La professionnalisation version Sobha-Chung-Lallmohamed a été un échec après quatre ans

Le 9 mai 2014, le président de la MFA, Samir Sobha, entouré de Georges Chung, présenté alors comme promoteur du projet, et de Philippe Hao Thyn Voon, président du comité olympique mauricien, annonce la création d’un championnat professionnel. On évoque l’investissement d’une centaine de millions de roupies par saison, d’un salaire minimum de Rs 25 000 mensuellement par joueur et de Rs 8M à chaque club par saison !

Ce qui saute aux yeux toutefois, c’est que tout avait déjà été planifié par la MFA et Georges Chung, et Saoud Lallmohamed, considéré comme étant la cheville ouvrière du projet, avant que les clubs ne soient consultés ! « Maintenant que les grandes lignes sont annoncées, nous passons à l’étape de consultations avec nos clubs affilées », avait déclaré, à l’époque, Samir Sobha.
 
Georges Chung, lui, avait précisé que le football local avait besoin d’une réforme, déclarant : « Avec le président de la MFA et d’autres personnes, nous avons élaboré un plan pour créer une industrie du football. »

Le 9 janvier 2015, un premier bilan est effectué après 11 journées du championnat. Selon Georges Chung, pas moins de Rs 11M ont été investies et il reste encore Rs 45M à injecter. Visiblement, son discours avait changé. « Cela n’a pas été évident car nous nous sommes heurtés à de nombreux obstacles. Cependant, la ligue professionnelle est aujourd’hui une réalité et elle va continuer à assumer pleinement son rôle de machine à produire du beau football », avait-il alors déclaré tout en ajoutant : « La révolution de la professionnalisation a débuté. Nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin. » Samir Sobha avait lui estimé qu’il était trop tôt pour dresser un bilan.

Le 23 mars 2015, le ministre des Finances d’alors, Vishnu Lutmeenaraidoo, annonce une enveloppe de Rs 26M pour le football professionnel. L’accueil est mitigé notamment pour ceux qui s’attendaient à beaucoup plus, par rapport aux Rs 100M annoncées par saison. Quelques jours plus tard, Georges Chung qui se dit satisfait de cette considération gouvernementale ajoute néanmoins : « C’est encourageant, mais le financement de la Mauritius Professional League reste un gros défi compte tenu de son modèle.»

Il précise que Rs 45M consistent à payer 250 joueurs qui pratiquent que le football comme métier avant de poursuivre qu’il faudra aussi : « trouver encore Rs 100M de financement sur les quelques Rs 125M du budget de la période 2015/16. »  Quant à Samir Sobha, il avait indiqué: « C’est déjà un quart du budget. Nous sommes satisfaits, même si ce n’est pas assez. »

12 août 2015 et déjà des premières secousses ! Georges Chung écrit à la MFA, avec copie entre autres, au ministre de la Jeunesse et des Sports d’alors, Yogida Sawmynaden, dans laquelle il fait part de la décision de la MPFL et lui-même, de ne plus être impliqués dans l’organisation du football. Il déplore, entre autres, le manque d’implication des clubs. Mais avant, soit le 23 juillet, un brainstorming est organisé entre les clubs, la MFA et la MPFL et à l’issue duquel il est question de mise en place de structures, afin que les clubs bénéficient d’un soutien financier des sponsors. L’ultimatum est alors enclenché.

Départ avorté de Georges Chung
25 septembre 2015, Georges Chung revient à de meilleurs sentiments et annonce, aux côtés de Samir Sobha, la tenue de la deuxième saison. Son discours toutefois, contraste avec celui des débuts où il se vantait : « Le financement c’est mon affaire. Il nous faut Rs 100m pour démarrer. Une bonne partie de cette somme est déjà trouvée. Les financiers sont disposés à perdre durant les trois premières saisons. D’ici cinq ans, la tendance devrait toutefois s’inverser… »

Toutefois, le premier bilan ne fait que confirmer l’échec du projet. Seules Rs 40M sont obtenues grâce au soutien de quelques sponsors et de l’Etat. Georges Chung précise même: « Vous le savez, autant que moi, que le travail de faire revivre le sport roi après tant d’années de marasme n’allait pas être de tout repos, voire impossible à relever. En effet, la mission qui nous a été confiée par la MFA s’est avérée très compliquée tout au long de la saison passée. »  Il ajoutera aussi : « Il était devenu difficile d’abandonner un projet à portée sociale, de surcroît national surtout que les clubs nous ont promis de jouer pleinement leurs rôles. »

Novembre 2015, les relations se détériorent et Saoud Lallmohamed démissionne en tant que président de la commission technique de la MPFL suivant ses critiques contre cette même MPFL. La suite, nous la connaissons, Georges Chung quitte le navire, suivi en juillet de l’année dernière de la MPFL. Des clubs tentent de se regrouper pour sauver le championnat professionnel. Des millions de roupies sont alors investies par le MJS (Rs 17M) et la MFA (Rs 16M) pour la saison 2017/18 qui sera comme connue, de triste mémoire, comme étant la dernière sous l’ère professionnel.

NDLR: Week-End a sollicité des joueurs qui se sont retrouvés au chômage suite à cette situation. Ils n’ont toutefois pas souhaité réagir par peur de représailles.