A écouter, à lire les uns et les autres au travers de ces frémissements de renouveau qui parcourent le social et le politique aujourd’hui à Maurice, il est une constante que nous pouvons relever : Autre, autrement. Faire la politique autrement.
Cynique, nous pourrions observer que toute mouvance politique entrant en opposition aux représentants d’un pouvoir  à une époque donnée de l’histoire, par définition même, se pose comme forces alternatives de ce même pouvoir. Capter l’imaginaire d’un collectif, rassembler une masse d’individus en un Idéal du Nous qui transcende les intérêts du Je (individuel ou communautariste), faire rêver et faire advenir le rêve demande une rupture, une différenciation dans le positionnement pour l’acquisition des leviers du pouvoir.
C’est un processus long, ardu qui requiert apprentissages de codes de guerres ouvertes ou larvées, de trahisons et double discours, déboires et désenchantements. Bref, la solitude du coureur de fond est là, constante. Et la tentation de l’abandon est forte. Car la force de ce qui nous constitue, nous Mauriciens en tant que corps social est son inertie, sa résistance à toute variation de structure ou de vitesse. Or, l’inertie est fonction de la masse du corps : plus celle-ci est grande – et notre masse, parcourue de toutes sortes de fragmentations hiérarchisées, voulues et reproduites est lourde – plus la force requise pour modifier son mouvement est importante[].
Un brin naïve, nous pourrions dire que ces temps récents,  porteurs d’espérance verront la genèse de paroles et d’actions «  alternatives » réelles et authentiques, du fait des regroupements d’intellectuels engagés, de travailleurs sociaux qui se dévouent pour une société plus juste, d’acteurs sociaux qui dans l’ombre attendaient que sonne l’appel.
Est-ce à dire qu’un mouvement social est né, en mesure de modifier le cours de l’histoire en fonction d’un idéal, d’un progrès social?
En sciences politiques, est considérée comme  mouvement social  une somme d’actions qui se veulent la concrétisation de cette volonté de progrès social.
En sociologie, un mouvement social est un ensemble de réseaux informels d’organisations et d’acteurs, construit sur des valeurs partagées  et qui se mobilise au sujet d’enjeux communs, en ayant recours à différentes formes de protestation.[]
Selon cette définition de sociologie donnée ci-dessus, un mouvement social possède différentes caractéristiques dont une dimension collective et une capacité de mobilisation, une définition relativement claire des cibles, des adversaires et des revendications. De la continuité entre les moments forts qui rappellent constamment trois principes :
1) Un principe d’identité. Dans les intérêts et les buts, avant d’entrer en lutte avec l’adversaire sur un « champ de bataille déterminé par les circonstances…, l’identité ne peut être définie indépendamment du conflit réel avec l’adversaire et de la reconnaissance de l’enjeu de la lutte  » (Alain Touraine, CNRS)
2) Un principe d’opposition : Identifier  l’adversaire et le nommer. Même si le conflit est limité par son enjeu immédiat et les forces qu’il mobilise, « on ne peut parler de principe d’opposition que si l’acteur se sent confronté à une force sociale générale en un combat qui met en cause des orientations générales de la vie sociale » (La production de la société) ».
3) Un principe de totalité : Pourquoi lutter ?  Un mouvement social n’est par conséquent intelligible (compréhensible) qu’en tant qu’il lutte en vue de la « direction de l’historicité, c’est à dire des modèles de conduite à partir desquels une société produit ses pratiques ».
Nous n’avons pas droit au pessimisme. Ni à l’angélisme.
Le temps n’est plus au délabrement. Il est à la fondation.
Au long cours.