A l’extrémité est de la pointe de Souillac, entre le vert des champs de canne et le bleu de l’océan, vit une petite communauté de neuf religieux et religieuses, dont les premiers membres issus de la congrégation des Foyers de Charité – fondée en France en 1936 par une laïque, Marthe Robin, et un prêtre, le Père Georges Finet –, établirent une branche locale en haut de la falaise en 1963 avec pour aumônier le Père René Verbruggen. Soit cinquante ans de présence, célébrée cette année, qui a vu leur oeuvre renforcée par l’arrivée de membres de la Communauté du Chemin Neuf pour continuer une mission spirituelle commune : celle d’aider ceux qui y viennent, le temps d’une retraite ou de réguliers passages, à se recentrer et à retrouver l’unité de leur être profond. Pas étonnant dès lors si ce lieu se nomme le Foyer de l’Unité.
La vocation du Foyer est d’inviter le retraitant « à faire silence dans son coeur », nous dit le Père Pierre Laslandes, de la Communauté du Chemin Neuf, qui en est le prêtre officiant depuis 2007 et qui depuis accompagne les retraitants dans leur cheminement. Cependant, précise-t-il, « il ne suffit pas de fermer la bouche, parce qu’alors ce sont tous nos bruits intérieurs qui montent en nous. » Il cite l’exemple de cette infirmière de l’humanitaire, rencontrée alors qu’il était encore en France, et qui, partie au Soudan, voulut à un moment de sa vie faire l’expérience du désert. « Le silence m’a fait mal aux oreilles, devait-elle me confier plus tard. » Et d’ajouter : « La plupart d’entre nous avons peur du silence, de notre propre silence. Il n’y a qu’à voir le nombre de personnes qui dès leur réveil, se précipitent sur la radio, sur leur téléphone portable ou se branchent sur le Net… sans savoir qu’il y a un au-delà de nos bruits, un au-delà de nos déserts. »
Présence
A l’heure où nos journées sont envahies en permanence par le bruit extérieur, par des avalanches d’infos, d’intox, de rumeurs et de palabres qui nous parviennent par tous les moyens de communication, à la maison comme dans les lieux publics ; à l’heure où l’on ne peut plus se déplacer sans “sa” musique au creux de l’oreille, où jingles et autres sonneries de téléphone nous rappellent à chaque instant à nos préoccupations quotidiennes, au point où notre vie intérieure en est polluée, il en résulte à un moment du parcours des vies désarticulées, désorientées et déconnectées de leur essence, et souvent en soi un sentiment de vide. A cela, le Foyer de l’Unité propose une thérapie de l’âme à travers des retraites et des programmes de ressourcement adaptés aux besoins de chacun. « On est attentif à la relation du retraitant avec Dieu, dans ce qu’il est, là où il est. Et non pas dans ce qu’il voudrait être et là où il voudrait arriver. Là on se retrouve face à soi-même. Et l’on découvre alors que ce silence n’est pas un vide, un néant informe, mais qu’il est habité par une Présence… »
L’arbre-cyclone
Au fil de sa retraite, qui s’articule autour d’heures dédiées à la méditation et à la prière, de dialogues avec le prêtre, de rencontres à l’heure des repas avec d’autres retraitants, celui qui persévère est amené à découvrir le sens de sa vie. « Il découvre alors que le bruit ne fait pas de bien et, surtout, que le Bien ne fait pas de bruit… », confie le Père Laslandes qui dit avoir rencontré, depuis qu’il est au Foyer, nombre de personnes « qui ont vécu une solidification de leur être. Car c’est dans les épreuves qu’on voit la lumière lorsqu’on relève la tête ». Pour illustrer son propos, il aime bien citer l’exemple du bois-cyclone, espèce endémique que l’on trouve dans la vallée de Ferney : « C’est un arbre qui ne donne jamais de fleur excepté lors d’un cyclone. Comme lui dont la floraison est stimulée par une épreuve, la souffrance que peut engendrer une retraite finit un jour par s’estomper pour donner lieu à une paix intérieure durable. »
A l’écoute de soi
Au Foyer, tout est mis en oeuvre pour inviter à l’écoute de soi. Au milieu du calme rythmé par le bruissement des feuilles et le roulement des vagues, le parc et la mer constituent les deux pôles qui font l’unité des lieux, aidant par là même le retraitant à construire la sienne. A l’ombre des grands arbres, plusieurs sentiers invitent à la marche méditative. Ils mènent à l’ouest à une Grand-croix qui domine l’allée principale, à l’est à la chapelle, au nord à la salle d’adoration et aux chambres où l’on peut choisir de se retirer, et enfin au sud, à la falaise. Vers ce grand large qui invite à larguer les amarres, à lâcher prise sur le quotidien et le vacarme de nos vies pour plonger dans l’inconnu et le silence intérieurs y puiser un nouvel élan. En contrebas, le talus vallonné descend jusqu’à la mer, au lieu dit La Roche-Qui-Pleure. Et si l’on ne manque jamais d’y rencontrer quelque promeneur, il y règne toujours une atmosphère propice au recueillement. Devant la majesté du paysage, on ne peut que faire silence. Là, dans le battement régulier des vagues contre les rochers bat le pouls de l’énergie créatrice. Celle-là même qui rythme nos vies et que l’on entend alors résonner pleinement. Comme un appel à ne plus faire qu’un avec le foyer de notre unité.