Alors que les travaux parlementaires reprennent ses droits ce mardi, le responsable du dossier sport au sein du MMM s’est confié à Week-End à la fin de la semaine écoulée. Pour la reprise, Franco Quirin, qui est aussi député de la circonscription No 20, s’attaque à une question d’actualité. la feuille de route du Comité International Olympique (CIO) pour les amendements du Sports Act. Un dossier qui risque fort bien de provoquer quelques étincelles dans l’hémicycle du fait que le député, en des termes à peine voilés, «accuse» le ministre Devanand Ritoo d’avoir perdu du temps depuis le 10 avril dernier. Et qu’au sein de son groupe de réflexion au sein du MMM, des surprises sont attendues sur ce texte de loi. Le député mauve pousse le bouchon encore plus loin en affirmant qu’il est primordial qu’une instance sportive soit libre dans ses décisions. Mais il dénonce au passage les pseudo- dirigeants sportifs et ceux qui pensent plus aux voyages qu’au développement de leur sport.
—Franco Quirin, c’est la grande reprise des travaux parlementaires ce mardi. Vous venez avec une question sur la menace de suspension du CIO sur le sport mauricien. Peut-on savoir pourquoi, même si l’instance olympique a officiellement repoussé son ultimatum au 31 décembre ?
— A notre point de vue, ce dossier a une importance capitale dans la mesure où en dépit du fait que l’ultimatum du Comité International Olympique (CIO) a été repoussé au 31 décembre, une menace de suspension pèse, comme une épée de Damoclès, sur le sport mauricien. Cette menace, elle est bien réelle et personne ne peut l’ignorer. C’est un secret pour personne que le CIO avait donné un délai, à travers sa feuille de route, au ministre des Sports pour amender ou de venir avec une nouvelle loi cadre pour le sport mauricien. Le délai du 10 octobre étant expiré, le monde sportif mauricien a le droit de savoir comment évolue ce dossier et surtout dans quelle direction le ministre Ritoo nous emmène. D’où la raison de ma question de ce mardi et j’aborde aussi dans une seconde question l’allocation des bourses de haut niveau aux sportifs.
—Est-ce le fait que le délai a été repoussé au 31 décembre a changé les données selon vous ?
— Absolument pas. Comme vous avez mentionné dans votre journal la semaine dernière, c’est juste un répit que le ministre des Sports a obtenu du CIO. Il ne faut surtout pas oublier que l’instance suprême du mouvement olympique continue à maintenir la pression pour que le Sports Act soit amendé avant 2014. Au sein du MMM, nous pensons qu’effectivement, il est plus que jamais urgent de venir avec une nouvelle loi sur le sport. Du reste, nous l’avons réclamé à maintes reprises au parlement. Cependant, le parlement reprend ses droits ce mardi et vu que le budget sera présenté le 8 novembre, il va sans dire que la marge de manoeuvre du ministre Ritoo est très limitée. Il y a de forts risques que les deux mois supplémentaires que le CIO a accordés ne changnt rien à la présente situation.
Je voudrais préciser que ce n’est que trois mois après la réception de la feuille de route du CIO que le MJS a commencé ses consultations avec le mouvement sportif sur ce dossier. Et c’est à la fin de juillet dernier que le ministre est venu avec des propositions, mais quid du nouveau texte de loi? Cette situation me pousse à poser la question suivante : est-ce que le ministre pourra présenter la nouvelle loi avant le 31 décembre 2013 ?
— Que pense le MMM sur la liste d’une quarantaine de propositions qu’a faite le ministre des Sports dans le cadre de la présentation d’un nouveau Sports Act?
— Au MMM, nous avons toujours dit que nous ne faisons pas de la politique avec le sport. Donc, je vous répondrai honnêtement que certaines propositions paraissent tout a fait logiques et qui vont dans la bonne voie.
Comme celle demandant aux fédérations de soumettre leur bilan financier chaque année ou celle qui consiste à se mettre en conformité avec la Charte Olympique et les règlements des fédérations internationales. Ce sont deux points qui auraient dû être pris en considération depuis belle lurette.
Cependant, nous avons aussi constaté que certaines propositions telles qu’elles sont formulées sont en contradiction avec le point fort de ces amendements qui est l’autonomie des fédérations.
— C’est-à-dire Franco Quirin?
