Après avoir recueilli de nombreux documents sonores et filmé de nombreuses images en mouvement pour montrer l’expressivité du folklore musical de Rodrigues, Pierre Argo et Philippe de Magnée reprennent la route avec la même équipe technique pour réaliser un documentaire sur le séga tambour. Le séga tambour de Rodrigues est devenu une légende vivante. Toutes les influences musicales s’y croisent. De quoi susciter l’intérêt des artistes et autres ethnologues. Attirés par la gestuelle et le son (comme ils l’ont fort bien démontré dans Musiques et danses traditionnelles de l’île Rodrigues) Pierre et Philippe vont accorder la même importance à l’enregistrement sonore et la compilation de témoignages pour que Rodrigues ne coure pas le risque de perdre son identité, du moins en ce qui concerne le passé, la tradition folklorique. Il faut signaler que les DVD et CD sur les musiques et danses traditionnelles de Rodrigues (avec le soutien du Ministère des Arts et de la Culture, de l’Assemblée Régionale de Rodrigues et la Troupe de l’Union de Rodrigues) sont parmi les rares projets réalisés avec les fonds du Human Ressources Knowledge Arts Developement Fund (HRKADF). À l’heure où les artistes mauriciens déplorent les fonds déployés, en majorité, pour la célébration des fêtes, et moins dans des programmes motivants où l’artiste peut s’engager, il est intéressant de revenir sur le chant puissant des femmes rodriguaises, les instruments tels l’accordéon diatonique, le tambour, le bobre, le violon, la mailloche, le Séga kordéon ou le Séga tambour et leurs caractéristiques particulières : un ravissement dans le domaine du rythme et de l’intonation.
Le folklore rodriguais trouve ses racines dans le mode de vie traditionnel des peuples venus d’Afrique, de Madagascar, d’Europe. On parle souvent d’héritage métissé se référant aux tambours d’Afrique ou aux formes héritées des différentes périodes coloniales (on peut aujourd’hui danser sur la Mazok (mazurka), le Laval (la valse), le Kotis (scottish), la Polka, la Romance, ainsi que différents Ségas comme le « Séga quadrille » ou le « Séga kordéon ». Mais la musique rodriguaise est aussi tournée vers des sonorités nouvelles avec un mélanges de styles et des adaptations ou airs improvisés. Séga kordéon et Séga tambour font bon ménage
On raconte que l’arrière grand-père de Ben Gontran, ancien instituteur et légende vivante de l’île, était arrivé en 1869 de Bretagne avec en bandoulière un accordéon diatonique qui fit le tour des salons et connut un heureux métissage avec le Séga kordéon. Que dire du DVD, CD, Musiques et danses traditionnelles de l’île Rodrigues ? Des femmes avec une puissance vocale étonnante dont les chants sont l’expression même de la tradition orale, des danses à donner le tournis, une noix de coco ou un bambou et des fils d’aloès comme instruments. Et c’est parti, tout le monde en piste ! Les couples souriants en habits traditionnels entrant dans la danse, le sourire aux lèvres. Avec le temps, ces scènes deviennent des documents rares mais qu’on peut capturer. Côté musique, avec tambourin et accompagnement de la voix ainsi que des témoignages, la substance documentaire est intéressante. Dans le contexte rituel, la musique rodriguaise se rapproche de la transe. Fait nouveau, les Mauriciens travaillent sur la musique traditionnelle de leur pays et apportent une précieuse contribution. Les enregistrements sonores en plein air se multiplient, l’édition de disques se développe, alors que l’étude de musiques de tradition orale se généralise (voir le travail du groupe ABAIM). Trouveront-ils leur place dans une culture qui tend vers la célébration que dans les travaux ethnomusicologiques dans de nouvelles voies…?