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Consultante internationale et ancienne responsable de l’Observatoire des Droits des enfants (ODEROI), Mariam Gopaul a animé une formation pour 40 professionnels des médias malgaches

Un atelier de formation, destiné aux professionnels des médias malgaches, s’est tenu le mois dernier dans la Grande Île. C’est la consultante internationale d’origine mauricienne, Mariam Gopaul, qui a été sollicitée par les instances onusiennes pour l’animer. Le besoin d’un tel atelier s’est fait sentir en raison de plusieurs manquements relatifs aux droits des enfants qui ont été notés dans les médias, et remontés vers l’Unicef et les instances relatives. L’idée est de mettre en place un cahier de charges, un guide, pour sensibiliser et orienter ces professionnels des médias. Une charte a été signée à l’unanimité au bout de la quinzaine de jours de formation.

Mariam Gopaul se dit satisfaite du déroulement de l’atelier. « Il n’y a eu aucun désistement de la part de la quarantaine d’éléments retenus pour suivre cette formation. De plus, la charte d’engagement a été signée à l’unanimité », dit-elle. Deux bonnes raisons, ajoute-t-elle, pour poursuivre « le bon travail » déjà entamé dans la Grande Île. La consultante internationale a été, rappelons-le, représentante de l’Unicef de 1993 à 2003, puis, responsable de l’Observatoire des Droits des Enfants de l’océan Indien (ODEROI) de 2006 à 2010.

Autant dire que, sur le chapitre des droits des enfants, Mariam Gopaul n’est pas en terrain inconnu… La complexité malgache, non plus, puisqu’il ne s’agit pas de sa première intervention chez nos voisins. En effet, de par ses fonctions, elle a eu une foule d’occasions de se familiariser avec le pays. « Nous avons, là-bas, autant que dans nombre de régions dans le monde, et notamment à Maurice, des manquements, parfois flagrants, en ce qu’il s’agit du non-respect des droits des enfants. Par exemple, des articles de presse qui exposent brutalement et sans égards, photos, identités et des détails relatifs à ces mineurs, et, le plus souvent, dans des contextes sensibles et difficiles : violences en tous genres; physique, verbale, psychologique; abus sexuels divers, mineurs en situation de rue, enfants exploités sur le marché du travail… », explique-t-elle.

Un déficit en ce sens, ressenti dans la presse de la Grande Île, a été remonté vers les instances concernées placées sous les Nations unies, se concentrant sur le respect des droits des enfants. Celles-ci ont ainsi sollicité la consultante internationale pour « animer un atelier de travail, destiné à vulgariser la nécessité de respecter les droits des enfants et d’adopter des comportements plus réfléchis et responsables, dans un avenir proche, afin de rectifier le tir et d’arrêter de bafouer les droits de ceux qui ne sont ni représentés et n’ont ni droit à la parole ». De ce fait, s’est tenue du 9 au 17 juillet, la formation de 40 professionnels des médias de Madagascar, comprenant hommes et femmes, certains de carrière, d’autres jeunes journalistes en herbe.

Mariam Gopaul relève que « la faute ne peut être imputée à ces professionnels des médias si, dans leur formation, ils n’ont pas été sensibilisés au besoin de respecter les droits des enfants ». Et d’ajouter : « Via cette formation, désormais, personne ne peut en revanche prétexter l’ignorance. » Pour aboutir au résultat final, une charte, définissant les précautions à prendre quand un article évoque des enfants, doit être établi et suivi, tel un cahier de charges « pour qu’on arrête de voir dans les médias malgaches des enfants battus, torturés, violentés et violés, entre autres, surtout faire la sensation, et plutôt, pour que les médias prennent le relais et se font la voix de ces sans-voix ». Le parcours, estime la consultante mauricienne, a été « très fructueux » dans les deux sens. Pour y arriver, la formatrice a mis à contribution tout un arsenal, dont des activités, des exercices, des présentations sur Powerpoint, des modules de groupe, des jeux de rôles, et autres “ice breakers”, qui ont pris fin par une évaluation. Mariam Gopaul a également rédigé un rapport détaillé, soumis aux instances organisatrices de la formation afin qu’un suivi soit maintenu sur ce plan.

« Les enfants sont des sans-voix partout »
La condition de l’enfant est un sujet très cher à Mariam Gopaul : du reste, son parcours en atteste. Cette chargée de cours du tertiaire se bat depuis de longues années sur ce front. Cependant, relève-t-elle, « si à Maurice certains progrès sont notables, sur certains plans en revanche, les enfants restent et demeurent des sans-voix, et ce malgré une foule d’initiatives et de projets ».

Elle explicite : « L’enfant, ainsi que je l’ai relevé dans cette formation à Anstirabe, à Antananarivo, est souvent la toile de fond d’un article de presse qui déclenche une polémique, un débat. Or, de manière générale, c’est rare qu’on aille vers la source, donc les enfants eux-mêmes, et qu’on leur donne une certaine voix au chapitre. Je ne dis pas qu’il faut banaliser l’exercice, mais il y a des repères à respecter et des paramètres, afin de donner à l’enfant sa place, et son droit au dossier. » Une grande partie de la formation récente à Madagascar a gravité autour de cet aspect prioritaire du sujet.

« Quand les membres des médias, qui ont assisté à la formation, ont compris qu’il peut s’agir de leur enfant, qui est le sujet d’un article et qui est pénalisé par le mauvais traitement infligé, c’est là qu’ils ont commencé à réfléchir et changer de regard », dit-elle. C’est « extrêmement important et primordial », soutient Mariam Gopaul, « si l’on a à cœur de faire avancer la cause des enfants et le respect de leurs droits ».