« C’est sur une base de rotation que les employées de Namasté ont mené leur grève de la faim depuis le 1er mai ». Nous l’avons appris dans la presse dominicale (« Les grévistes de la faim se relayent », Week-End du 12 mai 2013). Or, une telle démarche pourrait sérieusement entamer la crédibilité de l’action « grève de la faim » et donc en fragiliser la portée.
Car la grève de la faim se définit comme étant le refus prolongé de se nourrir afin d’attirer l’attention des autorités et de l’opinion publique sur une situation considérée comme injuste. Dans son principe, la grève de la faim vise à susciter « une inquiétude d’ordre éthique qui éveille la conscience collective et la porte à s’interroger sur les grandes politiques de l’État et sur les conditions de vie concrète des citoyens » (« Grève de la faim », article de l’IRNS, Institut de recherche sur la Résolution Non-violente des Conflits). Ce type d’action se veut être une action de pression, pas juste de sensibilisation. « Ceux qui l’entreprennent se disent déterminés à la poursuivre jusqu’à ce qu’ils aient obtenu satisfaction, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’injustice qu’ils dénoncent soit supprimée. » Toute grève de la faim illimitée comporte donc le risque de mourir et fait appel à la compassion de l’opinion publique. Alors, si les principes du jeûne ne sont pas respectés, cela n’enlève-t-il pas du poids à la revendication ?
A cet égard, d’autres questions méritent également d’être soulevées. Si le foyer Namasté pouvait opérer malgré la suspension de son titre de « Place of Safety », pourquoi le centre a-t-il dû fermer ses portes ?
Dans son dernier communiqué en date, vendredi dernier, la ministre de l’Egalité des genres campait toujours sur sa position. Elle ne réitérera pas l’appellation « Place of Safety » octroyée à Namasté en 2008, tout en affirmant : « Je ne suis pas responsable de la fermeture de ces centres. » Pourtant, c’est suite à sa décision de suspendre l’appellation « Place of Safety » des centres pour cause d’allégations d’agressions sexuelles, que ces derniers se sont vus obligés de fermer leurs portes (voir hors texte) … Car ils n’ont pas de permis de Residential Care Homes non plus.
Le permis de Residential Care Homes est délivré par le ministère de la Sécurité sociale. Les centres qui opèrent sans ce permis tombent dans l’illégalité, car c’est un processus qui fait partie des démarches légales à entreprendre avant la mise sur pied d’un tel centre. Lors de la PNQ du 16 avril dernier posée à Mireille Martin, il est ressorti d’après la déclaration de la ministre que « le Foyer Namasté n’avait pas de permis de Residential Care Home et que l’appellation “Place of Safety” lui a tout de même été conférée ». A cela Mireille Martin a rajouté que « sur 19 centres qui détiennent ce titre leur permettant d’accueillir des enfants en difficulté, 12 n’ont pas ce permis ». Elle a aussi précisé qu’ « il n’y a aucune spécification dans les règles en vigueur depuis 1989 ».
Il semblerait donc que si le foyer Namasté restait opérationnel, c’était parce que le ministère plaçait des enfants dans ces centres et que le foyer d’accueil recevait une subvention en contrepartie. Maintenant sans la subvention de l’État et sans enfants ou presque au foyer, à quoi bon ? Depuis le 15 octobre 2012, le Foyer Namasté avait déjà fait part sur sa page Facebook de sa possible fermeture si les subventions de l’État étaient coupées : « Bonjour à tous, les foyers Namasté vont devoir fermer leurs portes s’ils ne reçoivent pas de subvention de l’État. Nous ne pouvons continuer ainsi. »
Inquiets pour les 52 employés du Foyer Namasté au chômage, des syndicats de renom, notamment la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) et la Fédération des syndicats du Service Civil (FSSC) ont décidé dès mardi dernier de prêter main-forte aux grévistes. C’est d’ailleurs en ce sens que la CTSP et la FSSC ont fait parvenir récemment une demande officielle au PMO, qui a accusé réception, pour une rencontre urgente avec le Premier ministre.
Mais avec les entorses commises à l’éthique de la grève de la faim, toutes les précautions ont-elles été prises pour assurer l’efficacité de l’action engagée ?