Le hasard fait bien les choses : alors que se tient un colloque sur les abus sexuels dont sont victimes les enfants,  une version « live », concrète, mettant en exergue tout ce qui doit être fait ou pas dans ces circonstances se passe également. Arrestation pour abus sexuels présumés sur mineur d’un assistant-directeur  d’un foyer où  vivent des enfants inadaptés suivie de la fermeture du dit foyer.  
Suivons donc pas à pas les consignes, conseils  et explications  par des experts  australiens lors  du colloque organisé par Pédostop, ONG oeuvrant contre l’inceste et la pédophilie, en parallèle avec la dénonciation d’un enfant de 14 ans contre une personne du Foyer où il était logé jusqu’à juin 2012 et d’où il a été délogé suite à une lettre anonyme dénonçant un abus sexuel à son encontre. Etant une jeune ONG de services thérapeutiques, OpenMind a encore une faiblesse : notre staff n’a pas le temps d’assister aux colloques et séminaires instructifs et formateurs car il y a tellement à faire au Centre OpenMind pour des personnes en détresse psychologique  dont trois enfants du  Foyer Namasté.  
Mais grâce soit rendue à la presse vulgarisatrice : nous étions informés par les compte-rendu dans les journaux des propos des experts australiens. Il y a eu des  enquêtes sur les conséquences de la parole de l’enfant: accusation policière et  arrestation du présumé agresseur –  la partie pénale et fondamentale –  et fermeture du Foyer Namasté. Les critiques et commentaires ont fusé:   comment cela aurait dû être fait, pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt, pourquoi l’avoir fait maintenant, il fallait le faire autrement, bref, la parole de l’enfant s’est perdue dans ce brouhaha.
Tous les éléments sont donc là pour une mise en perspective d’après  la parole de l’enfant et les conseils des experts australiens parus dans la presse.
1. Parole de l’enfant
Dénonciation tardive  – Situer le présumé délit dans le temps – Entendre  et croire la parole de l’enfant. 
Paroles des experts australiens, N. Mudaly et C. Goddard,  dans « Week-End » du 14 avril – Interview de Jean-Claude Antoine : « Dans presque toutes les affaires d’abus sexuels, il arrive un moment où un peu d’attention à ce que dit l’enfant aurait pu faire la différence. »
Faits existants : L’enfant a dit et cela, dix mois après la fameuse lettre anonyme qui décide les autorités de le retirer du Foyer Namasté – il y a donc eu alors  « un peu d’attention » – pour le reloger dans un autre lieu.  Pour ce qui est du temps passé jusqu’à la dénonciation, nous savons, au Centre OpenMind, comment c’est difficile pour un enfant de  situer un acte dans le temps – de surcroît traumatisant – et combien c’est difficile d’accéder au contenu mental d’un enfant atteint de déficience intellectuelle.
 C’est pour cela que c’est le plus souvent par le biais de l’art-thérapie et des ateliers thérapeutiques que l’enfant révèle non pas par le verbe mais par des dessins,  par sa gestuelle, ce qu’il a vécu et ses ressentis. Le processus jusqu’au moment que « l’enfant dise » est long, douloureux  et il se contredit, se  rétracte, dit encore, a mal au ventre. Car, après la journée, c’est là-bas qu’il retourne, dans son foyer,  son lieu de vie, sa « Place of Safety ».
Faut-il donc le retirer de ce lieu ? Bien-sûr que oui puisque c’est ce que font  les autorités concernées en vertu de la « Child Protection Act ». Et où le place-t-on ? Dans une autre « Place of Safety » s’il est pris en charge par la CDU ou chez ses parents s’il est en Day Care uniquement.
Qui détermine que  ces lieux de vie  sont sécurisants pour l’enfant et qui s’assure tout au long que ce lieu reste sécurisant ? Questions abordées dans « Week-End » du 14 avril – Enquête de Sabrina Quirin : nous découvrons que ce  qui a été dénoncé en juin 2012 n’a pas fait totalement la différence pour les autres enfants. Car si on a bien retiré l’enfant cité dans la lettre anonyme, d’autres  enfants y sont restés jusqu’à la fermeture du  foyer.  Qui  s’assure  de l’encadrement thérapeutique prévu pour les enfants  MAINTENANT ?
Revenons à l’enfant dénonciateur  placé par la suite à CEDEM : ce qu’a dit l’enfant a été rapporté aux autorités,  c’est plus qu’un peu d’attention puisque l’enfant lui-même a parlé à la police. Cette attention portée à ce qu’a dit cet enfant fera-t-elle la différence ?  Ce qui nous amène au chapitre suivant :
2.   Agir suite à la parole de l’enfant :
 – Comment agir ?  Pourquoi agir ?
Paroles des experts australiens  dans l’Express-Dimanche du 14 avril : « L’abus sexuel, c’est un crime. Une maison où un enfant a été violé, c’est donc une scène de crime ». Voilà pourquoi, présumons-nous, que les enfants aient été retirés aussi vite du Foyer Namasté. Sauf que si l’on croit le compte-rendu de la conférence de presse du ministre Mireille Martin, le présumé délit aurait eu lieu dans la maison privée de l’assistant-directeur du Foyer Namasté.  Mais le principe de précaution est de mise: «  Comme l’acte est souvent commis par un proche ou un membre de l’entourage, l’enfant victime est sermonné. (…) « L’enfant victime est pris en otage ».   Fallait-il le faire à 21 h ? Espérons que  c’est ce raisonnement solide qui a motivé  les autorités.  Il y a au moins un élément clair, selon les termes de la loi : le Foyer Namasté n’était plus considéré comme une « Place of Safety » par les autorités concernées. CQFD.  
