Il paraît que personne n’a été vraiment étonné que le directeur de la Beach Authority ait une nouvelle fois défrayé la chronique. Estimant que Subash Seeruttun est un « serial déconneur » connu pour ses frasques, l’étonnement vient du fait qu’il soit toujours en poste et qu’il y ait été, malgré un dossier extrêmement chargé, maintenu à la tête de certains organismes publics et défendu par son ministre de tutelle Hervé Aimée même après la toute dernière saga du Jardin de la Compagnie.
Subash Seeruttun est un activiste travailliste très connu de la circonscription de Pamplemousses/Triolet. Il est membre de l’exécutif rouge depuis 1991. C’est dire qu’il eut l’occasion de côtoyer son député Navin Ramgoolam depuis que, dès l’arrivée de ce dernier au pouvoir en 1995, il a tout naturellement obtenu son « boutte » en devenant le directeur des casinos de Maurice au début de 1997. Il se fait très vite remarquer en se rendant à Londres pour examiner les… machines à sous avec un passeport ordinaire, le petit document rouge diplomatique lui ayant été refusé.
Mais il n’y a pas que ça. Dans la nuit du 22 au 23 février 1997, il avait brandi son revolver après un incident au bar du casino de Trou-aux-Biches. Il y avait eu, dans un premier temps, des dénégations quant à l’authenticité de cet incident de la part du Premier ministre lui-même, bien qu’il eût, à une rencontre de l’exécutif du 24 février, réprimandé Subash Seeruttun. Toujours est-il qu’après des démentis qui ont été littéralement démolis par des témoignages répercutés dans la presse, le « service gun » du directeur des casinos sera repris.
L’affaire du revolver et d’autres dénonciations comme l’accusation d’agression alléguée proférée par un habitant de Triolet soulevant une véritable réprobation syndicale et populaire, le gouvernement, ou, plus particulièrement, le président Gabriel Ho Chan Fong, désigné par le MMM, du temps de l’alliance gouvernementale avec le PTr qui fut de courte durée, de décembre 1995 à juin 1997, à la présidence du SIC Management Services Ltd qui supervise la gestion des casinos finit par instituer une commission d’enquête sur les nombreuses allégations formulées sur la drôle de gestion du sieur Seeruttun.
L’enquête est confiée à l’ex-Chef Juge Sir Cassam Moollan, tandis que Me Iqbal Rajbalee est chargé de réunir les « évidences ». Et c’est sur l’insistance des employés que Subash Seeruttun sera mis en congé le temps de l’enquête. Si le rapport n’est pas rendu public, ses auditions s’était d’ailleurs déroulées à huis clos, des fuites laissent entendre qu’il est assez « damning » à l’égard du directeur des casinos pour que des sanctions soient initiées contre lui et qu’il est surtout très critique de l’étendu des ingérences politiques qui ont cours dans ce secteur.
Subash Seeruttun, lui, fait comme si de rien n’était et il oppose une farouche résistance aux velléités de sa hiérarchie de le limoger. La pression pour une sanction se fit de plus en plus forte et, en dépit des soutiens politiques importants dont il se réclame, le conseil d’administration de la SICMS le met devant un ultimatum, la démission de son plein gré ou le limogeage pur et simple.
Démis mais en campagne au No 9 dans la BMW 525 des casinos
S’il n’a finalement d’autre choix que de se démettre le 20 décembre 1997, il conserve sa BMW 525 qu’il était supposé restituer en février 1998. Ceux qui sillonnent Flacq/Bon Accueil lors de la partielle d’avril de la même année le voient souvent au volant de la berline allemande de fonction faisant campagne pour le candidat du PTr Satish Faugoo. Comme il ne voulait absolument pas retourner le véhicule, la direction prit la décision de bloquer ses indemnités de départ.
Après s’être fait oublier pendant un petit moment, l’agent terrible du No 5 refait surface à un poste nouvellement créé, directeur adjoint des Éditions de l’Océan Indien, apparemment créé exprès pour le caser. Poste qu’il ne juge pas suffisamment correspondant à ses talents d’activiste émérite rouge, puisqu’on le voit aux trousses de Navin Ramgoolam à toutes les sorties publiques de celui-ci essayant de l’approcher pour obtenir une sinécure un peu plus « glamour ».
Deux mois après son atterrissage à la tête de l’édition de service public, il trouve néanmoins le moyen de se faire une nouvelle fois remarquer au casino de Trou-aux-Biches. Selon une notice affichée à partir du 18 novembre 1999, assortie d’une photo, il est écrit que Subash Seeruttun est « persona non grata » dans l’établissement pour cause de « drunken disruptive behaviour », après un incident survenu la veille soit le 17 novembre.
