En attendant l’ouverture officielle de la 18e Conférence des ministres de l’Éducation du Commonwealth prévue demain, les travaux des quatre forums — Teachers’ Forum, Youth Forum, Stakeholders’ Forum, Commonwealth Post Secondary/Higher Education Leaders Forum – ont débuté aujourd’hui et se poursuivront jusqu’à jeudi, en parallèle avec la réunion des ministres. Ce qui retient l’attention : l’intérêt que porte le monde du Commonwealth à la question de l’inclusion des langues maternelles dans le système éducatif. Cette question figure en bonne place à l’agenda du Stakeholders’ forum.
Alors que les jeunes sont rassemblés au Mahatma Gandhi Institute pour le Youth Forum, les participants au Teachers’Forum étaient aujourd’hui au Rajiv Gandhi Science Centre et ceux du Stakeholders’Forum sont en réflexion au Swami Vivekananda Conference Centre à Pailles.
Le vice-premier ministre Xavier-Luc Duval, qui a procédé à l’ouverture du Stakeholders’Forum, a fait un bilan des réalisations du gouvernement mauricien dans le secteur de l’éducation. Certains des participants mauriciens présents s’attendaient à ce que le VPM et ministre des Finances lance quelques pistes de réflexion sur le rôle des stakeholders face aux nouveaux enjeux de l’éducation dans un monde globalisé et hypercompétitif. Ces participants ajoutent que les nouvelles réalités sont communes à bon nombre de pays faisant partie du Commonwealth.
Par ailleurs, le Stakeholders’Forum a pour objectif de prendre connaissance des initiatives prises au niveau de la communauté scolaire et de la manière dont celles-ci peuvent influer sur la politique de l’éducation au niveau national. Ce forum a programmé trois sessions autour de la thématique de la langue : « The future of English language in the Commonwealth ? » (cet après-midi de 16 h à 17 h 30) ; « Education and language policy : global and indigenous languages — is it an “either/or” question ? » (demain de 14 h 30 à 16 h — session présidée par Dharam Gokhool, l’ancien ministre de l’Éducation) ; et « Which language, when ? ».
Des professionnels de l’éducation au primaire et au secondaire saluent cette démarche des organisateurs de cette présente conférence d’inclure la langue maternelle à l’agenda. « Les responsables de cette conférence ont réalisé que ce n’est pas tous les pays de ce bloc qui ont l’anglais comme langue maternelle et qu’il y a aujourd’hui un équilibre à atteindre entre l’anglais et les langues locales au niveau de l’éducation. C’est bon de savoir comment les autres pays s’attaquent à ce problème d’ordre linguistique », souligne un pédagogue.
Depuis quelques années déjà dans les écoles à Maurice, l’on se pose les questions suivantes : l’anglais a-t-il toujours ses assises ou bien lui faut-il un nouveau dynamisme ? Faut-il faire la promotion de cette langue internationale ? Peut-on continuer à ignorer l’importance des langues maternelles dans l’apprentissage et si oui comment concilier d’une manière harmonieuse ces langues locales à l’anglais ?
S’agissant de l’avenir de l’anglais, Vidya Golam, enseignant de General Paper et aussi poète, ne croit nullement que l’anglais pourrait être en danger face à d’autres langues internationales. « L’anglais se porte bien dans le monde. L’anglais est bien plus aujourd’hui que la langue politique du Commonwealth qu’elle était au début du vingtième siècle. Cette langue dépasse le cadre politique, c’est la langue du commerce, de l’éducation et de la globalisation. Tous ceux qui possèdent la langue anglaise et qui ne sont pas des pays anglophones font fortune, par exemple en Chine. Le monde du Commonwealth qui se réunit en ce moment à Maurice, n’a pas besoin de promouvoir la langue anglaise. C’est automatique à cause des enjeux économiques », commente Vidya Golam.
En revanche, Vidya Golam, qui a une longue carrière dans l’enseignement de l’anglais, admet que le niveau de la majorité des élèves au niveau du SC et du HSC dans cette matière est très faible et devrait inquiéter les décideurs. « Il y a de grandes faiblesses pour ce qui est de la maîtrise de l’anglais parmi nos jeunes qui quittent l’école. Leur vocabulaire en anglais est très pauvre. Ils ne sont pas assez exposés à cette langue, voilà le principal problème. On ne finit pas de le dire, nos jeunes ne lisent pas assez. Ce n’est pas la promotion de l’anglais qu’il faut faire mais promouvoir la culture de la lecture que ce soit en anglais, en français, en kreol ou en d’autres langues. Dans quelques années, nous aurons de très bons techniciens mais qui seront pauvres linguistiquement », prévient Vidya Golam.
À signaler que la session « Which language, when ? » programmée pour demain sera présidée par Ann Puntis, Chief Executive Officer de Cambridge CIE, tandis que les conférenciers avant les débats sont Gilberte Chung et Jimmy Harmon, respectivement directrice du Bureau de l’Éducation Catholique et Chef de Département Applied Pedagogy à l’Institut Cardinal Jean Margéot. Ces deux représentants de l’Éducation Catholique feront un exposé sur le système bilinguisme (Kreol Morisien-anglais) adopté depuis 2005 dans les collèges catholiques, avec pour objectif d’amener les jeunes en situation d’échec scolaire à la sortie du primaire à avoir accès à la connaissance. Ils diront aussi comment ce choix a eu un impact positif sur les enfants qui sont passés par le Prevokbek et comment ce projet éducatif a influé sur la décision du gouvernement d’introduire le Kreol comme matière d’études au primaire.