— Ce n’est un secret pour personne qu’au MMM nous avons toujours prôné l’autonomie du mouvement sportif dans son ensemble. Les propositions du ministre Ritoo faites au mouvement sportif et au Comité National Olympique semblent ne pas aller dans cette direction. Je cite primo les conditions attachées pour la reconnaissance des clubs et des nouvelles fédérations. La proposition pour que le texte de loi donne la possibilité de faire un appel au ministre dans le cas de litige ne va pas non plus dans cette direction, qu’est l’autonomie des fédérations. C’est à notre avis une proposition qui est en contradiction avec celle pour la mise en place d’un tribunal d’arbitrage entre autres. Week-End l’avait du reste souligné, avec raison, que ce cette proposition ne cadre nullement avec les règles des fédérations internationales. Pourquoi faire appel au ministre, si on peut faire appel à un tribunal ou aller en appel au sein même de la fédération?
Sinon, les autres propositions sont-elles au diapason avec la philosophie du MMM?
— (sourire) Pas du tout. Précisons d’abord que personne n’a pris connaissance du nouveau Sports Act. De ce fait, nous avons beaucoup de réserves et craignons même des surprises. Notamment sur la proposition qui vise à rendre la régionalisation plus flexible dans son application. Cependant, en même temps, nous constatons que le ministre veut laisser une porte ouverte pour que les équipes communales puissent faire un retour, en particulier dans le football, en proposant que les clubs ne soient plus obligés de porter le nom de leur région ou localité. N’est-ce pas là une façon déguisée de vouloir mettre fin à la régionalisation ? Nous nous posons la question. Si tel est vraiment le cas, le MMM restera fidèle à ses principes, car le sport est avant tout un élément rassembleur et non un élément qui divise la population.
La proposition du ministre de venir avec des protocoles d’accords au niveau des collectivités locales n’est pas une démarche nouvelle, puisque beaucoup de collectivités ont déjà des accords avec leurs clubs phares de leur région et des comités régionaux. Cependant, nous au MMM nous aurions souhaité que la nouvelle loi fasse provision sur le rôle des collectivités locales dans le développement du sport dans leurs régions respectives tant au niveau de la masse et que de l’élite. Il est clair que la contribution des collectivités locales est plus que nécessaire pour le progrès du sport.
Vous avez évoqué plus haut la garantie que le MMM s’engagera en faveur de l’autonomie des fédérations. Peut-on savoir dans le concret c’est quoi la conception du MMM sur cette question?
— Avant toute chose, je redis que le MMM a toujours préconisé l’autonomie des associations sportives et nous l’avons démontré en maintes occasions que ce soit au gouvernement ou dans les collectivités locales. Notre conception de l’autonomie c’est de permettre à ces associations de fonctionner librement dans leur gestion au quotidien aussi bien que dans leur choix technique. Il est primordial pour la réussite d’une instance sportive que cette dernière soit libre de décider sur ces deux points, qui sont en fait les colonnes vertébrales d’une fédération.
Donc, le respect de l’autonomie sur ces deux points est pour nous essentiel. Qui dit autonomie veut aussi dire bonne gouvernance, car il s’agit généralement de l’argent des contribuables qui est alloué aux associations sportives. Il y a donc sur ce point la nécessité d’assurer un contrôle pour éviter les abus, tout en assurant justement la pérennité d’une association sportive qu’elle soit au niveau national ou régional.
Le MMM a relancé sa commission sportive, dont vous êtes  le président, peut-on savoir pourquoi cette relance et les fruits de vos réflexions?
— Nous avons principalement relancé notre commission de sport à un moment où le sport mauricien passe par des moments difficiles. A un moment où les conflits n’en finissent pas entre le mouvement sportif et le ministère des Sports. Dans la foulée, il y a l’arrivée d’une loi cadre qui est annoncée par le gouvernement, et en tant qu’opposition responsable, il est de notre devoir de mener une réflexion au sein de notre groupe sur ce dossier. Depuis le mois d’août, nous avons eu plusieurs réunions de travail en nous basant essentiellement sur les propositions du ministère des Sports faites aux fédérations et au COM aussi bien que sur les recommandations du CIO pour une autonomie plus complète des fédérations.
Quel est le constat à valeur du jour?