Les élections arrivent en 2000 et, à cause des frasques des Seeruttun et autres agents du même calibre installés dans des organismes publics, Navin Ramgoolam et son PTr sont battus à plate couture, 54/6, par l’alliance MSM/MMM.
La traversée du désert de l’agent rouge prend fin avec le retour aux affaires de ses amis de l’alliance sociale en 2005. Il est assez vite nommé directeur de la Beach Authority (BA), mais il est aussi très rapidement critiqué pour ses méthodes et ses décisions.
Tant et si bien que le ministre d’alors, James Burty David, fait diligenter une enquête sur la gestion de la BA. Si le rapport, là aussi, n’est pas rendu public, des fuites indiquent que le document est « damning » pour Subash Seeruttun. Mais rien ne se passe, les élections de 2010 emportées par ses amis, il reste tranquillement à son poste. Ses frasques ne sont pas moins nombreuses puisqu’il s’arrange pour faire régulièrement les gros titres de la presse indépendante.
En septembre 2013, exaspéré par les libertés que le directeur de la BA prend avec les Pas Géométriques, le ministre des Terres et du Logement, Abu Kasenally, sort de sa réserve pour recadrer publiquement l’agent politique et lui rappeler que son rôle se limite à l’entretien des plages et non à en disposer comme bon lui semble. Et au ministre de rappeler qu’il a dû plus d’une fois intervenir pour que les toilettes publiques ne soient pas systématiquement converties en restaurants de plage ou en espaces commerciaux.
Comme il n’a toujours pas dit son dernier mot, il se fait cette fois remarquer sur d’autres affaires comme l’autorisation accordée à un ressortissant étranger de combler une partie de la plage publique devant le Casuarina, à l’Hôtel Bleu Lagoon d’empiéter sur une partie de la plage de Blue Bay, ou encore pour son rôle allégué en vue d’influencer le choix du plan d’assurance médicale des employés de la BA, des écarts jugés suffisamment graves pour que l’ICAC soit saisie.
Toujours rien du côté de l’ICAC
De l’enquête de l’ICAC qui vient de reconnaître qu’elle est un organisme « étatique », point de nouvelle jusqu’ici, tandis que celle menée par le ministère de tutelle établissant que le directeur de la BA avait outrepassé ses prérogatives dans l’affaire du plan d’assurance médicale ne connaît pas de véritable aboutissement puisque l’annonce de l’administration d’un sévère avertissement à Subash Seeruttun se transforme apparemment en simple rappel à l’ordre verbal.
Toutefois, lorsque son contrat est arrivé à expiration le 10 mars 2014, c’est sur une base mensuelle qu’il a été renouvelé depuis. Il ne faut pas croire que tout cela ait amené l’activiste rouge à faire amende honorable. Loin s’en faut. Il se fait une nouvelle fois remarquer dans les parages des casinos. Il est en effet impliqué dans un incident le 2 mai 2014 au casino du Domaine Les Pailles et, trois jours plus tard, le 5 mai, des instructions formelles sont données par la direction des casinos pour que l’accès à tous les établissements du groupe de la SIC lui soit refusé.
Pour couronner le tout, le fameux incident du Jardin de la Compagnie survenu dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 juillet lorsque Subash Seeruttun a été interpellé par la police aux alentours de minuit en état d’ivresse et qu’il s’est refusé, un peu à la manière de Richard Duval et son overdose de Benilyn, à tout alcootest.
La police l’a quand même amené au poste de Pope Hennessy où son fils est venu le récupérer. On attend de connaître la suite et le dénouement de cette affaire d’autant que son ministre de tutelle Hervé Aimée est venu à sa rescousse pour dire dans les colonnes de l’Express qu’il est « satisfait de son travail ».
Pour résumer toute la mentalité travailliste qui a marqué ces dernières années comment ne pas revenir sur la formule magique que sortent les protégés du gouvernement lorsqu’ils sont confrontés au même traitement que les citoyens lambda. Alors que, vu son état d’ébriété évidente, la police insistait pour qu’il se soumette à un alcootest, Subash Seeruttun a sorti: « Zot koné ki senla mo été. »
La dernière fois que cette arme apparemment fatale a été utilisée, c’était dans la cour du Collège Maurice Curé le 10 décembre 2012, jour du dépouillement des bulletins des municipales. Une certaine Nandanee Soornack avait proféré la même remarque menaçante à l’encontre de Yogida Sawmynaden qui l’avait prise en photo. Cela résume tout un système…