La découverte de plusieurs tonnes de sable grisâtre — stocké depuis un mois sur la plage de Rivière-Noire — réparti sur plusieurs mètres de plage publique a provoqué une levée de boucliers. Si les responsables du Village Council sont repartis le coeur léger vendredi après-midi après une rencontre explicative avec Dominic Dupont, General Manager de la Balise Marina, un groupe de pression mené par Soopaya Veerapen, président des Forces Vives, conteste vigoureusement l’explication fournie, craignant une pollution irréversible du lagon.
Les protestations de mardi dernier ont eu pour effet la suspension immédiate des travaux visant à reconstituer la plage publique de Rivière-Noire. Selon Dominic Dupont, le sable étalé sur presque 250 mètres a été nettoyé au préalable d’après une méthodologie bien précise pour ensuite être distillé sur la plage. Ce dernier explique à Week-End que le sable répandu sur le rivage est issu du dragage entrepris depuis le 12 août pour creuser un chenal qui permettrait la traversée des bateaux.
« Le sable extrait est une propriété de l’État, représenté par le ministère des Terres et du Logement. Ils nous ont donné pour instructions d’utiliser les 15000 m3 de sable pour réhabiliter le rivage menacé d’érosion. Si le ministère nous avait dit d’aller le déposer sur le flanc de la montagne, nous l’aurions fait », dit-il ironiquement.
Inquiétudes
Mais face aux inquiétudes de plusieurs utilisateurs de la plage, une réunion explicative s’est tenue vendredi, à la maison de la Balise, avec les représentants du Village Council, à savoir Rey Soko et Nicole Papêche, président et vice-présidente respectivement. « Mardi, plisir abitan finn vinn guet nou apre ki zot finn remarke ki pe dump disab sal lor la plage. Nou finn fer demars pou kone ki pe arive et nou finn kontakte tou bann otorite konserne. Nou ti pe kroir pe rod pollue nou la plaz. Zordi (ndlr : vendredi), nou finn zwenn Misié Dupont ki finn explik nou ki pe fer enn beach reprofiling akoz dega lerozyon », dit Rey Soko. Sa collègue et lui se disent confortés par les explications du directeur du projet La Balise Marina, à l’effet que le sable grisâtre retrouvera sa couleur d’origine d’ici à deux mois avec le cycle de la nature.
Point rassuré par les propos de la direction de la Balise Marina, le groupe de pression mené par Soopaya Veerapen soutient que les sédiments de la plage polluent le lagon et les filets géotextiles ne protègent point. Il souligne donc que les conditions n’ont pas été respectées et que le dragage s’est poursuivi au 10 octobre, alors que le permis de la Balise Marina a expiré depuis le 30 septembre dernier. Et déplore avec virulence que les autorités ne supervisent rien et laissent tout à la discrétion de la Balise Marina. « Mis à part deux bassins d’eau, nous ne voyons pas comment le sable est nettoyé. Au contraire, nous constatons que tous les sédiments sont présents. Rien ne garantit que le sable retrouvera sa blancheur immaculée. Si on suit sa logique, depuis deux mois que le sable est entassé sur ce site (ndlr : un terrain privé sur la plage), le sable aurait dû avoir retrouvé son éclat », dit Soopaya Veerapa.
Dominic Dupont soutient pour sa part qu’il a préféré suspendre les travaux, le temps que les habitants soient rassurés. Il déclare par ailleurs que tous les utilisateurs de la plage ont été informés avant le début des travaux par voie écrite. Et pour montrer sa bonne foi, il s’appuie des documents envoyés aux autorités concernées, notamment au ministère de l’Environnement, pour informer des travaux qu’ils comptent entreprendre. C’est la compagnie DAY Marine & Services Ltd qui entreprend le beach profiling.
Dans un rapport rédigé le 9 octobre et soumis aux autorités concernées, il est stipulé que « (1) the sand dredged in the lagoon for creating the access channel, from the river mouth towards offshore is of good quality and of good size grain ; (2) This sand however in the line of the river’s natural discharge, is somewhat contaminated with alluvial matter, organic matters, and a percentage of fine sediments, hence it’s dark grey colour ; (3) However, once pumped through a hydrocyclone, the sand is being cleansed from the fine sediments including most of the organic matter, thus leaving a sand with a quality more than adequate for beach recharge ; (4) This sand will never become as white as the ones found in locations devoid of rivers ; but will gradually bleach by the sun’s ultraviolet effect, and in the matter of a few months show the colour of a relatively light gray ; the same being found on the Black River beaches actually. »
Il est mentionné plus loin que des opérations similaires ont été entreprises à Maurice, notamment à Créolias Calodyne et au Prince Maurice à Poste La Fayette. Parallèlement, des documents quant au procédé que DAY Marine Services appliquera pour le beach reprofiling ont été envoyés, en juillet dernier, au ministère de l’Environnement, chargé du monitoring à l’avenir.