C’est véritablement un bon album qu’ont sorti le chanteur Matrix et le groupe Jahway dans une parfaite discrétion, l’année dernière. Issus du Morne et des villages des alentours, ces artistes ont puisé dans l’ambiance qui les entoure pour créer le 14-titres Freedom Fighters, qui redonne au reggae/seggae un souffle nouveau et le libère des chaînes qui la retiennent. Il fallait bien que la rencontre se fasse au pied de la montagne symbole…
“C’est de tout en haut là-bas que ça nous est venu”, lance Jean-Marc Louis, en pointant le menton vers la grande montagne. Les gros nuages de ce début de soirée masquent le couchant et couvrent cette partie de la côte d’une chape de sérénité, dans un éclat doré. Quelques jours plus tôt, la montagne a été célébrée. Passé le 1er février, elle reprend sa stature de fier monument, dont le reflet flotte sur les eaux de la marée basse. Les pieds s’enfoncent un peu dans le sable blanc, constellé de pierres noires que la mer laisse derrière elle lorsqu’elle se retire. Jean-Marc Louis et les siens y avancent sans peine.
Tout en grattant la mélodie de Forsake lovers sur son inséparable guitare rouge et noire, Jean-Marc Louis revient vers le sommet du Morne pour parler de son inspiration. Il a grandi à ses pieds. C’est l’aura du grand rocher brun, l’ambiance sauvage des lieux ainsi que cette nature indomptée qui émanent de la musique de Matrix et des Jahway. Freedom Fighters est un album seggae/reggae qui s’apprécie dès la toute première écoute, et qui révèle toute son intensité et le très beau travail réalisé au niveau des arrangements pour lui conférer son identité. Un arrangement qui porte la griffe d’Augustin Labonne, dit Bouk, un des disciples musicaux du Colonel Georges Corette, l’un des meilleurs en matière de seggae.