Pourquoi agir ? A lire et à écouter les diverses réactions à la fermeture du Foyer Namasté et commentaires  concernant la directrice de CEDEM, on peut se demander légitimement : qui osera maintenant agir sur la parole d’un enfant ? Paroles des experts australiens  dans l’Express-Dimanche – 14 avril – de Melhia Bissière : « Nous imaginons à quel point une telle épreuve est insoutenable pour un enfant. (…) les enfants ont peur. (…)  Pour cela, il faut développer un ensemble de facteurs favorables à la dénonciation ».   Ces facteurs favorables sont la plupart du temps humains : des personnes qui travaillent avec des enfants. Protéger leurs décisions d’agir suite à la parole d’un enfant est un devoir envers l’enfant.   
Depuis avril 2012, les articles de presse n’ont cessé de révéler des informations sur le Foyer Namasté et demandant même sa fermeture. Cela est fait et nous entendons des voix contraires ou mitigées. La présidente de Pédostop, Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, a expliqué dans l’édition du 14 avril de « 5 Plus-Dimanche » : « Il est très rare qu’un agresseur sexuel avoue ce qu’il a fait. (…) Les agresseurs sexuels sont très manipulateurs(…). Ils peuvent ressentir toute condamnation comme une injustice et une incompréhension. (…) Même s’ils ont été reconnus coupables (…)ils continuent de nier les faits. D’où l’importance capitale de toujours écouter et croire l’enfant. » C’est ce qu’a fait  Rita Venkatasawmy : écouter et croire l’enfant.
3. Quel suivi maintenant ?
L’enquête policière suivra son cours et cet enfant est désormais pris dans les procédures de la justice.  Selon les experts australiens : « En terme de structures, il faut créer un environnement privilégiant la dénonciation  (…) Avec des salles spécialisées et un personnel formé pour entendre la plainte de l’enfant. ».  Le DPP, Me Ajit Boolell, a démontré son penchant pour les causes sociales: il veillera au grain, nous en sommes sûrs.
Dans l’édition de « 5 Plus–Dimanche », la parole est donnée aux autres personnes prises dans la tourmente de la fermeture du Foyer Namasté : une mère qui élève seule son enfant lourdement handicapé et qui ne sait pas où le placer maintenant. Si cette mère-courage avait le choix entre une vraie « Place of Safety » sur laquelle ne pèse aucun soupçon  et le Foyer Namasté dont l’assistant-directeur –  même s’il est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire – a été arrêté puis libéré sous caution pour abus sexuels sur mineurs, que choisira-t-elle ? S’il n’y a pas d’autres structures où mettre son enfant, c’est un autre problème. Celui d’un  manque terrible pour la prise en charge des enfants aux besoins spécifiques. Cet enfant rentrait avec sa maman à la maison  chaque après-midi : quid des autres qui  y restaient la nuit ? Sortir de sa problématique individuelle pour penser à la cause commune : voilà un handicap très mauricien.  
La dure réalité de la logistique n’a pu suivre l’acte déterminé par la loi : qui recueillera ces enfants maintenant dans le long terme ? Rêvons un instant: si toutes les personnes qui ont eu à coeur la fermeture du Foyer Namasté pouvaient aider à trouver, voire à mettre en place, une solution juste et digne  sous la forme d’une structure d’accueil  où l’encadrement thérapeutique sera présent ?
Mais  OpenMind n’est pas constituée de doux rêveurs ni de forts clameurs: étant une « No Nonsense NGO », nous sommes partants pour trouver la solution, et même de faire partie de la solution. Car, revenons sur terre pour ces  enfants  dépendant des autorités pour défendre leurs droits, déjà arrachés à leurs familles biologiques pour cause de maltraitance, puis arrachés à leur foyer d’adoption pour cause de soupçon de maltraitance. N’est-il pas temps de leur donner ce que tout enfant a droit d’avoir sur la terre mauricienne : un foyer, un lieu de vie adapté à leurs besoins – certains  nécessitent une prise en charge spécialisée – et d’autres qui peuvent aspirer à une vie meilleure malgré les épreuves de leur si jeune vie.  
Le « Responsible Party » d’un enfant placé par la CDU dans une « Place of Safety » est la CDU elle-même, donc l’Etat, puisque la  CDU opère sous l’égide du ministère des Droits des Enfants et de la Famille.  Extrait de l’article de Deepa Bhookun – L’express du 11 avril : « (…) La Child Protection Act protège la CDU et les officiers  du ministère contre toutes poursuites s’ils agissent dans l’intérêt des enfants ! Et ce, même s’ils font une erreur » Donc, c’est avec l’Etat selon les prérogatives sous la Child Protection Act que la société civile  devra  travailler pour le bien-être, tant psychologique que physique de ces enfants. Encore faut-il que l’Etat nous entende.
Pourquoi ? Parce qu’un enfant a dit, s’est contredit, a redit, a dessiné, mais il a dit qu’il a été soumis à des abus sexuels.  Il y a eu la parole d’un enfant, parole pas encore claire car c’est un enfant et selon les experts australiens: « dans presque toutes les affaires d’abus sexuels, il arrive un moment où un peu d’attention à ce que dit l’enfant aurait pu faire la différence. »
 Ce moment est arrivé.