La prorogation de l’Assemblée Nationale pour le 16 avril par le Premier ministre a poussé le député Franco Quirin à sortir de sa torpeur. Dans un exercice de questions-réponses avec Week-End vendredi dernier, le député de la circonscription No 19 et responsable du dossier sport au sein du MMM estime que «comme le Premier ministre, Devanand Ritoo est en train de chercher à gagner du temps avec le mouvement sportif. Il estime qu’il est temps qu’on arrête de tourner en rond, car dit-il «jamais n’a-t-on vu autant de problèmes et de situations conflictuelles au sein du mouvement sportif.»
—  Franco Quirin, vous êtes en train de pester contre la décision du Premier ministre de proroger l’Assemblée Nationale jusqu’au 16 avril. Pourquoi vous dites que le ministre des Sports est en train de chercher à gagner du temps?
—  Non seulement je peste, mais aussi j’affirme que, comme le Premier ministre, Devanand Ritoo est en train de chercher à gagner du temps par rapport aux problèmes existants qui rongent le mouvement sportif. La prorogation de l’Assemblée Nationale et la présentation d’un nouveau discours programme vont permettre au ministre des Sports d’éviter les nombreuses interrogations sur sa gestion du sport à Maurice, donc de gagner du temps. Le gouvernement, lui, viendra à nouveau avec des promesses qui ne seront jamais tenues.
Indéniablement, nous sommes dans une période de crise, car jamais dans l’histoire du sport mauricien n’a-t-on vu autant de problèmes et de situations conflictuelles au sein des fédérations. Depuis le retour des Seychelles après les 8es JIOI, la situation n’a cessé d’être accablante avec très peu de solutions à l’horizon. Sans risque de me tromper, je dirai que 2012 est bien mal partie. Le renvoi de l’Assemblée Nationale arrange, pour un certain moment, les affaires du ministre. Mais il sait que ce ne sera pas pour longtemps.
—  Quelles sont en fait ces «interrogations» qui, selon vous, ont besoin de réponses rapides?
— La première des interrogations est sans aucun doute le cas de la Fédération mauricienne de Natation. Six mois se sont écoulés depuis que cette fédération ne fonctionne pas et elle ne peut organiser de compétition pour ses nageurs, faute d’accès aux piscines du gouvernement. A mon point de vue, c’est anormale que cette situation perdure autant avec les parties concernées campant chacune sur leur position tout en faisant fi aux besoins de ceux qui pratiquent ce sport: les nageurs. Puis il y a cette caricature qui a été faite concernant la fédération d’haltérophilie sans parler de la fédération de football avec deux présidents et deux secrétaires généraux. Le tir à l’arc baigne toujours dans l’illégalité, tandis que depuis 15 jours nous avons assisté à l’éclatement de la fédération de basket-ball.
—   Vous dépeignez une situation plus que noire du sport mauricien?
—  Oui et je pense qu’il y a un problème assez grave au sein, d’une part, des fédérations qui du jour au lendemain changent de direction ou qui s’éclatent en mille morceaux. Et d’autre part un MJS endormi, qui laisse traîner les choses tant au niveau du Sports Act, des infrastructures, que du financement des fédérations et des clubs sportifs. Le Sports Act a besoin d’être revu rapidement. Sur cette question depuis 2005, le Parti Travalliste et Devanand Ritoo sont en train de chercher à gagner du temps puisque personne ne sait quand le ministre viendra avec les amendements.
—  Franco Quirin n’est-ce pas la conjoncture politique, avec en toile de fond le Remake 2000 entre le MMM et le MSM, qui vous fait sortir de votre torpeur?
— (rires) … Pas du tout. La conjoncture politique est ce qu’elle est, mais c’est un fait indéniable que la conjoncture sportive, elle, est révoltante. Où que je passe, les jeunes n’arrêtent pas de m’exprimer leur amertume devant le très peu d’activités sportives qui sont organisées pour ceux tant sur le plan national qu’au niveau régional. Puis, ils me parlent des difficultés de leur club à trouver les moyens financiers pour exister.  Dois-je encore une fois  rappeler que le CSR dans sa forme actuelle a tué le sponsoring sportif.
Cela me pousse à dire que tout comme  le pays a besoin d’un nouveau gouvernement, le mouvement sportif a besoin d’un nouveau ministre des Sports, qui serait capable de redonner confiance à ce mouvement et aussi qui puisse venir avec une politique sportive définie et adaptée aux besoins des sportifs.  Nous sommes arrivés à un moment où il est très important de réinsérer l’élément de confiance chez les sportifs.
—  Vous avez évoqué le cas de la FMN, pensez-vous que le ministre devrait aller contre les lois mauriciennes et reconnaître cette fédération?
— Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Toutefois, je crois que le ministre aurait dû changer son fusil d’épaule pour le bien des nageurs et non pas se cacher derrière nos lois, qui je le précise ne sont pas en harmonie avec les règlements internationaux. Je précise pour le bien des nageurs. L’actuelle présidente est disposée à revoir l’organisation des élections au niveau national comme indiqué dans un communiqué. Pourquoi pas et surtout pourquoi tourner le dos sur cette possibilité? Il faut certainement s’assoir autour d’une table et en discuter. Les nageurs ne peuvent en faire les frais en raison de l’incompétence de certains. Il y a dans cette affaire trop d’égo de part et d’autres, qui agit comme un obstacle à toute solution valable pour redémarrer la machine. Trouvons un médiateur s’il le faut, comme ce fut  le cas pour le tennis en 2009. Je trouve, cependant, inacceptable que durant six mois, les nageurs sont sans compétition. Preuve, si besoin est, que le slogan « Putting People First » était creux depuis le départ.
Il faut dire heureusement que dans le cas de l’haltérophilie, une FMN bis a été évitée et que le MJS a «back pedal» avec son caretaker committee. Mais là encore, j’apprends que le MJS fait toujours de la misère aux haltérophiles en les privant de certaines facilités.
—   Mais monsieur le député, ne pensez-vous pas que l’éclatement de la FMB, ainsi que les autres fédérations, viennent prouver qu’il existe surtout un gros problème de dirigeants capables à Maurice ?
— Sans aucun doute qu’il y a un problème de dirigeants à Maurice et qu’il existe quelque-uns qui se cachent derrières les règlements des fédérations internationales pour masquer leur incompétence ou leur méthode de gestion. Mais l’éclatement de la FMBB vient surtout prouver que le Sports Act n’est plus compatible aux besoins des fédérations. Il n’est plus possible qu’on puisse changer de président au beau milieu d’un mandat. Aujourd’hui le basket-ball, hier c’était le football sans que le ministre estime qu’il est temps d’agir et apporter les rectifications nécessaires.
Comme vous le savez, le Ptr est au pouvoir depuis 2005 et Ritoo est le deuxième — après Sylvio Tang — ministre des Sports de Navin Ramgoolam depuis son retour au pouvoir. Le sport, je crois, n’a jamais été la priorité de ce parti et je tiens pour preuve que le ministre lui-même est venu dire dans un entretien accordé au Défi-Plus en fin d’année 2012 que le Sports Act n’est plus sa priorité. Entre-temps la cacophonie continue au sein du mouvement sportif mauricien au grand dam des sportifs.
Autre preuve encore; l’amateurisme avec lequel a été organisé le National Sports Award. Le fait même que la presse sportive dans son ensemble a boudé le vote veut tout dire. Nous aurons des questions à poser sur cette bourde de l’année. Laissez-moi vous dire également une chose ; saviez-vous que 7 mois après les 8es JIOI des Seychelles le ministre n’a toujours pas encore fait le bilan avec les fédérations. Est-ce que Devanand Ritoo a peur de faire face aux fédérations ou a-t-il peur de faire face à certaines vérités?
—  Mais Franco Quirin vous parlez, comme il fallait s’y attendre, des choses négatives. L’allocation d’une bourse de perfectionnement à 10 athlètes par le ministère n’est pas une bonne chose selon vous?
— Certainement que c’est une bonne chose et vous savez qu’à mon premier discours à l’Assemblée Nationale après les élections de 2010 j’avais formulé ce voeu. Mais je vous avoue que je pensais plus à des bourses sports-études et non à des bourses de perfectionnement. Il y a un pas qui a été fait et je dois le saluer. Reste que la polémique est déjà là. Des fédérations ont tiré la sonnette d’alarme sur l’absence de la transparence dans l’allocation de ces bourses et dans le choix des bénéficiaires. Quels sont les critères et comment ces 10 athlètes ont été sélectionnés? Personne ne sait pour l’heure.
—   Vous avez à n’en point douter une démarche très critique vis-à-vis  du ministre des Sports. Pourquoi ?
— Il grand temps qu’on arrête de tourner en rond. Le sport et la jeunesse sont deux secteurs très importants, car ce sont les jeunes de ce pays qui sont concernés. On ne peut plus se contenter des promesses jamais tenues, comme cela a été le cas avec le CSR. Il faut qu’une partie de cette somme aille au sport, sinon c’est la mort assuré. Un club de ma circonscription, AJS Chebel, qui évolue en 1ère division de volley-ball a besoin de Rs 500, 000 pour assurer sa survie pour la saison. Savez vous combien la municipalité de BBRH lui a accordé ? Que Rs 15 000 prétextant un manque de fonds alors que le Maire actuel passe son temps  à voyager aux frais des contribuables. Mais où va-t-on ?
D’un autre côté, on constate que le nouveau rôle du Club Maurice Company reste sur des effets d’annonce alors que tout s’écroule autour de nous. Je me pose ici la question comment la fédération de cyclisme va pouvoir construire seule son vélodrome, le ministre des Sports ayant déjà affirmé que son ministère ne financera pas ce projet, ni meme partiellement. Le sport mauricien ne peut plus continuer dans cette direction. Je dis sans détour que le sport mauricien a beaucoup souffert ces 7 dernières années il est temps que cela cesse. Vivement un nouveau gouvernement ou le MMM pourra appliquer sa politique sportive pour le bien de la communauté sportive