« Aussi longtemps que le potentiel humain n’est pas entièrement développé, il n’y aura pas de développement économique. » Tel est le message du professeur François Odendaal pour ce site. Consultant de l’UNESCO et conseiller du gouvernement mauricien pour l’élaboration du Lagoon Management Plan (LMP) et du deuxième plan de gestion du paysage culturel du Morne, deuxième site classé patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008, il intervenait, hier soir, à une conférence organisée à l’Institut Cardinal Jean-Margéot, Rose-Hill, en présence, entre autres, du président du Morne Heritage Trust (MHT), Edley Chimon.
« Inscription of Le Morne as World Heritage Site : present situation and what lies ahead ? » est le thème principal de cette deuxième conférence à laquelle participait François Odendaal. Le matin, il intervenait devant un parterre d’invités constitué de collégiens au Mahatma Gandhi Institute (MGI).
C’est là, dit-il, qu’il s’est rendu compte que la richesse de Maurice réside dans son potentiel humain. Alors qu’il avait prévu de présenter une communication sur les statistiques et le tourisme pour exposer « what money le Morne can bring », hier soir, document qu’il a perdu dit-il, « I realise that the richness of Mauritius is not fisheries, tourisme but the human potential that sat right in front of me ».
Le Morne, poursuit François Odendaal, est non seulement un symbole de résistance contre l’esclavage, « but a reminder to us all that as long as this country’s human potential is not fully developped, it can never reach its full economic potential ».
« Ne me parlez pas des petites choses comme ce que le kite surfing peut apporter en termes de développement économique à la péninsule du Morne ou ce genre de chose. Parlez-moi plutôt des jeunes du Morne, des jeunes et des vieux, des gens qui ne savent ni lire ni écrire. Parlez-moi de ce potentiel humain qui marche dans la rue, qui s’assied au bord des drains puants du Morne, qui n’a pas accès à l’informatique et ensuite, nous calculerons le manque à gagner du potentiel économique », a soutenu François Odendaal.
Il interpelle le MHF en lui disant que son défi est non seulement de gérer le site mais d’être un agent de développement du village du Morne. Il lui rappelle qu’il n’est pas seul mais a de nombreux partenaires dans le pays dont le MGI. Selon lui, le rôle du MHF est aussi « de s’assurer que l’inégalité d’accès aux ressources pour le développement humain du village soit éradiquée ». « Nous n’avons pas besoin que ce genre d’inégalité persiste », a-t-il poursuivi, avant de parler de ce que ce genre d’inégalité a apporté à l’Afrique du Sud, son pays natal. Selon lui, « son pays a beaucoup perdu avec l’oppression de la majorité de la population qui n’avait pas accès à l’éducation et à d’autres ressources ». Il rappelle que c’est seulement en 1994 que les Sud-Africains ont eu le droit de vote. « Le prix qu’on paie aujourd’hui pèse lourd », dit-il en mettant en garde Maurice. « Si ces pratiques persistent, le prix à payer sera élevé pour Maurice », soutient-il.
Le professeur Odendaal est toutefois confiant et optimiste pour le devenir de la région du Morne. Il estime que « l’éradication des inégalités est à votre portée. Il suffit de la bonne volonté du gouvernement et du secteur privé qui pourront travailler concert pour le faire ».
« Good luck to you. Use Le Morne. It is there for you, it will bring economic development but you have to unlock the humain potential », a-t-il conclu son message.
Ont également pris la parole à cette conférence, le président du MHF, Edley Chimon, qui s’est longuement appesanti sur les projets du Morne et de tout ce que fait le gouvernement pour faire avancer le dossier de l’historienne Vijaya Teeluck, qui a fait beaucoup de recherches sur l’esclavage et le maronnage, la directrice p.i des Archives nationales, Diana Bablee, ancienne président du National Heritage Fund (NHF), impliquée dans la préparation du dossier du Morne en marge de son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, et le professeur Karel Bakker, architecte et consultant en patrimoine qui travaille aussi sur le dossier du Morne.
La conférence était suivie d’une séance de questions-réponses très animée et émouvante. Un cri de coeur de l’audience pour l’accès physique à la montagne du Morne.