— Nos discussions sont venues, hélas, confirmer le mauvais état dans lequel évolue le sport mauricien depuis ces dernières années. Le dernier exemple en date demeure tout le mal que la fédération de kick-boxing a eu pour pouvoir participer aux Championnats du Monde au Brésil. Pourtant, ce n’est un secret pour personne que c’est un sport qui fait honneur à la République de Maurice, du reste malgré les problèmes financiers, nos tireurs nous ont ramené deux titres mondiaux et deux autres places de finaliste.
Le mauvais état du sport mauricien se résume en des sempiternels conflits entre le MJS et le COM d’une part et d’autre part entre le MJS et des fédérations, tout aussi bien qu’à l’intérieur même des fédérations. Une gestion approximative à différents niveaux où des dossiers importants sont approuvés à la dernière minute ou sont oubliés dans un tiroir. Une absence de structures pour la formation des jeunes tant au niveau des clubs qu’au sein des fédérations.
La création des clubs fictifs qui a emmené dans son sillage des fédérations fictives avec pour résultat un blocus inacceptable au niveau du Comité Olympique Mauricien. Une absence de moyens financiers pour soutenir le sport, alors que les fonds du CSR vers le sport se font toujours attendre. Certaines fédérations sont accaparées de plus en plus par des dirigeants qui s’intéressent plus aux voyages qu’au développement de leur sport, alors que d’autres confondent volontairement, fédération et entreprise familiale. Quant au ministère des Sports, au lieu d’être un facilitateur , il se transforme souvent en décideur et en est dans bien des cas à la base de conflits avec les fédérations, sans oublier sa politique de deux poids, deux mesures.
Le tableau que vous dépeignez Franco Quirin est très noir?
— Oui effectivement et notre appréhension au sein de la commission c’est que le nouveau Sports Act ne puisse résoudre tous ces problèmes s’il n’y a pas une prise de conscience et que les mentalités ne changent pas.
Ne croyez vous pas qu’il est difficile aujourd’hui d’avoir une prise de conscience et que la descente vers les abîmes du sport mauricien est irréversible?
— Non, je crois dans le potentiel mauricien et aussi dans la capacité de certaines personnes de voir la réalité en face. Cette prise de conscience est possible, si les vrais dirigeants du mouvement sportif ne perdent leurs places au profit des pseudos-dirigeants.
Le Conseil International des Jeux (CIJ) vient de choisir les disciplines qui seront au programme des Jeux de 2015. Selon vous, ces choix sont-ils favorables à Maurice?
— C’est un fait que La Réunion a choisi les disciplines où elle pense pouvoir remporter un maximum de médailles d’or notamment. Je crois que la question qui mérite maintenant d’être posée est la suivante:  Maurice aura-t-elle les moyens nécessaires  pour réussir en 2015 ? Déjà je tiens à vous rappeler que nous avons perdu plus de deux ans dans les conflits qui d’ailleurs ne sont pas encore terminés. Maintenant, il faut aussi savoir si des leçons en ont été tirées?. Autant que nous sachions, le bilan des Jeux des Seychelles n’a pas encore été fait avec les cadres techniques des fédérations.  Il faut aussi se demander quels seront les moyens financiers qui seront mis à la disposition de ces fédérations pour réussir dans cette tâche?
Dans cette optique, je souhaite que le Club Maurice Company soit beaucoup plus percutant de ce qu’elle a été en 2011. Constat essentiel sur ce dossier des jeux de 2015 : les sélections nationales auront-elles le soutien de techniciens étrangers dans leur préparation?  Il est un fait  que nous ne sommes pas encore sur la ligne de départ, mais gageons que tout un chacun arrivera à consolider ses positions afin de présenter le meilleur Club Maurice possible en 2015 ?
Comment le politicien que vous êtes analysez les événements autour de l’organisation de l’assemblée générale de la MFA la semaine dernière ? Cela vous inspire quoi?
—La grande lessive que tout le monde attendait ne s’est pas produite.On reprend presque les mêmes, on recommence, après plusieurs années d’amateurisme et de scandales. Tout simplement aberrant, ce qui s’est passé autour de l’assemblée générale de cette fédération. Les faits parlent d’eux-mêmes, confirmant ce que j’ai dit plus haut, que certaines fédérations sont gérées de façon approximative. Comment voulez vous que le football progresse dans une cacophonie pareille? Il ne fait pas l’ombre d’un doute que la priorité de ces pseudos-dirigeants n’est définitivement pas la relance du football. A eux de nous prouver le contraire…!