Johnny Clegg revient à Maurice à l’initiative de l’agence Immedia de Rama Poonoosamy. Une trentaine d’années après son précédent concert chez nous, le Zoulou Blanc se produira au SVICC, le 13 octobre. Une dernière rencontre avec le chanteur militant, présentement engagé dans sa dernière tournée pour dire adieu à ses fans. Touché par un cancer, il sait la fin proche, mais insiste pour se battre et pour présenter son dernier album et ses plus grands succès sur scène.

Cela fait trois ans qu’il se bat contre un cancer du pancréas. Johnny Clegg sait que la fin est proche. Dans une interview accordée à Paris Match, il raconte qu’il y a deux semaines, deux tumeurs ont été détectées dans ses poumons. Le choc a été rude, mais “les Zoulous ne baissent pas les bras”, rappelle-t-il. “My stubborn determination” l’encourage à compléter sa tournée d’adieu, affirme-t-il dans une interview accordée à Scope.
Estimant qu’il aurait dû mourir il y a deux ans, Johnny Clegg ne baisse pas les bras. À Paris Match il avance : “Je veux me produire tant que c’est encore possible, en France, en Nouvelle-Zélande et en Australie. Pour y donner les plus beaux concerts de ma vie, avant de ne plus pouvoir. Pour l’instant, j’ai encore l’énergie. Mais le cancer m’a déjà freiné dans pas mal de mes projets.” Interrogé quant à l’importance de cette tournée pour lui, il répond à Scope : “Il est important pour moi de me reconnecter avec mes fans en ces temps difficiles, de les remercier et de leur partager ma musique et ma danse.”

Attraper le soleil.

Cette tournée qui le conduira à Maurice a été construite autour de son dernier album, King of Time, sorti il y a quelque temps. Malgré les turbulences, le militant veut montrer qu’il reste toujours là et qu’il chante : “Attrape le soleil tant que tu le peux, pour qu’il ne s’enfuie pas.” Le 13 octobre au SVICC à Pailles, Johnny Clegg le confirme : “Je jouerai tous mes tubes ainsi que des morceaux de mon nouvel album.” Le chanteur sera accompagné de son orchestre, qui comprend deux membres de sa formation Savuka, et des danseurs. Le Zoulou promet un concert gonflé d’énergie et de bonnes vibrations. Au fil des années, sa musique n’a jamais cessé d’évoluer. “I’ve pretty much tried to keep up with new rhythms and production techniques and used many frameworks, from hip hop beats to African and Cuban inflections as well as local South African influences and western pop sensibilities.” Pour ceux qui l’avaient vu sur scène à Maurice, il y a une trentaine d’années, l’expérience sera nouvelle puisque le Zoulou blanc compte frapper plus fort encore.

“N’abandonnez pas la lutte ! La plus grande révolution dans laquelle s’engager : l’amour !” Tel est le message que veut désormais faire passer le chanteur d’Asimbonanga. Cette chanson, sortie en 1987 et parue dans son album Third World Child, rend un vibrant hommage à Mandela, qui était alors emprisonné à Robben Island. Engagé dans la lutte contre l’apartheid, Johnny Clegg a porté la voix de son pays à travers le monde, ne baissant jamais les bras à travers une musique métisse. “I realize that a struggle defines and shapes life, it’s the laboratory of a person’s trajectory. How we respond to adversity becomes our recipe for life”, dit-il à Scope pour résumer le sens de son parcours. L’adversité a souvent été présente. “J’ai été arrêté et harcelé. Mais la musique a été plus forte. Cela m’a rendu plus fort. And as our support base grew, I knew that my country was thirsty for new cultural horizons.”

Construire des ponts.

Les relations entre Nelson Mandela et lui sont restées “cordiales et respectueuses”. Johnny Clegg a d’ailleurs eu l’occasion de recevoir Madiba à ses côtés pour reprendre Asimbonanga sur scène. Aujourd’hui, le chanteur estime que pour garder le message et la mémoire de Mandela vivants, les uns et les autres sont appelés à “ignore superficial differences and see the deeper side of any human being”. Il est aussi convaincu que l’apprentissage aux langues d’autrui est primordial : “La langue est un point de rencontre. Apprenez celle de quelqu’un et vous découvrirez son monde et ses points de vue. Engage and build your own bridges !”

Jonathan (Johnny) Clegg, a 15 ans lorsqu’il s’initie à la guitare. Il fait alors la rencontre de Mntonganazo Mzila, un musicien de rue zoulou. Durant deux ans, malgré la barrière des langues, il apprend à mieux comprendre cette culture. Il accompagne Mzila dans tous les centres d’hébergement de travailleurs migrants, enfreignant l’interdiction des Noirs et des Blancs de franchir la limite des secteurs réservés. Ce qui lui permet de se faire une réputation de bon musicien et de s’éveiller à l’absurdité de l’apartheid. S’associant à Sipho Mchunu, qui voulait rencontrer ce garçon blanc de culture zoulou, ils font secrètement la tournée de tous les foyers de travailleurs migrants, enjoignant aux autres musiciens de se mesurer à eux.

“Je suis un Zoulou”.

En plein apartheid, cette association improbable provoque une forte agitation, aussi bien artistique que politique, divisant ceux qui condamnaient cette multi-culturalité et ceux qui l’encourageaient. Le duo sortira cinq disques, dont le premier est censuré en Afrique du Sud. Vient ensuite la période Savuka, où Johnny Clegg rencontre le succès international avec des titres comme Asimbonanga et Scatterlings of Africa. Le quatrième album, Heat, Dust and Dreams est nommé dans la catégorie “Best World Music” et remporte le Billboard Music Award pour le meilleur album du monde en 1993. Jusqu’à ce jour, Johnny Clegg est resté particulièrement actif dans la musique comme dans ses engagements.
Les souvenirs de son précédent concert à Maurice sont flous. Mais il espère que le public mauricien se réjouira de sa musique et qu’il dansera. “After some 30 years, I’m excited and looking forward to come and perform in Mauritius !” dit-il encore à Scope. Dans son interview à Paris Match, qui l’a rencontré à Johannesburg, Johnny Clegg conserve la fureur du guerrier : “Je suis un Zoulou. Donc, je crois à la philosophie des guerriers : je dois endurer pour survivre. Quand vous vous battez, c’est pour vivre. Vous devez être le premier à tuer. La question n’est pas : Est-ce que je vais y arriver ? Mais plutôt : Est-ce que je peux le faire et le refaire ? C’est facile de gagner une bataille, bien plus compliqué d’en gagner plusieurs.”


Le concert

Johnny Clegg et son groupe seront en concert au SVICC de Pailles le 13 octobre à partir de 20h. Cet événement est organisé par l’agence Immedia.
Les billets sont en vente à Rs 700, Rs 900, Rs 1,000, Rs 1,200, Rs 1,500 et Rs 1,800. Disponibles chez Immedia et à travers le Rézo Otayo.