Certes, tout le monde doit mourir un jour, mais il est de ces disparitions brutales qui peuvent marquer toute un quartier, tout un environnement. C’est le cas de la Cité Père Laval, le populeux quartier de Quatre Bornes, où on ne verra plus désormais Mario Zuël faire son jogging du matin ou se faire plaisir, l’après-midi, à transmettre passionnément son art du ballon rond aux plus petits.??Mario Zuël, 63 ans, est décédé, samedi 2 novembre dernier, d’un malaise subit. Ses amis proches savaient qu’il faisait de la forte tension, mais, il arrivait à juguler cette condition justement en pratiquant la marche quotidienne.??Mario a marqué la génération sportive de son quartier, de sa ville et de son pays durant 20 longues  années (de 1965 à 1975). Footballeur de talent, dès l’âge de 15 ans, il s’était distingué comme demi, puis comme avant-centre. Il constituait avec Ecosse Geneviève, son complice de toujours, une redoutable force de frappe au sein de l’équipe de Candos City. Cette équipe, précisons-le, n’avait absolument rien à faire avec la cité du même nom située au bas de la colline de la région de Quatre-Bornes. Bien  au contraire, elle était liée étroitement et principalement à la Cité Père Laval, une rivale de la Cité Candos en sports. Le nom de Candos City avait été pris pour des raisons techniques. L’équipe, surtout sous la férule de l’entraîneur Georgy Perrine, devint très vite une pépinière d’où sortait – peut-on dire presque sans frais aucun –  nombre de vedettes qui ont ensuite fait la gloire de formations de  première division nationale. C’était l’époque où seul comptait l’amour du beau jeu.??Mario Zuêl avait presque tout pour faire de lui ce type de joueur auquel des portes de stades d’ailleurs aux herbes plus vertes auraient pu s’ouvrir: une lecture remarquable du jeu, un époustouflant coup de rein qui lui donnait le malin plaisir de dribbler défenseurs et gardien de but, un contrôle sûr de la balle, des passes millimétrées, un tir – canon des 35 mètres. Seul, malheureusement, lui faisait défaut sa pointe de vitesse. A ceux qui insistait sur cette lacune comme pour diminuer son mérite, le père de Mario, en fait son plus grand fan, se mettait très en colère et répliquait  » si mo garson ti éna vitess oussi li pa ti pou zoué dan Moris, li ti bizin pé zoué pou Brésil  » ! Et, c’était trop exagéré comme réponse en fait et depuis on appelait son fils  » Le Brésilien de Cité Père Laval  » ??Mario Zuêl n’avait, toutefois, pas été aussi loin, se contentant d’évoluer pendant près de cinq années pour la Fire Brigade (équipe avec laquelle il a été champion de Maurice). Il a également, des fois, porté le maillot de la sélection de Maurice, mais plus souvent encore celui de sa ville de Quatre-Bornes. Il a eu également le temps de former quelques élèves du Collège St. Esprit. Cependant, comme presque tous les sportifs de sa génération, il a dû ensuite galérer pour gagner sa vie après sa carrière. De footballeur trop souvent récompensé d’une poignée de sous après de très bons matches, il s’était recyclé dans la chanson et animait quelques spectacles d’hôtel souvent accompagné par Gérard Louison, dit Toto, un autre grand artiste de la Cité Père Laval parti également très tôt cette année. Nos condoléances à toute sa famille !?