Depuis le “black saturday” du 30 mars 2013, chaque épisode de grosses pluies, que ce soit à Port-Louis ou ailleurs dans le pays, provoque la psychose, la peur panique, la frousse. Et ce n’est pas sans raison d’ailleurs. Ce triste et tragique épisode, qui a coûté la vie à 11 Mauriciens, ne sera pas oublié de sitôt. Cependant, les gouvernements se succèdent et le changement climatique n’étant pas un phénomène passager, nos politiques prennent-ils vraiment la mesure des dangers qui nous guettent ?

Aménagement du territoire. Des mots lourds de sens, mais qui ne semblent pas avoir grand effet dans les oreilles de nos politiques. Des mots qui sont brandis pour la circonstance quasiment uniquement après le passage de grosses pluies, comme cette semaine. Ou dans le sillage des cyclones, aux micros des médias qui sollicitent des réactions. Puis, une fois que cette saison s’estompe, il en va de même pour les projets et autres études ! Quand les cours, les maisons et les rues seront à nouveau inondées et que les habitants, hagards et désespérés pour la énième fois, auront perdu leurs effets personnels et se seront réfugiés dans les centres, on ramènera alors la formule sur le tapis, en la dépoussiérant pour l’occasion…

Le nouveau gouvernement de Pravind Jugnauth, qui prône supposément une politique de proximité et sociale, gagnerait à inclure dans ses priorités, à notre humble avis, de véritables études et projets destinés à revoir les constructions sauvages et le développement sans planification qui ont, tous deux, des décennies durant contribué à bétonner nos 720 square miles de territoire, afin d’y mettre bon ordre d’une part bien évidemment. Puisqu’il s’agit d’investir dans la durée.
Et, dans le même souffle, il est attendu de ce gouvernement d’instaurer des règlements et des lois strictes et solides régissant justement l’érection des bâtiments, en respectant par exemple la profondeur pour les fouilles, la construction des routes, l’aménagement des drains… bref, la planification et la gestion de notre sol. Parce que si ce n’est pas le gouvernement qui s’attelle à cela, alors qui le fera ? Pas le citoyen lambda qui, souvent, se laisse plutôt avoir par des amateurs (pour ne pas dire escrocs) qui s’autoproclament entrepreneurs ou maçons et confient la construction de leurs maisons ou bâtiments commerciaux à ces êtres peu scrupuleux, essentiellement motivés par le gain et (très) peu soucieux de ce qu’il adviendra en temps de pluies torrentielles et cyclones !

Le gouvernement de Pravind Jugnauth a l’occasion de faire la différence et d’inscrire son mandat sous le sceau d’une politique réfléchie. Et comme il semble très enclin à investir dans les constructions qui amènent le développement, à voir tous les chantiers, “by-pass”, “fly-over” et autres qui sont visibles dans tous les coins du pays, voilà encore une bonne occasion de marquer des points.
L’aménagement du territoire proprement dit, et pratiqué, implique il va de soi une politique sérieuse, réfléchie et élaborée destinée à répartir géographiquement zones résidentielles et à caractère économique. Certes, nous sommes à Maurice, où le terrain est plutôt… restreint. Soit. Mais cela devrait plutôt encourager des pratiques durables et viables pour que nos futures générations ne se retrouvent pas à vivre dans des cimetières de béton !

Car si rien n’est mis en œuvre rapidement pour enrayer l’engorgement causé par un sol devenu imperméable pour cause de trop plein de béton, et si l’on continue à bétonner justement à tour de bras, excluant des pratiques de constructions moins polluantes, rien ne s’arrangera. Mais cela comprend, également un arrêt total de la politique de privilégier les “petits copains” pour le partage des terres. Et cela risque de peser plutôt lourd dans la balance pour des générations de politiques pour qui cette pratique est… on ne peut plus courante.