », confie son frère Yogesh.
Entretenaient-ils une relation amoureuse? La mère de Roopesh Boolaky en était convaincue. D’ailleurs, elle déclare s’être entretenue avec la mère de Nidhi pour lui faire part de cette relation. « Je lui ai dit que mon fils aimait sa fille et que la famille était disposée à attendre qu’elle finisse ses études voire même ses études supérieures pour les marier mais elle n’était pas vraiment pour. Elle disait que sa fille était bien trop jeune », explique Sunita.
«On veut faire croire à un suicide mais c’est un meurtre»
Or, le père de la victime de 15 ans, Ravin Puttur, 46 ans, fonctionnaire, déclare « qu’à aucun moment le comportement de sa fille ni celui du présumé meurtrier ne laissait apparaître une relation amoureuse. Je connais ma fille et elle n’était pas ainsi. Aujourd’hui, la presse qui, au lieu de soutenir la vérité, traîne ma fille dans la boue. Le garçon est lui projeté comme un héros. On veut faire croire à un suicide mais c’est un meurtre. Ma fille n’a pas demandé à mourir à 15 ans. »
« Si vraiment ils s’aimaient et que notre famille était contre, quelle est la première pensée d’un jeune homme? N’est-ce pas de fuguer? Assassine-t-on celle qu’on prétend aimer? », poursuit-il.
« S’ils étaient vraiment amoureux, ne croyez-vous pas que Nidhi aurait été à côté de lui sur le siège passager à côté du véhicule? Pourquoi était-elle à l’arrière? Tout a été prémédité. Nidhi n’avait aucun moyen de s’échapper et sa main était sur la poignée de la portière du véhicule. Ce n’est pas un suicide mais un meurtre, qu’on se le dise », clame Neha, 21 ans et soeur de Nidhi qui est étudiante en médecine en Chine et qui est rentrée à Maurice pour les obsèques de sa jeune soeur.
Les deux familles ne s’expliquent pas comment Nidhi s’est retrouvée en compagnie du jeune homme d’autant qu’elle allait et revenait toujours du collège par le bus. « Roopesh ne récupérait jamais ma soeur seule  à l’école. Il le faisait uniquement lorsque ma mère était avec lui. Il était uniquement le chauffeur de ma mère et non celui de la famille », précise Neha.
Brisés et s’accrochant au soutien des proches venus témoigner de leurs sympathies et aux bons souvenirs laissés par Nidhi, Ravin Puttur supplie en se référant à certains titres «qu’on arrête de faire du commerce sur le dos des drames des familles. N’en rajoutez pas en se servant des moyens déloyaux pour faire croire que ma fille était éperdument amoureuse jusqu’à aller enfer avec son supposé amoureux. Les extraits des poèmes publiés dans un titre sont des poèmes que tous les adolescentes affectionnent et n’appartiennent même pas à Nidhi mais à mon autre fille. Encore moins, que Roopesh l’a aperçu avec un garçon, vendredi, car elle était souffrante et c’est moi qui l’ai récupérée à l’école ce jour-là. » ?Le dernier sourire que lui a fait Nidhi restera à jamais gravé dans la mémoire de son père Ravin: « Ce jour-là, je me suis réveillé par son parfum. Nidhi se coiffait dans ma chambre. Elle se préparait pour aller à l’école. Mone dir li, tone baigne ek parfum enkor-là? Elle s’est retournée et m’a souri… »?Nidhi qui fréquentait le collège Hindu Girls allait prendre part aux examens de la School Certificate cette année. Elle est dépeinte par sa famille comme une fille douce, joviale et une passionnée de badminton. Elle voulait devenir expert-comptable. Mais sa vie s’est brutalement arrêtée un lundi 11 février…