En l’absence du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui n’a pu faire le déplacement à Malabo, en Guinée équatoriale, pour le 23e sommet de l’Union africaine, il revient au ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, de défendre le candidat de Maurice, Jean Claude de l’Estrac, aux fonctions de secrétaire général de l’Organisation Internationale de la francophonie.
Les pays d’Afrique francophone au nombre de vingt-sept sont majoritaires au sein de l’Union africaine. Comme indiqué par le Premier ministre mardi dernier, il était question qu’une réunion des chefs d’Etat de ces pays soit convoquée afin de discuter de la candidature africaine pour ce poste. Le Premier ministre mauricien devait profiter de l’occasion pour présenter le candidat mauricien. Or, selon lui, seulement une douzaine de chefs d’Etat des pays francophones font le déplacement à Malabo et il est peu probable que la réunion prévue initialement ait lieu. Quoiqu’il en soit, dans les coulisses et lors des réunions, il incombe à Arvin Boolell de présenter Jean Claude de l’Estrac dans le cadre de ce 23e sommet qui s’ouvre aujourd’hui. Le chef de la diplomatie mauricienne a participé hier au Conseil des ministres de l’UA et dirige la délégation mauricienne. Dans une déclaration au Mauricien ce matin, il affirme avoir déjà présenté le candidat mauricien à plusieurs ministres et chefs d’Etat africains. « Tout laisse croire que le choix final du candidat sera fait à la veille du sommet de la francophonie au Sénégal en novembre », poursuit Arvin Boolell.
Alors que la communauté internationale francophone s’impatiente de connaître le nom de celui qui sera choisi pour succéder à Abdou Diouf en novembre prochain, Jean Claude de l’Estrac connaît déjà le nom de ses principaux concurrents à savoir Michaelle Jean, ancien gouverneur du Canada, qui bénéficie du soutien du Canada et du Quebec, le Congolais Henri Lopes, ancien ministre des Affaires étrangères du Congo. L’ancien chef d’Etat burundais, Pierre Buyoya, l’ancien président de la République du Liban, Michel Sleiman ainsi que l’ancien ministre sénégalais, Jean Ping seraient également en lice.
Lors de son passage à Maurice, la secrétaire d’Etat française au Développement et à la francophonie, Annick Girardin, avait pris la précaution de ne pas se prononcer au sujet des candidats en lice. Tenant compte du poids de la France au sein de la Francophonie, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a pris rendez-vous avec le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius. Une rencontre devrait avoir lieu durant la deuxième semaine de juillet dans une quinzaine de jours.
La candidature de Jean Claude de l’Estrac a fait l’objet d’un article intitulé “Dans la cour des grands” dans le dernier numéro du magazine Jeune Afrique. L’hebdomadaire africain souligne que « Le Mauricien Jean Claude de l’Estrac sait qu’il lui sera difficile de succéder au Sénégalais Abdou Diouf à la tête de l’OIF en novembre, mais il veut malgré tout croire à sa bonne étoile ».
« Ce Mauricien de 66 ans est un homme de convictions. Cela ne l’empêche pas d’être lucide. Il a beau avoir été le premier à se porter candidat, pouvoir compter sur le soutien indéfectible de son pays et de nombre d’Etats d’Afrique de l’Est et d’Afrique Australe, et être bien vu à Paris, où il a été promu officier de la Légion d’honneur, il sait que ses chances de succéder à Abdou Diouf à la tête de l’OIF en novembre prochain sont minces ». Jeune Afrique, qui cite une source diplomatique française, observe que « l’homme est sérieux et apprécié, mais il reste un outsider parce qu’il vient de Maurice. Et que Maurice, c’est un minuscule rocher dans l’océan de la Francophonie ».
Jeune Afrique rappelle que Jean Claude de l’Estrac a été tour à tour journaliste, diplomate, politicien et historien. Il a été maire et député et a occupé les fonctions du ministre des Affaires étrangères. Il est actuellement secrétaire général de la Commission de l’océan Indien dont il est un des pères fondateurs.
Créée en 1970, l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT), devenue l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a célébré les 44 ans d’existence le 20 mars. À l’origine, l’OIF regroupait les ex-colonies françaises qui avaient conservé les liens privilégiés avec leur ancienne métropole dans le but de promouvoir la langue française et la diffusion de la culture francophone.
Avec la désignation comme secrétaire général de l’ancien SG des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, en 1997, suivi par celle de l’ancien président du Sénégal, Abdou Diouf, en 2002, la Francophonie a pris son envol international et a commencé à participer à de grandes rencontres du système multilatéral où se discutent des questions importantes pour la bonne marche du monde, notamment aux Nations unies, à l’Union européenne, à l’Union africaine, au G8, G20, etc.
Le virage politique et diplomatique pris par l’OIF continue de créer un engouement auprès de nombreux États qui n’ont rien en commun avec la langue et la culture francophones. Aujourd’hui, l’OIF regroupe 77 États et gouvernements membres et observateurs avec une population de plus de 800 millions d’habitants répartis sur les cinq continents, soit plus d’un tiers des États membres de l’Organisation des Nations unies.