Charlène Rose-Marotel, mariée à un Niçois : « Nous avons peur de consulter la liste des victimes, où devraient figurer sans doute des noms de nos amis et voisins »
Clément, un Mauricien, membre de l’équipe de secours et de renfort : « Des images de guerre, des poussettes laissées, des jouets d’enfants écrasés, des corps partout »
Gérard Manuel, un père inquiet : « J’étais sous le choc et très inquiet et j’ai essayé d’appeler mon fils qui est pompier à Nice. Mais pas de réponse… »
Le terrorisme a frappé une nouvelle fois en plein coeur de la France, peu après les feux d’artifice sur la Promenade des Anglais à Nice pour marquer les festivités traditionnelles du 14 juillet. Ce matin, les autorités françaises dressaient un premier lourd bilan, soit 84 morts et 18 blessés jugés graves, et également une cinquantaine de blessés légers et 120 autres personnes choquées ou prises en charge par les secours. Il va sans dire que les chiffres évolueront en cours de journée mais la psychose du terrorisme prend le dessus. Dans une première réaction à l’effroi et à l’horreur de cet attentat terroriste, après celui du Bataclan et des environs du Stade de France dans la nuit du vendredi 13 novembre de l’année dernière, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, n’a pu cacher sa stupéfaction devant cet acte condamné dans aucune réserve.
Les premières réactions de Mauriciens installés ou se trouvant dans la région de Nice confirment ce matin l’horreur de ce qu’a laissé le terroriste franco-tunisien au volant d’un poids lourd blanc, semant indistinctement la mort sur son passage alors que des Français et des touristes assistaient aux festivités. Parmi, il y a le témoignage ahurissant de Clément, un Mauricien faisant partie de l’équipe de secours et de renfort en action sur le terrain à Nice depuis très tôt ce matin. D’autre part, à ce stade, les autorités mauriciennes ne sont en présence d’aucune confirmation si des Mauriciens ont été touchés lors de cet attentat. Des Mauriciens ayant des proches dans cette partie de la France ont été aux nouvelles très tôt depuis ce matin pour se rassurer, comme Gérard Manuel, dont le fils est sapeur-pompier à Nice.
Avant de se rendre aux délibérations du conseil des ministres du jour, le Premier ministre a fait transmettre au président François Hollande un message de sympathie devant la douleur subie par la France avec ce nouvel attentat commis huit mois après celui du Bataclan à Paris. Auparavant, dans une première réaction radiodiffusée, le chef du gouvernement avait condamné avec force cet acte.
« C’est avec une profonde émotion et beaucoup de tristesse que j’ai pris connaissance du lourd bilan de l’attentat perpétré à Nice (France) dans la nuit du 14 juillet 2016. À peine quelques mois après les attentats terroristes du 13 novembre 2015 à Paris, la France a été frappée de nouveau, cette fois-ci le jour même de sa fête nationale. Je condamne cet acte le plus sévèrement possible et la République de Maurice réitère son soutien total à la France dans son engagement inlassable en faveur de la paix et de la liberté dans le monde. Nous sommes convaincus que la France se relèvera encore plus forte et déterminée de cette tragédie », déclare sir Anerood dans ce message adressé au président Hollande, en ajoutant que la République de Maurice partage la douleur des proches des victimes de cette nuit d’horreur sur la Promenade des Anglais.
Pour sa part, Clément, un Mauricien installé à Nice et faisant partie de l’équipe de secours et de renfort de cette ville, décrit en quelques mots la scène effroyable qui se dégage des opérations de secours. « Des images de guerre, des poussettes laissées, des jouets d’enfants écrasés, des corps partout », dit-il sans ajouter quoi que ce soit à ce choc.
Gérard Manuel, dont le fils fait partie du corps de sapeurs-pompiers de Nice, a connu une nuit des plus agitées dès qu’il a appris la nouvelle de l’attentat en suivant les informations sur les chaînes satellitaires à Maurice. L’angoisse était encore plus grande car le fils ne répondait ni aux appels téléphoniques ni aux SMS dans un premier temps. Mais subséquemment, il devait être soulagé quand il a eu des nouvelles de son fils par le truchement de sa fille, qui se trouve également en France.
