Il nous reste très peu de forêts humides originelles, qui couvrent en surface moins de 5 % du territoire mauricien et sont déjà dégradées, mais celles-ci présentent des atouts intéressants, tels qu’une densité et un taux d’endémisme parmi les plus forts des îles tropicales océaniques. Seule une étude statistique particulièrement pointilleuse sur la diversité végétale de ces forêts pouvait permettre de faire le point sur ces questions. Vincent Florens l’a menée de 2006 à 2010 avec la contribution de trois autres écologues. Publiés l’an dernier dans la revue scientifique Biodiversity and Conservation, ses résultats renouvellent la réflexion sur le choix des sites de gestion de la conservation et leur management.
« Survivre à 370 ans d’impact humain : que reste-t-il de la diversité des arbres et de la structure des forêts humides des terres de basse altitude de l’île Maurice ? » : à travers ce titre de l’article publié en 2012 dans Biodiversity and conservation, Vincent Florens et ses collègues entendent surtout faire un état des lieux actuel, et poser les bases d’un suivi statistique qui puisse constituer un baromètre fiable et continu de notre biodiversité. Ils avaient auparavant constaté qu’il existait peu de données quantitatives sur nos arbres, leur densité et leur diversité, et sur l’évolution de ces critères dans le temps, choses pourtant vitales pour une bonne gestion de ce patrimoine. Ils ont pu toutefois comparer certaines données à celles de travaux de référence passés tels qu’entre autres les études de Vaughan et Wiehe (années 1930 et 1940), ou encore celles de Cheke et Hume (2006, Lost land of the dodo), ou encore celles plus récente de Virahsawmy et collègues (2009). Maurice présente l’avantage d’avoir été peuplée tardivement par rapport à la plupart des autres pays, ce qui lui confère un statut unique de “laboratoire” pour des études nous permettant de mieux comprendre l’impact que l’humain peut avoir sur son environnement.
La forêt humide se développe dans des zones qui reçoivent 2 à 3 mètres de précipitations par an, où le sol est suffisamment profond et drainé pour permettre la croissance d’arbres qui atteindront 15 à 20 m de hauteur. Si elle n’occupe aujourd’hui qu’un infime pourcentage du territoire mauricien (moins de 5 %), elle s’étendait à l’origine sur la moitié du territoire et constituait donc sa communauté végétale la plus importante. Aujourd’hui, en réalité, seulement un tiers de ces vestiges de forêt indigène sont relativement bien conservés, c’est-à-dire composés à 50 % par la couverture indigène, les deux autres tiers étant dominés dans leur canopée par des plantes exotiques envahissantes. En contre-point, la surface où une gestion de la conservation est menée avec entre autres l’éradication des plantes exotiques envahissantes ne concerne que 1 % de ces vestiges, soit environ 100 hectares, qui sont pour la plupart répartis dans le parc national des Gorges de la Rivière-Noire et le sud-ouest de l’île.