Une fois n’est pas coutume, l’ensemble de la force policière a salué quelques nouvelles directives émises par le bureau du Commissaire de Police via une circulaire en date du 4 septembre dernier. Ce document atteste, entre autres, du fait que désormais, tout policier peut informer son supérieur hiérarchique par voie de communication téléphonique s’il n’est pas en mesure de se rendre à son travail. De même, un certificat médical signé par un médecin du privé est recevable et valide, tandis qu’auparavant, il fallait absolument qu’un Police Medical Officer (PMO) donne son accord. Et, dans le même souffle, tout policier qui se retrouve blessé alors qu’il rentre chez lui ou se rend à son travail ne verra pas ses jours d’invalidité amputés de sa banque de congés.
Le “Standing Order No. 12 — Medical Care and Treatment of Police Officers” a « mis enfin un peu de baume au coeur des 12 000 officiers de police », témoignent des officiers de police, tous rangs confondus. Tous reconnaissent : « La hiérarchie a finalement réalisé que nous sommes des humains et non des automates. Et que nous avons, nous aussi, des droits comme tout le monde. Qu’en respectant nos droits et en nous valorisant, ce sera un pas de plus vers l’amélioration des prestations de la police auprès de la population ! » De même, la Police Federation, par la voix de Jaylall Boojhawon, son porte-parole, abonde dans le même sens : « Nous saluons les efforts consentis par le CP et l’administration de la police avec l’aboutissement de cette circulaire. Les amendements qui y sont présentés sont en ligne directe avec le combat que nous menons depuis plusieurs années pour la reconnaissance des droits des policiers, qui sont des fonctionnaires, des travailleurs à part entière, et qui méritent donc toute la reconnaissance qui leur est conférée. Cette prise de position de la part de la hiérarchie de la force policière prouve aussi, à notre sens, que certaines propositions faites par la Police Federation ne sont pas tombées dans des oreilles de sourds. »
La circulaire en question stipule clairement, de prime abord, qu’un ancien “standing order” ayant trait à la prise en charge médicale et le traitement des officiers de police malades est désormais déclaré caduc : « The existing Standing Order No. 12 — Medical Care and Treatment of Police officers is repealed and replaced by new standing order… » Désormais, en tout premier lieu, tout officier qui ne peut se rendre au travail, pour cause de maladie, peut, par le biais d’un simple coup de téléphone, prévenir ses collègues et supérieurs hiérarchiques. « Ce qui n’était pas donné avant que cette nouvelle circulaire soit mise en application », expliquent ces policiers. Ils développent : « Avant le 4 septembre dernier, quand on ne pouvait aller travailler pour cause de maladie, il fallait se rendre chez le Police Medical Officer (PMO), ou auprès d’un Government Medical Officer (GMO). Avant cela, il fallait se rendre au poste de police le plus proche de sa localité et y faire une entrée dans le “diary book” à l’effet que l’on ne peut venir travailler. Les officiers de ce poste sont alors tenus d’informer le poste de police où on est posté. Entretemps, le policier, lui, doit procéder à ces démarches auprès des PMO ou GMO. » Ce qui, rappellent ces policiers, « n’était pas une sinécure ! » D’autant que « ces médecins accrédités par la police ne sont pas toujours disponibles », précisant que « des fois, il fallait attendre des heures ».
Dans le même esprit, il est désormais acquis qu’un policier aille se faire ausculter par un médecin du privé et que le certificat émis par celui-ci est valide. Ce qui n’était pas le cas auparavant. « Même si on avait un certificat médical d’un spécialiste du privé, admettons que l’on souffre d’une pathologie spécifique comme le diabète par exemple, il fallait absolument que le PMO avalise ce certificat pour que le policier ait droit à son congé. C’était tout à fait illogique et injuste ! » Les policiers interrogés font ressortir que ce faisant, « on remettait en question les compétences des médecins du privé, ce qui est révoltant ».
« Pénalisés à cause de brebis galeuses »
Quelques policiers rappellent à ce titre le cas de ce caporal à qui, l’an dernier, un PMO « avait refusé un certificat médical » alors qu’il souffrait de troubles cardiovasculaires. « Alors que ce policier se rendait au poste de Vacoas, pour enregistrer une entrée contre ce PMO, il a été pris d’un malaise cardiaque et ce sont les agents du poste de Vacoas qui ont dû le conduire dans une clinique privée, où il a subi une intervention chirurgicale… Il avait des artères bouchées et aurait pu y laisser la vie. Tout cela parce qu’un PMO avait décidé qu’il ne méritait pas un jour de congé. »
La nouvelle circulaire faite aussi mention du fait que, dorénavant, tout policier qui se blesserait dans un accident alors qu’il se rend sur son lieu de travail ou sur le chemin de son travail à sa résidence ne verra plus les jours d’invalidité « puisés de sa banque de congés ». Nos interlocuteurs expliquent : « Sur les 21 jours de “sick leave” que nous disposons par an, 16 sont remboursables tandis que les 5 qui restent, si on ne les a pas pris, sont reversés dans une “banque de congés”, c’est-à-dire des “accumulative leaves”. Or, quand un policier était blessé et incapable de travailler, allons dire 20 ou 30 jours, ce sont de ses jours de congé accumulés qu’étaient déduits ces congés. Ce qui était totalement injuste envers ces officiers, qui ont préféré sacrifier leurs “sick” afin de les accumuler. »
Les policiers interrogés soutiennent : « Nous sommes pleinement conscients que bon nombre de règlements sont appliqués afin de décourager de mauvaises habitudes et pour que certaines brebis galeuses ne puissent profiter de congés sur le dos des autres policiers qui, eux, bossent… Nous sommes 12 000 policiers et ils sont peut-être 1 000 mauvais éléments. Mais est-ce pour autant que nous devons tous êtres pénalisés ? » Ces officiers rappellent qu’ils sont « des pères et des mères de famille, comme tout autre Mauricien ». Et de poursuivre : « Nous avons à coeur notre métier. Nous savons qu’en embrassant le métier de policier, nous prenons une grosse responsabilité. Mais ce n’est pas pour autant que la hiérarchie doit nous traiter comme des moins que rien ! » Des qualificatifs tels que “dominer”, “hypocrite”, “abus de pouvoirs” et “fer mari” reviennent sur les lèvres de ces policiers, qui se disent dégoûtés que « nous n’ayons pas une grande écoute ni un soutien conséquent de la part de l’administration de la force policière ». Car, disent-ils, « c’est comme s’il existait deux catégories de policiers : “bann ti gard” ki bizin fer tou kalite travay, ek ban gran missie… ena pa mem konn zot metier, nek deklarer ek donn lord ».
Dans l’ensemble, concluent ces policiers : « Nous sommes heureux que l’administration de la force policière commence enfin à nous soutenir et reconnaître nos efforts. Mais le combat est loin d’être terminé… »