Le talk of the town à l’hôtel du gouvernement ces derniers temps tourne autour d’une éventuelle démission du secrétaire financier Ali Michaël Mansoor. Cette décision ferait suite à un « very hot encounter » au plus haut niveau de l’État avec des allégations de « crossing unauthorised lines » en matière de décisions et de politique. Cette affaire aurait été évoquée la semaine dernière lors de discussions au gouvernement. À ce stade, la démission du FS ne serait pas effective en raison d’une intervention de dernière heure d’un « very senior minister ». Le principal concerné, qui se trouve en mission en Jamaïque, n’a pu être contacté pour une déclaration.
Les premières indications de la situation de délicatesse dans laquelle se trouve le secrétaire financier ont commencé à filtrer la semaine dernière dans certains cercles politiques privilégiés à l’hôtel du gouvernement. Le fait est qu’un ministre bien placé dans la hiérarchie gouvernementale a dû intervenir in extremis pour convaincre Ali Mansoor de « reprendre sa lettre de démission » avec le préavis prévu dans le contrat renouvelé pour une période de trois ans en 2011.
Différentes versions circulent quant aux raisons derrière cette décision du secrétaire financier de retourner à son précédent poste au Fonds monétaire international (FMI) à Washington. Un accrochage verbal très chaud l’opposant récemment à un des dirigeants du pays sur des dossiers de brûlante actualité est toutefois confirmé par des recoupements d’informations auprès des sources concordantes.
L’un des protagonistes dans cette affaire ne se cache par ailleurs pas pour faire état de ce « very hot encounter » avec l’un des plus proches collaborateurs du vice-Premier ministre et ministre des Finances Xavier-Luc Duval. Lors de ces échanges, il a été question d’allégations de traverser des lignes interdites en matière de prise de décisions ou de mise en pratique de politiques en général.
Dépendant des sources contactées, le litige impliquant le secrétaire financier au point de le pousser à envisager de soumettre sa démission porterait soit sur des protestations reçues en haut lieu de la part de hauts cadres du ministère des Finances sur des traitements qui leur sont infligés, soit de la position adoptée par Ali Mansoor avec la mise à exécution du projet de centrale thermique de 100 MW pour le Central Electricity Board (CEB), soit le calendrier de travail pour le méga-projet de Rs 26 milliards de métro léger sur le corridor Curepipe/Port-Louis avec la participation de la Singapore Cooperation Enterprise. Ces milieux indiquent aussi que ces trois principales raisons ne sont nullement auto-exclues et peuvent se retrouver imbriquées l’une dans l’autre.
Transferts « intempestifs »
La première raison de ces chaudes explications en haut lieu est que le Prime Minister’s Office (PMO) est en présence de protestations véhémentes de la part de certains officiers du ministère des Finances au sujet de leur transfert. Après analyse des faits avancés de part et d’autre, la décision a été communiquée à ce ministère pour l’annulation de ces transferts qualifiés d’« intempestifs » et le retour des fonctionnaires à leurs précédents postings d’ordre stratégique. Cette recommandation émanant du bureau du Premier ministre a cependant été difficilement adoptée. Des interventions ont été nécessaires pour qu’au moins ces employés regagnent leurs postes avec les remplaçants demeurant à leurs positions.
Le deuxième dossier concerne le projet de centrale thermique pour le CEB avec la nomination de la Banque Africaine de Développement (BAD) en tant que Transactions Manager pour la réalisation. Des divergences de vues et d’approches auraient été notées entre la ligne adoptée par le gouvernement et celle du secrétaire financier. L’enjeu porterait sur le site à être identifié pour accueillir cette nouvelle infrastructure avec le gouvernement pas très chaud pour l’installer dans l’ouest du pays.
Last but not least : le projet de métro léger. La position attribuée aux Finances en vue de réclamer une nouvelle étude de la Banque mondiale sur ce projet de Mass Transit irrite le PMO et la partie singapourienne. Cette affaire ferait partie des reproches faits au secrétaire financier même si lors de la récente Private Notice Question du leader de l’opposition Paul Bérenger sur le métro léger, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Anil Baichoo, s’était évertué à « downplay » ce différend.
Depuis le début de la semaine, Le Mauricien a tenté en vain d’obtenir une déclaration du secrétaire financier au sujet de cette démission. Son cellulaire est en mode off alors qu’au ministère des Finances, l’on confirme qu’Ali Mansoor est actuellement en mission en Jamaïque.
Compte tenu des personnalités engagées dans ce bras de fer, des séquelles sont à prévoir…