Assez souvent dans le passé, après des rencontres de football par trop passionnées, l’île Maurice s’était retrouvée avec des risques de confrontations de rues entre supporters de différentes communautés venus encourager leurs équipes dites traditionnelles (doux euphémisme pour équipes communales). Mais, jamais auparavant — à l’exception, bien sûr, de la macabre finale Fire Brigade/Scouts Club de 1999 — n’avait-on frôlé d’aussi près une catastrophe nationale comme cela survint un 6 avril 1964.
Le match de championnat de première division devait se jouer ce jour-là entre les Hindu Cadetset les Muslim Scouts. Jamais n’avait-on vu jusqu’alors autant de monde dans le vieux stade Georges V. Pourtant, la veille, la radio (la télé n’existait pas encore dans le pays), avait annoncé que tous les billets avaient été vendus et qu’il ne valait pas la peine pour ceux qui n’en n’avaient pas de se déplacer. Malgré l’avertissement, dès la mi-journée, plus de 5000 personnes s’étaient massées aux abords du stade, surtout devant les entrées des troisièmes. Des policiers intervinrent énergiquement, mais ne parvinrent pas à les disperser. En moins de rien, la foule enfonça une des portes et s’engouffra dans le stade. Deux autres portes furent enfoncées presque en même temps. La police, débordée, ne put contenir la marée humaine.
Les gradins des troisièmes étant déjà pleines à craquer, les quelque 5000 personnes (estimation officielle de la police à l’époque) prirent place aux abords de la ligne de touche se trouvant devant les tribunes. Avec raison, les dirigeants des deux équipes refusèrent de laisser leurs joueurs entrer sur le terrain. Il n’était alors que 13h. La foule ayant débordé la ligne de touche, aucune rencontre ne pouvait se disputer dans ces conditions. Arbitres et joueurs auraient été gênés. Les dirigeants des Muslims Scoutset des Hindu Cadets eurent beau avertir les «envahisseurs» que la rencontre ne pourrait avoir lieu s’ils ne quittaient pas le terrain, leurs paroles furent accueillies par des huées. M. K. Sunassee, dirigeant des Hindu Cadets et qui devint, par la suite, député travailliste de Rivière-des-Anguilles/Souillac, n’eut pas plus de chance d’être écouté…
Les membres du comité de direction de la Mauritius Sports Association (l’ancêtre de la présente M.F.A) se réunirent d’urgence et décidèrent que le match sera itrenvoyé si les « envahisseurs» persistaient à occuper la ligne de touche et les billets seraient remboursés. Des policiers tentèrent à l’aide de deux grosses cordes et des filets de protection d’endiguer la foule, mais ils durent reculer. Les filets de protection furent déchirés, certains spectateurs passèrent en-dessous et ce fut, une demi-heure durant, un désordre indescriptible…
Selon la police, la majorité des spectateurs quittèrent le stade. Particulièrement ceux des troisièmes, mais, selon le journal Le Mauricien, environ 10 000 personnes envahirent le terrain. Les filets et les buts furent arrachés et brisés ainsi que le tableau d’affichage, des feuilles de tôle enlevées, certains spectateurs cherchèrent à enlever le gazon, les tribunes et les rampes, les troisièmes furent saccagées. Le public scanda : «ranne nou nou la monnaie», mais, à la place reçut des grenades lacrymogènes. Les forces de police qui étaient commandées par le surintendant Dupavillon — supervisé par nul autre que le commissaire de police, le Britannique Bernard McCaffery venu sur place —- comptèrent des blessés dans ses rangs. La police eu fort à faire jusqu’à tard dans la soirée pour rétablir l’ordre…
La presse, à l’époque, parla de hooliganisme. Toutefois, elle ne manqua pas de souligner aussi que si ce jour-là la rencontre avait effectivement eu lieu, il n’aurait suffi que d’une simple petite erreur d’arbitrage pour que la rivalité entre l’équipe des musulmans et celle des hindous pousse leurs supporters à des extrêmes qui, sans doute, se seraient ensuite répandus à travers le pays avec des conséquences très graves. Parce que, en ces temps-là, il suffisait d’une étincelle pour que le baril explose. Le football divisait de la première à la troisième division avec ses Dodos, Faucons,  Blue Ducks, Racing, Hellenics, Sharks, Young Tamils, Tamil Cadets, Selection tamoule de Maurice, Muslim Scouts, Sharks et autres Chinese Circle et Dragons. Le même schéma potentiellement dangereux se répétait à travers les quartiers des villes et des villages. C’est pourquoi, d’ailleurs, les rencontres de la ligue de première division durent être disputées à huis-clos en 1968 après les bagarres raciales à Port-Louis…
C’est pourquoi en réponse à la démarche du gouvernement de faire revivre les clubs de foot traditionnels sous prétexte de semi-professionnalisation et de relance du sport-roi, il faut dire: non merci ! Il faut trouver une formule moins risquée.