Avec l’accalmie depuis trois mois sur le front de l’enquête sur le « scandale du siècle » du rachat de MedPoint au coût de Rs 144,7 millions, l’Independent Commission Against Corruption se retrouve en cette fin d’année avec un véritable casse-tête chinois. De graves allégations de fraude, corruption et trafic d’influence ont été formellement faites contre une série de personnalités au plus haut échelon de l’État dans différents cas, dont un portant sur l’octroi du certificat de nationalité à un Mauricien établi à l’étranger depuis son enfance. Une somme de plus de Rs 220 000 aurait été exigée et versée dans cette affaire remontant à novembre 2004.
À ce stade aucune indication officielle n’a transpiré quant à la décision que compte prendre l’Independent Commission Against Corruption (Icac) sous la Prevention of Corruption Act 2002, sauf que le fond des allégations est actuellement à l’étude. Un Mauricien établi à l’étranger se présentant au nom du Dr Richard L. Munisamy a débarqué le lundi 19 décembre au quartier général de la commission anticorruption pour faire une série d’accusations pour des délits éventuels de fraude et de trafic d’influence.
Outre cette déposition formelle, le principal concerné a poursuivi son action avec une série d’e-mails à l’Icac dénonçant de hauts fonctionnaires, dont certains détenant des postes prévus dans la Constitution. Dans un premier temps, l’Icac s’est attelée à la tâche de confirmer si la teneur de la déposition et des correspondances ne relèveraient pas de la catégorie des « mere wild allegations ».
Les recoupements effectués par Le Mauricien auprès des sources concordantes confirment que l’une des allégations impliquerait une importante personnalité de l’État de manière indirecte et concernerait l’obtention d’un certificat de nationalité mauricienne contre paiement d’une importante somme d’argent. Le Dr Munisamy dénonce également son père comme un des maillons dans ce réseau opérant au plus haut niveau.
Dans sa déposition, le Dr Munisamy avance que son père, qui est très actif en politique en Grande-Bretagne, a fait la connaissance de cette importante personnalité mauricienne à une réception offerte par la haute commission britannique lors de la visite du leader des libéraux-démocrates, Paddy Ashdown, vers la fin des années 90. Les contacts entre les deux hommes devaient se renforcer avec des échanges sur la formule de représentation propositionnelle au début des années 2000.
Le dénommé Richard Munisamy a effectué un déplacement à Maurice en novembre 2001 et par la même occasion, il a officiellement soumis une demande d’enregistrement en tant que citoyen mauricien. Cette requête a été rejetée le 10 avril 2002. Raison : « I have not stayed continuously for a period of three years in Mauritius prior to the application. »
Toutefois, de septembre 2002 à novembre 2004, le Dr Munisamy a résidé à Maurice pour accompagner une de ses plus proches parentes gravement malade. De ce fait, il a incorporé une société en vue d’obtenir les permis nécessaires. Cette parente est décédée en février 2004.
Vers Pâques 2004, le père de Richard Munisamy devait revenir à Maurice et renouer le contact avec cette haute personnalité mauricienne. Une des rencontres s’était déroulée dans un des endroits les plus sécurisés du pays. La question de certificat de nationalité du Dr Munisami devait revenir sur le tapis. Une nouvelle demande avec les formulaires dûment remplis a été soumise par le truchement de cette personnalité.
Les choses devaient en rester là jusqu’en novembre 2004 quand le Dr Munisamy allait recevoir un « unsollicited phone call » d’un dénommé H.G., qui allait faire la démonstration parfaite de son dossier de certificat de nationalité mauricienne. Une rencontre a été organisée le 21 novembre 2004 en la résidence de l’intermédiaire, se présentant comme très proche de la personnalité.
Richard Munisamy a été persuadé de remettre la somme de Rs 220 000. Il allègue qu’il s’est vu octroyer la nationalité mauricienne par voie de lettre en date du 24 décembre 2004, soit un mois après. Subséquemment, l’intermédiaire a sollicité une somme supplémentaire de Rs 150 000 pour compléter la transaction.
Il va de soi que du côté de l’Icac, pour l’étape initiale de la Preliminary Enquiry sous la Prevention of Corruption Act, il faudra procéder à une vérification des différentes étapes évoquées par le Dr Munisamy dans sa déposition. Mais en cette fin d’année, l’on préfère privilégier la prudence avant de s’aventurer à établir le « missing link » entre l’intermédiaire H.G. et la personnalité ciblée.
La gamme des autres cas de dénonciation du Dr Richard Munisamy touchant notamment des grands commis de l’État laisse planer un petit air de soupçon…