Pour marquer ses 14 années d’existence, la Fraternité Nord Sud, à Sainte-Croix, a organisé une journée portes ouvertes. Cette organisation oeuvrant pour l’accompagnement des adolescents et des adultes a vu le jour peu après les émeutes de 1999. Pour Julien Lourdes, le coordonnateur, la fraternité « vient répondre à un grand besoin » dans cette région « marquée par la précarité et les fléaux ». Ce dernier est d’avis que la présence de l’organisation a permis à de nombreux jeunes de « s’installer dans la vie ».
Encadrer les jeunes qui se retrouvent hors du système scolaire. C’est avec cet objectif que le Centre d’accompagnement pour adolescents et adultes (CAPAA) a été mis en place par la Fraternité Nord Sud. Mais pour arriver à la structure qu’on connaît aujourd’hui, il aura fallu beaucoup de persévérance. Pour le démontrer, la Fraternité Nord Sud a réalisé un petit photomontage du début à ce jour. « Cet endroit abritait auparavant un garage du ministère de l’Éducation. Après les émeutes, le bâtiment était à l’abandon, devenant le repaire de drogués et de prostituées. Avec l’aide de nombreux volontaires et de plusieurs sponsors, nous avons transformé ce lieu. Nous avons fait enlever sept camions d’ordures pour rendre cet espace opérationnel », se souvient Julien Lourdes.
Le déclic du centre est venu d’une série de photos prises par Candice Bonnefin sur l’aménagement des lieux. Cela a permis au centre de bénéficier du soutien de l’Union européenne, et ce à travers le Decentralised Cooperation Programme (DCP). « Cette rencontre avec l’UE a permis à beaucoup de Mauriciens de se retrouver et de s’installer dans la vie. »
Le CAPAA, qui fait aujourd’hui partie du réseau Adolescent Non-Formal Education Network (ANFEN), représente un espace où les jeunes, qui n’ont pu s’adapter au système formel, peuvent acquérir les bases de l’apprentissage scolaire. « ANFEN a une pédagogie adaptée aux jeunes se retrouvant dans cette situation. Par ailleurs, ils ont aussi droit à un encadrement pour faire face aux difficultés de la vie. Nous recevons la visite régulière de psychologues et avons des accompagnateurs et des volontaires qui aident les jeunes dans différentes activités. »
Les jeunes de l’organisation se sont déjà illustrés dans le passé dans plusieurs activités artistiques, comme le slam et le théâtre, entre autres, qui permettent aux jeunes de s’exprimer autrement. « Nous avons deux groupes de jeunes qui viennent ici. Le premier, constitué d’environ 25 jeunes, fait l’apprentissage à l’écriture et à la lecture en kreol. Ils bénéficient également de tout l’encadrement que j’ai cité. Le deuxième groupe, avec 40 à 50 jeunes, vient pour l’accompagnement scolaire. Nous leur offrons même un goûter grâce aux bienfaiteurs et à différentes entreprises sous le CSR. »
Les adultes aussi
Avec le temps, poursuit Julien Lourdes, la Fraternité Nord Sud s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup d’adultes qui avaient également « soif de connaissance ». Il reprend : « Nous organisons des ateliers de formation à leur intention de 17h à 19h. Nous avons une quinzaine d’adultes des régions de Sainte-Croix, Cité La Cure, Roche-Bois et même du Nord. Certains viennent directement du travail. Ils ont un besoin de savoir et nous devons y répondre. »
De son côté, Marjorie Carpooran accompagne les mamans et leur apprend notamment les secrets de la cuisine traditionnelle. Mais là encore, il ne s’agit que d’une approche pour amener les dames à apprendre la lecture et l’écriture en kreol. À un autre niveau, Mario Thomas s’occupe, lui, de la prévention dans la région. « Il y a, à Sainte-Croix, un manque de loisirs pour les jeunes. Notre objectif est de mettre en place différentes activités afin de les empêcher de tomber dans l’oisiveté et dans les fléaux. Pour cela, nous travaillons en collaboration avec les autres clubs de la localité. »
Le centre agit aussi promptement lorsque survient un problème dans la région. « Par exemple, il y a quelque temps, il y avait des problèmes avec le centre de distribution de méthadone,, qui se trouve à côté de la poste. On a constaté que les vieilles personnes qui venaient toucher leur pension au bureau de poste se faisaient souvent attaquer par certains qui fréquentent le centre de distribution de méthadone. » Avec d’autres forces vives de la localité, des marches de protestation pour faire déplacer le centre ont été organisées. « Cela n’a pas été fait mais, en revanche, il y a une surveillance policière plus régulière pour s’assurer que les vieilles personnes soient en sécurité. »
Ces quatorze années d’existence ont ainsi été l’occasion pour la Fraternité Nord Sud de démontrer le parcours des jeunes jusqu’ici. Karoonen Valaydon, Programme Coordinator du DCP, s’est dit « émerveillé » par le travail de ces derniers et « par leur esprit de créativité ». Pour l’occasion, le centre a également accueilli des jeunes de l’AIESEC pour six semaines. Ils ont marqué leur passage dans ce centre en réalisant des fresques murales, qui contribuent à embellir l’environnement.