Première de l’étape de l’enquête : la Roches-Noires Saga avec un Forensic Scrutiny dès demain des cinq téléphones cellulaires attribués à Navin Ramgoolam en tant que chef du gouvernement
Les deux prochaines semaines s’annoncent décisives dans l’enquête initiée par le Central CID avec la double inculpation provisoire de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour les délits de blanchiment de fonds d’un montant de Rs 220 millions et de conspiracy dans la Roches-Noires Saga. C’st ce qui se dessine que ce soit dans les rangs du Central CID, dont les ressources sont monopolisées dans cette enquête depuis plus d’un mois, ou encore dans l’entourage de Navin Ramgoolam, qui ne nie pas que ce sont des « political defining moments » à venir. Avec la fin de l’inventaire des coupures bancaires récupérées dans deux coffres-forts et quatre valises saisis dans la penderie en la résidence de Navin Ramgoolam dans la nuit du 6 au 7 février, l’heure sera à la confrontation. La ligne de défense adoptée par l’ancien Premier ministre justifiant la présence de ces Rs 220 millions en différentes coupures locales et en devises étrangères est que ces fonds représenteraient le financement du Parti Travailliste. Il l’a martelé lors de la réunion du bureau politique du Labour d’hier matin. Les enquêteurs de la police maintiennent leur thèse que ces Rs 220 millions ne sont que « proceeds of bribe and corruption ». Le tout se jouera sur toile de fond de révélations annoncées par Navin Ramgoolam au sujet de « zafer Gooljaury », qui sera évoquée dès le début de la semaine.
Des recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes après les délibérations d’hier matin du politburo du Labour donnent des premières indications de la position de Navin Ramgoolam face aux accusations du Central CID. « Cet argent ne m’appartient pas. Sa li lamoné pou konstrir builing pou le Parti Travayis et lamoné eleksyon », devait-il soutenir en guise de leitmotiv lors de son intervention au Square Guy Rozemont. À un certain moment, il devait faire état d’un projet de trust pour le Parti Travailliste pour assurer la gestion des fonds du parti.
« Ti fini fer papye pou fer enn trust. Mé pa finn rési plas kas-la », devait faire comprendre le leader du PTr en congé. Il s’est appesanti que ces fonds représentent la contribution des « bienfaiteurs du parti », qu’ils soient des individus ou des compagnies. « Dan sa kas-la, pena enn Re 1 komisyon ladan. Zis lamoné parti », dit-il aux 35 membres du Bureau politique présents à la réunion en ajoutant qu’il y a également des contributions venant d’organisations soeurs au Labour de l’étranger sans ajouter de plus amples détails.
« Pou éna sirpriz »
Navin Ramgoolam a également fait état des dépenses encourues dans l’organisation de sondages pour les dernières élections confiées à une société étrangère. Il est revenu sur le fait que les quinze prochains jours revêtiront un caractère crucial. « Bann Jugnauth pou koné ki mwa. Mo pou éna boukou révélations pou fer. Pou ena sirpriz dan les deux semenn ki pé vini », devait-il renchérir sans abattre ses cartes, préférant garder la primeur de ces détails pour les limiers du Central CID.
Mais sur un point, il a précisé que « pou éna révélasyon lor zafer Gooljaury. Mo pou réponn so bann points enn par enn ». L’enquête revue et corrigée du Central CID sur l’affaire du campement de Roches-Noires a pris une nouvelle tournure dramatique pour Navin Ramgoolam avec les dernières révélations du patron de Fashion Style. Il faudra s’attendre à assister aux premières hostilités sur le volet de Rakesh Gooljaury cette semaine car dès demain, un premier exercice est prévu avec un examen forensic des cinq téléphones cellulaires alloués à Navin Ramgoolam du temps où il occupait les fonctions de Premier ministre, et plus particulièrement pour la période de juillet 2011.
Deux de ces cinq téléphones cellulaires étaient attribués à l’usage personnel de Navin Ramgoolam alors que les trois autres étaient consacrés aux Special Advisers étrangers de l’ancien Premier ministre lors de leurs différents passages à Maurice. Le répertoire de ces téléphones devra établir les différents appels effectués et reçus par Navin Ramgoolam dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 et plus précisément après 1h20 du matin dans le sillage de l’agression au premier étage du bungalow à Roches-Noires.
