Le football local continue sa descente dans les profondeurs des abysses. Alors que le Club M continue a produire la plus mauvaise image du football mauricien après son énième défaite dans les compétitions africaines — cette fois face à la Mauritanie — l’organisatrice du football à Maurice a aussi fait des siennes mardi dernier en décidant de stopper net toutes les compétitions à Maurice. Avec comme excuse que le ministère de la Jeunesse et des Sports «will not disburse the Regionalisation Grant 2014 to National Division Clubs and the Regional Football Associations, until the agreement of Semi -Professional League is signed by the MFA», souligne un communiqué de la MFA portant la signature de Pathak Ballgobin aux clubs en date du 22 avril. Mais depuis vendredi, les fonds nécessaires ont été alloués après que les clubs ont rempli les formulaires démandés.
Sans aucune autre forme de procès, la MFA est devenue sans doute l’unique fédération dans le monde, membre de la FIFA, qui a stoppé ses compétitions parce que le gouvernement n’a pas lâché le cordon de la bourse. Dans la foulée et ce pour la 2e fois de son histoire, les compétitions sont stoppées à Maurice — la première fois c’était après les évènements douloureux de 1999 — sans qu’il y ait un cas de force majeur. Certes, la question de non -déblocage des fonds par le gouvernement  pour les équipes de football pose un véritable problème. Mais celle qu’on se pose: est-ce que la MFA peut se permettre d’utiliser cette arme comme un moyen de pression, voire en faire un odieux chantage?
La question est donc posée, surtout que la lettre de Pathak Ballgobin, qui dit avoir été  «instructed», — ce qui veut dire ordonner par le comité directeur de la MFA présidé par Samir Sobha — il est clairement indiqué que la situation financière des clubs est la raison qui pousse la MFA à prendre une telle décision. «In view of the heavy financial commitments/problems of the National Division Clubs and Regional Football Association, the MFA hereby informs all stakeholders that all Cup/league matches have been postponed until the matter is resolved at the Ministry level», peut-on encore lire dans le communiqué.
Deux questions se posent de prime abord après la lecture de cette missive de la MFA: Primo: depuis quand la santé financier est une préoccupation de la MFA? D’autant plus que le Regionalisation Grant a été, depuis son introduction en l’an 2000, une affaire que le ministère de la Jeunesse et des Sports traite directement avec les clubs. La MFA n’est concernée que de loin dans ces allocations.
Secundo: si demain le gouvernement décide de stopper net l’allocation financière aux clubs est-ce que la MFA de Samir Sobha veut nous dire qu’elle n’organisera aucune compétition de football à Maurice? Est-ce que les clubs de Premier League et de D1, par exemple, étaient vraiment en rupture financière à un point qu’ils n’étaient pas en mesure de jouer un match?
Comme à chaque fois, ce sont les joueurs qui sont les victimes collatérales du conflit entre MJS et MFA. Comment la MFA peut-elle se permettre d’arrêter les différents championnats de football ? Est-ce une décision du comité directeur de la MFA dans son ensemble ou est-ce une décision du quator Sobah-Bowud-Janoo-Chitbahall ?
Anoop Madhow, responsable de l’équipe de PAS Mates, dira pour sa part qu’il existe des zones d’ombre dans cette affaire. «Je ne comprends pas pourquoi il y a autant de problèmes de communication entre les deux instances. Il y a un manque de volonté pour bien faire les choses et ce sont les clubs qui en paient le prix fort. C’est dangereux, surtout en ce qu’il s’agit de la décision d’arrêter le football. C’est une décision qui concerne les clubs; or la MFA seule ne peut prendre une telle décision sans consultation», souligne-t-il. Même son de cloche de la part d’ Éric Lim, du Pamplemousses SC, qui est d’avis que sans financement, les clubs ne peuvent continuer à fonctionner. «Il est difficile de survivre sans le support financier de l’État. Nous ne pourrons pas continuer ainsi car nous avons un devoir envers les joueurs mais aussi ceux qui nous véhiculent. Nous avons un engagement et nous devons les respecter. Mais nous ne pouvons travailler dans de telles conditions. Le fonctionnement d’un club a un coût», explique-t-il. Même son de cloche du côté du club de Belin SC, équipe de deuxième division.  «L’allocation financière du gouvernement est un must. C’est malheureux que le football en pâtisse mais nous allons perdre nos joueurs si cela continue, surtout si la MFA a décidé d’arrêter le football», avance Jean-Erome Adan. ?
Nul doute que l’argent est le nerf de la guerre dans cette affaire, mais reste que la décision de stopper le football n’est certainement pas la meilleure des décisions. Mais ce qui fait aussi rire dans cette affaire, c’est la menace à peine voilée du MJS dans un communiqué émis mercredi pour dire qu’il prendra des sanctions contre la MFA si cette dernière persiste à ne pas organiser des compétitions. Déjà, le fait même d’avoir osé utiliser le football pour un odieux chantage, le MJS aurait dû déjà appliquer les sactions. Mais comment au 3e étage de l’Emmanuel Anquetil, peut-on parler de sanction alors qu’il n’en existe aucun dans le Sport Act 2013. A moins que le MJS parle de sanction financière? Mais cette sanction, le MJS aurait dû déjà l’appliquer depuis octobre 2013, date à laquelle la MFA n’a pas un exécutif légalement constitué. C’est bien la FIFA qui le dit après avoir mis en place un Tribunal d’Arbitrage.