Intervenant samedi au Centre Eddy Norton aux Arcades Sunnassee à Rose-Hill lors d’un forum ayant pour thème « Rupture avec les pratiques du passé » sur l’avenir d’Air Mauritius, le syndicaliste Jack Bizlall a exhorté, pendant environ 90 minutes, les employés de la compagnie d’aviation nationale à venir dénoncer les « mauvaises pratiques ». Ces dénonciations feront l’objet d’un document qui sera publié avant la prochaine assemblée nationale des actionnaires d’Air Mauritius.
Jack Bizlall a d’emblée expliqué qu’aucun Mauricien ne pouvait rester tranquille sur ce qui se passe à Air Mauritius. « Ce qui se passe à Air Mauritius (MK), comme dans toutes les autres compagnies para-étatiques dont la Central Water Authority, la Cargo Handling Corporation et le Central Electricity Board, concerne tous les Mauriciens en tant que citoyens. Car MK, plus qu’aucune autre compagnie, est un indicateur de notre santé économique. C’est notre mouchard économique. Il nous indique, avant tout autre secteur, ce qui nous arrivera. Si MK subit une chute importante, cela endommagera notre crédibilité internationale », a argué le syndicaliste.
Selon l’orateur, le bilan de MK pour 2011 « est catastrophique ». « Les pertes s’accroissent dangereusement. Cela menace principalement des milliers d’emplois ainsi que notre secteur touristique. Les effets collatéraux sont d’autant plus graves », s’alarme Jack Bizlall. Il dit douter de la capacité des personnes qui gèrent la compagnie nationale d’aviation à pouvoir la sortir de cette situation. Il leur reproche de « ne pas avoir proposé un plan de redressement à temps », d’être de « mauvais négociateurs » et de « se soumettre au diktat du Premier ministre sans prendre conscience qu’il n’a aucun droit de s’ingérer dans le “day to day management” de MK ».
Jack Bizlall a ensuite énuméré « les divers manquements, abus, fraudes et gaspillages qui gangrènent la compagnie nationale depuis ces dernières années ». Le syndicaliste a fait quatre propositions pour rompre avec le passé et sortir MK de sa situation : la nomination immédiate d’un CEO et de personnes compétentes aux postes vacants à la direction de la compagnie ; le reversement des décisions qui ont conduit MK à sa présente situation et la demande aux hauts fonctionnaires qui siègent au Board de se retirer et les retourner à leur rôle de conseillers de l’État ; un audit interne pour identifier « les manquements, abus, fraudes et gaspillages » et l’invitation au gouvernement à injecter de l’argent dans l’entreprise.
Jack Bizlall a également réclamé que les employés d’Airmate soient absorbés par MK. « La compagnie nationale ne respecte pas l’article 20 de l’Employment Rights Act de 2008 qui stipule que tous les travailleurs qui font le même travail doivent toucher le même salaire », a expliqué le syndicaliste. Il a aussi lancé une mise en garde contre un éventuel « éclatement » du fonds de pension de MK si elle ne recrute pas. L’orateur a en outre dénoncé « l’opportunisme » de certains syndicalistes. « Il faut que les syndicats élisent des personnes honnêtes et compétentes », a-t-il insisté.
À la fin de son intervention, le syndicaliste a invité les quelques 2 800 employés à mettre en écrit tous les « manquements, abus, fraudes, gaspillages et autres passe-droits » à MK, de les lui envoyer afin de les consigner dans un document qui sera publié avant la prochaine assemblée générale des actionnaires. « N’y a-t-il pas à MK des gens compétents et honnêtes ? S’il y en a, il faut qu’ils cessent d’avoir peur et qu’ils réagissent », a-t-il lancé. Il leur a donné rendez-vous le 25 juin au Plaza à Rose-Hill.