Les limiers du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police Hemant Jangi, sont en quête d’unrebutted evidence de la connivence de Navin Ramgoolam avec l’ancien directeur du National Security Service (NSS), Dev Jokhoo, et de l’ex-Deputy Commissioner of Police, Ravine Sooroojebally, pour élaborer le complot du vol avec Rakesh Gooljaury appelé à consigner la fausse déposition au poste de police de Rivière-du-Rempart à la place de l’ancien Premier ministre.
Toutefois, d’autres développements sont encore à prévoir dans ce volet d’enquête après la dernière inculpation provisoire de l’ancien Premier ministre. Ainsi, il n’est pas dit que l’actuel commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, en congé de préretraite, soit convoqué par le Central CID pour être entendu car jusqu’ici, de par sa fonction officielle et hiérarchique, cette éventualité n’était pas envisageable pour lui.
Le commissaire de police à la retraite pourrait être confronté à la version des faits de l’ancien Deputy Commissioner of Police et responsable de la VIPSU, Ravine Sooroojebally, au sujet du cover-up de l’affaire du campement de Roches-Noires avec l’homme d’affaires Rakesh Gooljaury, patron de Fashion Style, appelé à « pran sa sarz-la ». Lors de son interrogatoire under warning menant à son inculpation provisoire, cet ancien haut gradé de la police, faisant partie de la garde prétorienne, avait révélé avoir animé un briefing complet sur les dessous de l’affaire du campement de Roches-Noires avec le commissaire de police en partance. Ce dernier pourrait être appelé à confirmer ce détail et faire état des mesures prises dans les circonstances pour éviter ce complot.
Ah Fat en renfort
Le volet Gooljaury pourrait être relégué au second plan dès que le tandem comprenant le surintendant Mannaram et l’assistant-surintendant de police Rugbur se déclare prêt pour ouvrir le chapitre des Rs 220 millions du jackpot de River Walk. Ainsi, les documents et dossiers récupérés dans les coffres-forts de Navin Ramgoolam feront l’objet d’un examen minutieux pour soutenir la thèse de « presumed tainted money from corruption and bribe » comme soutenu dans la charge provisoire de blanchiment de fonds.
Il n’est pas exclu qu’à une séquence des événements, l’ancien trésorier du Pari Travailliste, le dénommé Ah Fat, pourrait être appelé en renfort pour des éclaircissements au sujet de la gestion des finances du PTr. Les enquêteurs du Central CID comptent aussi s’appuyer sur l’examen des dossiers de gros contrats alloués par le gouvernement au cours de ces dernières années pour tenter de démanteler la thèse de Navin Ramgoolam à l’effet que « dan sa kas-la pena Re 1 komisyon. Zis lamoné parti ».
Les contrats susceptibles d’intéresser la police sont ceux de la construction du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Terminal au coût de Rs 13 milliards, la controversable Biometric Identity Card de Rs 1,5 milliard ou même les travaux de construction de routes avec les coûts gonflés en cours d’exécution. Le démarrage de gros projets du secteur privé, nécessitant des permis comme la Land Conversion, sont également dans le collimateur des enquêteurs en vue de réunir des preuves de corruption money.
Les sociétés du secteur privé, qui gèrent d’importants complexes, comme des Shopping Malls, où la galaxie Nandanee Soornack opère avec des enseignes haut de gamme, pourraient être entendues au sujet des titres de propriétés et des conditions de location en vue de mieux comprendre le système en place. La police veut obtenir confirmation que les occupants de ces espaces commerciaux sont en règle.
Au cours de ces dernières années, les fréquentes visites effectuées par un ressortissant italien, un dénommé P.C., qui était toujours reçu en grande pompe au plus haut niveau du gouvernement, intriguent plus d’un. Il est perçu comme un des plus importants Bag Men pour transporter des devises à l’étranger ou encore comme paravent.
D’ailleurs, cet Italien est présenté comme celui qui facilite actuellement le séjour de Nandanee Soornack en Europe depuis son départ en catastrophe de Maurice le 11 décembre dernier, le jour de la proclamation des résultats des élections générales. Malheureusement, dans la conjoncture, il ne faudra pas s’attendre à voir son ombre planer à Maurice…