Avec les longanes qui arrivent, de plus en plus, à maturité, l’on aborde, en ce mois de février bien entamé, la phase finale de la saison des fruits d’été. Force est, toutefois, de constater que, comme ces dernières années, les récoltes ont été, de nouveau, largement compromises par les ravages causés aux fruits — letchis, mangues et longanes, notamment — par des hordes de chauves-souris frugivores.
Une fois de plus, ce sont surtout des particuliers disposant d’un ou de deux arbres fruitiers dans leur arrière-cours qui ont, le plus, souffert des dégâts de ce mammifère volant dont la population à travers l’île n’a eu de cesse de croître ces dernières années. Espèce endémique protégée en vertu du Wildlife and Natural Parks Act de 1993, la grosse chauve-souris frugivore locale — pteropus niger — est classifiée comme étant une espèce menacée de disparition par l’International Union for the Conservation of Nature (IUCN). Ce qui vient compliquer le contrôle de sa population sans cesse grandissante.
Une source au ministère de l’Agro-industrie a indiqué à Week-End qu’à la suite de doléances répétées, notamment, d’exploitants de vergers commerciaux, les autorités ont bien tenté d’obtenir, mais sans succès, une dérogation temporaire de l’IUCN pour contenir, par les grands moyens, la prolifération de cette espèce nuisible aux fruits d’été. Il leur a été, notamment, souligné que le pteropus niger, espèce endémique exterminée par la chasse abusive au cours du XIXe siècle à l’île de la Réunion où elle était aussi présente, joue un rôle important dans la régénération des forêts de Maurice.
Ainsi, la loi mauricienne n’autorise encore que les seuls moyens écologiquement acceptables pour prévenir les ravages de la chauve-souris frugivore locale. A ce jeu-là, les exploitants commerciaux de la filière fruits et, encore plus, les particuliers disposant d’un ou de deux arbres fruitiers dans leur arrière-cours disent avoir tout essayé sans grand succès. Des luminaires installés dans les arbres pour effaroucher ces mammifères volants qui ne circulent qu’à la nuit tombée aux cloches à bascule censées servir aux mêmes fins: aucune de ces trouvailles « écologiquement acceptables » ne semble effrayer la vilaine bête.
D’autres encore, suivant la recommandation des autorités agricoles, ont fait installer sur leurs arbres fruitiers des filets protecteurs. Force est, toutefois, de constater que si ces équipements assurent effectivement une certaine protection des fruits sur des arbrisseaux, ils ne conviennent pas aux grands arbres comme ceux que l’on retrouve généralement dans les arrières-cours, chez des particuliers. Ainsi, ceux qui s’y connaissent en matière d’écosystème estiment que les uns et les autres doivent prendre leur mal en patience et attendre, patiemment, que la nature fasse son oeuvre.
Ces experts expliquent, en effet, que d’éventuelles conditions cycloniques suffisamment intenses qui prévaleront bien un jour ou l’autre sur l’île occasionneront, comme par le passé, la destruction de l’habitat naturel de la chauve-souris frugivore locale entraînant, ainsi, une diminution conséquente de la population de ce mammifère volant particulièrement nuisible à nos fruits d’été. Mais à quel prix?