Après la série d’irrégularités déplorées dans le domaine de la formation tertiaire privée à Maurice, dont les dernières en date concernent la profession médicale, c’est maintenant au tour d’un autre corps de professionnels de dénoncer ce qu’il considère être « de douteux amalgames pratiqués par certaines institutions prétendant offrir des cours en architecture à Maurice ». L’Association des Architectes de Maurice (MAA) dit sérieusement remettre en question la qualité des études qui y sont offertes et appelle à des actions de la part des autorités concernées et à la vigilance des parents et des étudiants, existants et éventuels, en cette filière. Elle réclame qu’un amendement soit apporté à la Professional Architects Council Act 2011 qui lui donnerait les pleins pouvoirs de réguler les différents métiers liés à l’architecture.
Le président de la MAA, Vinesh Chintaram, élabore sur « la situation anarchique qui prévaut depuis quelques années dans le domaine de la formation professionnelle en architecture, ou plutôt ce qui est présenté comme tel ». Le boom dans le secteur de la construction à Maurice suite aux projets immobiliers tels que les Integrated Resort Schemes et autres Residential Estate Schemes a donné lieu à une grosse demande en termes de services liés à la profession d’architecte, poursuit-il. « À la MAA, nous nous interrogeons fortement sur la pertinence de la décision du gouvernement de placer l’architecture comme secteur prioritaire à Maurice. Cela a ouvert les vannes à une certaine tendance à l’affairisme parmi les institutions éducatives privées du tertiaire. D’autant que l’État s’est désengagé de cette filière, les cours en architecture qu’ambitionnait d’offrir l’Université de Technologie n’ayant jamais vraiment fonctionné en raison de la difficulté à trouver des enseignants. On peut être un bon architecte mais manquer totalement de sens pédagogique… »
BAC+5
La MAA accuse des institutions privées de pratiquer un amalgame entre deux formations : des études en architecture et celles d’Architectural Technology. La différence est de taille. Pour pouvoir pratiquer comme architecte à Maurice, il faut avoir fait une formation en architecture dans une université accréditée par l’UIA, Union Internationale des Architectes, envers laquelle Maurice a un devoir de conformité en vertu de la Professional Architects Council Act 2011. L’étudiant aura accompli un programme d’études continu de cinq ans avec des modules spécifiques en vue d’obtenir les diplômes de Bachelor puis de Master. C’est ce Master Degree qui lui donne le droit d’entamer une formation pratique de deux ans dans un cabinet de professionnels avant d’être éligible à une demande d’enregistrement pour exercer comme architecte professionnel à Maurice. Il est alors appelé à se présenter devant un Registration Board qui valide les diplômes après maints entretiens et présentation de projets et de dossiers attestant que l’étudiant a couvert toute la panoplie des cours (voir hors texte).
« Or, les institutions tertiaires privées à Maurice ne possèdent pas les ressources nécessaires pour offrir une formation équivalente au Bac +5. Leurs campagnes de recrutement pratiquent l’amalgame avec les études en Architectural Technology (AT), qui est une formation de trois ans, point à la ligne. Elle mène à l’obtention d’un BSc en Architectural Technology ou un diplôme similaire pour exercer le métier d’assistant à un architecte. L’assistant est habilité seulement à exécuter et superviser des dessins, superviser certains travaux, entre autres tâches, mais toujours sous la direction de l’architecte. De plus, l’assistant n’a aucun titre professionnel et ne peut en aucun cas utiliser le titre d’architecte, qui est un titre protégé par le Professional Architects Council », précise le président de la MAA. Et d’ajouter que s’il existe bien une passerelle entre la formation d’AT permettant de poursuivre des études au niveau Master, cela n’est cependant possible que dans certains pays seulement, comme la Grande-Bretagne ou la Malaisie. De plus, il faut que le diplôme de l’aspirant étudiant soit reconnu par une institution qui elle-même doit être reconnue par l’Union Internationale des Architectes.
Vide juridique
La MAA est d’avis que si aucune mesure corrective n’est prise au niveau de l’autorité régulatrice, le Professional Architects Council (PAC), qui tombe sous la tutelle du ministère des Infrastructures publiques, et au niveau de la Tertiary Education Commission, « cette tendance à l’amateurisme ne pourra que nuire à la profession, déjà bien en peine de reconnaissance nationale ». Or, ces deux organismes n’ont pas les moyens de valider ces cours. « Le mandat légal du PAC ne lui donne pas les pouvoirs de réguler la formation architecturale à Maurice. Pour sa part, la TEC ne possède pas les ressources requises pour mieux contrôler la qualité des cours offerts ». Un vide juridique et technique qui profite à certains centres de formation privés. Aussi, la MAA lance-t-elle un pressant appel aux autorités pour qu’un amendement soit apporté au plus vite à la PAC Act 2011, lui donnant les pleins pouvoir de régulateur des différents métiers liés à l’architecture : « Nous, les organismes chargés du respect de la profession, avons le droit légitime de préserver le métier d’architecte, et notamment la formation dans ce domaine. »