Avec l’arrivée de l’été, les fruits de saison font aussi leur apparition sur le marché. Les melons d’eau sont les premiers disponibles, en attendant les mangues et les letchis. Au marché comme en bordure de route, les fruits ont fait leur apparition sur les étals. Dans les champs, la récolte relève d’un véritable folklore entre les petites tentes dressées pour contrer les voleurs et les travailleurs faisant preuve de délicatesse pour manier ce fruit fragile et les transporter jusqu’au camion.
À mi-chemin entre Trois Boutiques et Le Bouchon, une vaste étendue de terre est devenue un lieu d’animation particulière depuis trois semaines. C’est ici que Sundiren Annavi, planteur de la région, tient une de ses plantations de melon d’eau. La récolte ayant démarré depuis trois semaines, ceux empruntant ce chemin sont témoins d’une scène folklorique impliquant des hommes et des femmes, qui transportent de grosses boules vertes, pouvant peser jusqu’à 10 à 15 kilos.
C’est la récolte des melons d’eau ! Ce fruit de saison dont raffolent les Mauriciens est connu comme la pastèque. Mais ici, on préfère la traduction littérale de l’anglais, watermelon, qui donne melon d’eau.
Voilà 23 ans que Sundiren Annavi est engagé dans la culture de ce fruit. Grâce à Omnicane qui lui cède des portions de terre à Savannah et à Trois Boutiques, il dispose de 25 à 30 arpents pour ses plantations. En été, c’est le melon d’eau qui est privilégié. En hiver, ils laissent la place aux légumes.
Ces dernières années, on a vu apparaître sur le marché de nouvelles variétés de melon d’eau. Autrefois, les Mauriciens connaissaient le Black Boy, une pastèque à la pelure vert foncé. De nos jours, les variétés connues comme Militaire et Sugar Baby Holland, sont les plus prisées. « Ces nouvelles variétés ont un meilleur rendement. Le Militaire peut atteindre jusqu’à 15 kg s’il est cultivé dans de bonnes conditions », explique Sundiren Annavi.
Le planteur du Sud souligne avec fierté qu’il est le premier cette année à avoir mis ses melons d’eau sur le marché. Les bonnes conditions climatiques ayant prévalu dans cette région du pays ont joué en sa faveur. Car il faut le savoir, une bonne récolte dépend de la qualité du climat. « Le melon d’eau n’aime pas la grosse chaleur ni le froid. Il lui faut un climat tempéré. Mais le plus important, c’est l’arrosage car c’est un fruit qui contient beaucoup d’eau et il en a besoin pour croître. »
De l’eau à volonté
Avec la sécheresse qui a prévalu dans le pays ces derniers temps, la situation a été assez difficile pour les planteurs en général. Sundiren Annavi, lui, a la chance de bénéficier du soutien de la propriété sucrière de la région pour l’arrosage. « Généralement, la propriété me donne de l’eau pour l’arrosage deux fois par semaine. Quand il n’y en a pas suffisamment, l’arrosage est alors limité à une fois par semaine. » Conséquence : les fruits ne se développent pas bien ; ce qui résulte en un manque à gagner pour le planteur car le prix du melon d’eau varie selon sa taille. « Actuellement, un melon d’eau de 10 kg se vend à Rs 200. C’est le plus gros que nous avons récolté jusqu’ici. Ensuite, le prix baisse jusqu’à Rs 50, voire Rs 20, dépendant de la taille. »
Sundiren Annavi vend ses melons d’eau aux fournisseurs des hôtels et aux marchands du Marché central. Parfois, des marchands viennent acheter directement au champ. Les fruits qui ne se sont pas bien développés et qui ont une taille relativement moyenne sont vendus à un particulier qui lui, le revend à La Vanille, Réserve des Mascareignes. « Les fruits servent de nourriture aux crocodiles et aux singes. »
Pour une saison, Sundiren Annavi peut récolter jusqu’à 60 000 à 65 000 melons d’eau. Pour un tel résultat, il faut s’y prendre trois mois à l’avance. Le melon d’eau a un cycle de 90 jours. Le sol doit être ameubli sur une profondeur de 25 à 30 cm à l’emplacement des fossés. Il faut compter 420 g de semences par arpent.
Sundiren Annavi achète ses semences chez un fournisseur local qui s’approvisionne à l’étranger. Il dit n’avoir jamais bénéficié de l’aide des services de l’agriculture pour cela. « Une boîte coûte Rs 1 200 et comprend 100 g de semences. Il faut en compter quatre boîtes par arpent. »
Contrer les menaces
Les graines sont d’abord semées dans des petits pots ou des plateaux de semis. Après quelques semaines, les plantules sont transplantées dans les champs. Il faut alors s’assurer d’un bon entretien pour contrôler les ravageurs tels que les mineuses de feuille, thrips, puceron, acarien, mouche blanche, chenille de feuille ou mouche de fruit. À quatre semaines, c’est-à-dire pendant la période végétative, les plantes nécessitent 12 mm d’eau par semaine. La période de floraison et de fructification débute à six semaines. Il faut alors, 29 mm d’eau par semaine. À maturation, l’arrosage diminue à 22 mm d’eau par semaine.
La récolte est le moment très attendu des planteurs comme du public en général. Sundiren Annavi avance qu’il faut avoir de l’expérience pour savoir quel fruit est arrivé à maturité ou pas. Car dans un champ, tous les melons d’eau ne se développent pas au même rythme. « Personnellement je n’ai aucun souci à me faire pour cela car mes travailleurs ont de l’expérience et savent exactement quel fruit est prêt ou pas. »
Les grosses boules vertes peuvent alors faire leur apparition sur les étals des marchés et en bordure de route. Mais toutefois, cette période marque aussi une étape délicate pour les planteurs : faire face aux voleurs. Sundiren Annavi confie qu’il a dû recruter six personnes pour assurer le gardiennage de ses plantations. « Autrement, les voleurs font des ravages dans les champs. » Malheureusement, c’est cela aussi, le folklore de la récolte des fruits à Maurice.