Ne dissimulant pas ses angoisses, Gérard Manuel confie au Mauricien : « J’ai appris la nouvelle alors que je zappais sur les chaînes d’infos. J’étais sous le choc et très inquiet. J’ai essayé d’appeler mon fils qui est pompier à Nice. Mais pas de réponse. C’était terriblement angoissant. » À partir de là, il a multiplié les tentatives pour obtenir des assurances. « Finalement, c’est ma fille, Daphnée, habitant Montpellier, qui m’a envoyé un SMS à 1 h du matin pour me rassurer. Elle avait eu son frère au téléphone et savait qu’il se portait bien », ajoute-t-il.
Vers 3 heures ce matin, Gérard Manuel a finalement pu avoir son fils au bout du fil. « Il m’a appelé vers 3 h du matin. Il était sur le terrain depuis ce drame. Avec ses collègues, il faisait le va-et-vient entre l’hôpital et la Promenade des Anglais. À l’heure où nous nous sommes parlé, il m’a expliqué qu’ils étaient en train de faire le décompte des victimes. J’étais terriblement angoissé mais en entendant la voix de mon fils, j’ai été rassuré de savoir qu’il allait bien. Il avait une petite voix, il était fatigué, mais surtout très affecté. Mon fils fait un métier difficile et dangereux. De son balcon à la caserne des pompiers, je sais qu’il voit la mer, la Promenade des Anglais. J’imagine le choc », fait-il comprendre, avec des sentiments partagés, sachant son fils en sécurité tout en ayant une pensée spéciale pour ces nombreuses victimes innocentes du terrorisme.
De son côté, Charlène Rose-Marotel, Mauricienne mariée à un Niçois, et vivant avec ses deux enfants à Nice, à quinzaine de minutes de la Promenade des Anglais, était encore sous l’effet du choc quand elle a partagé ses sentiments avec Le Mauricien ce matin. Son principal souci : « Nous avons peur de consulter cette liste de victimes, où devraient figurer sans doute des noms de nos amis, nos voisins. »
Pour la soirée du 14 juillet, Charlène Rose-Marotel et sa petite famille avaient préféré rester dans leur appartement alors que d’habitude pour ce genre de manifestations, la sortie en plein air est de mise. « C’est effroyable. Nous sommes sous le choc dehors. Tout le monde reste cloîtré chez soi. Il n’y a pas de mots pour décrire ce que l’on ressent : peur, tristesse, colère… On a failli y être. Contrairement à nos habitudes, cette fois, nous ne sommes pas allés voir les feux d’artifice pour la fête du 14 juillet, mais cette place, on la connaît bien. Pas plus tard que dimanche nous y étions en famille », déclare-t-elle.
« Hier soir, c’était l’horreur. À peine quelques minutes après l’attentat qui s’est déroulé proche de là où on habite, ma belle-soeur a appelé à la maison pour demander si nous allions bien. Et ensuite, j’ai entendu des cris, des pleurs de mes voisins paniqués qui rentraient chez eux, dans la résidence où on habite. Ils y étaient. J’ai vu une petite fille en larmes. Les gens couraient de partout pour rentrer chez eux », décrit-elle alors que la soirée du 14 juillet est synonyme de fête.
« Ce matin, il n’y a pas de mouvement dans les rues. On nous a demandé de rester chez nous et dehors il y a une atmosphère morbide. On ne comprend pas ce qui s’est passé. Nice est connue pour être l’une des villes les plus surveillées, les plus sécurisées. Il y a des caméras partout. Nous n’avions jamais eu ce sentiment de peur. Mais aujourd’hui, la panique est là. L’effroi est palpable de tous les côtés. On se pose des questions. C’est incompréhensible que cette personne qui conduisait le camion ait pu faire une chose pareille, foncer sur les gens et tuer des personnes, dont et surtout des enfants… Ma curiosité m’incite à aller dehors, mais je ne le ferai pas car j’ai deux enfants. On ne sait pas ce qui peut arriver. On ne s’attendait pas à cette horreur. Mais on ne doit pas céder à la peur et à la panique même si aujourd’hui aucun lieu n’est sûr », poursuit Charlène Rose-Marotel.
Depuis la matinée, des Mauriciens dont des proches habitent cette région de France ou qui s’y trouvent en vacances sont engagés dans la quête d’informations sur les réseaux sociaux et les contacts d’Olivier de Rivière-Noire, un Mauricien qui était à Nice, hier, ont de quoi être rassurés en prenant connaissance de ce message posté sut Facebook : « Nous étions bloqués dans un restaurant, nous sommes sains et saufs. »