La nouvelle identité de Maurice comme un “International Financial Centre” a été lancée hier soir à l’hôtel Hilton par le ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, sous le parrainage du Lord-maire de Londres, Alderman Jeffrey Mountevans. Devant les capitaines du secteur des services financiers à Maurice, le ministre a insisté sur sa vision consistant à faire du pays une plateforme financière transparente disposant d’activités tangibles et concrètes susceptibles de créer de l’emploi et reposant sur des qualités morales des opérateurs mauriciens.
Une bonne centaine d’hommes d’affaires, de hauts fonctionnaires et de capitaines aussi bien du secteur bancaire que de celui des services financiers avaient répondu présent à l’invitation lancée par la Financial Services Promotion Agency (FSPA). Le centre financier sera connu désormais comme le “Mauritius International Financial Centre” et disposera de son propre logo.
À l’issue du dîner organisé en circonstance, le ministre de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, a annoncé à la presse qu’un Cabinet spécial se tiendrait aujourd’hui pour se pencher sur le dossier de Heritage City. « Une session spéciale du cabinet a été convoquée pour se pencher sur les différentes options de financement à la construction de Heritage City. Nous voulons travailler vite et prendre une décision rapidement à ce sujet », a-t-il dit.
Dans son discours devant les invités, Roshi Bhadain a expliqué qu’avec la création de son ministère par le chef du gouvernement, « le secteur des services financiers a été associé d’entrée avec la bonne gouvernance ». « Nous avons commencé à zéro. Il nous a fallu deux mois pour créer le ministère et nous avons parcouru un très long chemin en 14 mois ». Parmi les nouvelles mesures qui ont été prises figurent la relance de la Financial Services Promotion Agency (FSPA) pour la promotion du centre financier à l’étranger et la création du Financial Services Institute pour la formation. Toutefois, Roshi Bhadain a observé que l’avancement du ministère des Services financiers a été ralenti par l’affaire BAI, qui l’avait mis « off track » pendant quelque trois mois. Le ministre s’est réjoui qu’« une solution ait pu être trouvée à la satisfaction de toutes les parties prenantes ; ceux qui n’ont pas encore été payés recevront leur argent en juin prochain ».
White List
Le ministre a évoqué les efforts effectués pour enlever le nom de Maurice de la liste noire de l’Union européenne, « car nous n’étions pas sur le “white list” d’une dizaine de pays européens ». Ce qui a nécessité des démarches auprès de plusieurs pays occidentaux afin d’expliquer la « vraie situation à Maurice ». Selon Roshi Bhadain, les autorités mauriciennes ont très vite convaincu l’Italie. La Pologne et l’Estonie ont suivi par la suite et ont accepté de placer notre juridiction sur leur « white list ». Dans le sillage du dialogue politique EU-Maurice, soutient le ministre, « le Portugal et l’Espagne ont promis de faire de même ».
Roshi Bhadain a expliqué que le secteur des services financiers a fonctionné pendant plus d’une décennie sur la base des traités de non-double imposition avec certains pays. « Ce qui est à base de la croissance du secteur financier mauricien », a-t-il avancé. Le ministre a estimé toutefois que cette situation ne pouvait durer à l’infini. À ce propos, Roshi Bhadain a fait mention du DTAA avec l’Inde avant d’évoquer la mission effectuée dans ce pays l’année dernière. « À mon retour de l’Inde, j’avais fait comprendre que des événements internationaux échappent à notre contrôle et j’avais annoncé que le GAAR sera en vigueur à partir du 1er avril 2017. Certains m’avaient écouté sans m’entendre. Voilà que le ministre des Finances indien a annoncé cette semaine que le GARR deviendra une réalité à partir du 1er avril 2017 », a déclaré le ministre.
D’autre part, Roshi Bhadain a souligné que le centre financier mauricien doit continuer à vivre. C’est dans ce contexte, dit-il, qu’un accord bloqué avec l’Afrique du Sud depuis plusieurs années a finalement été conclu. Roshi Bhadain a également parlé de la volonté de projeter aux investisseurs étrangers l’image d’un centre financier qui ne soit pas axé sur la fiscalité mais d’un « real tangible centre of substance » capable de créer de l’emploi ainsi qu’une plateforme transparente, avec des activités visibles par tous.
« Maurice veut maintenant se positionner comme une base pour les investissements en Afrique », poursuit Roshi Bhadain. Ce dernier a rappelé avoir présenté en décembre une Captive Insurance Act et que « plusieurs investisseurs se sont déjà manifestés ». Le ministre a aussi fait mention de l’accord conclu entre la Bourses des valeurs de Maurice et celle de l’Inde, avec possibilité pour Maurice de devenir un marché des produits dérivés. En collaboration avec Dubaï, « un “commodity exchange market” deviendra une réalité dès cette année », a-t-il annoncé.
Gestion de fortunes
Roshi Bhadain a aussi évoqué ses missions effectuées en Grande Bretagne et ses discussions avec des cabinets de légistes. C’est à la lumière de ces échanges qu’il a annoncé que la FSC travaille sur les amendements qui doivent être apportés à la Law Practitionners Act afin de permettre aux légistes étrangers, dont les Britanniques, de s’installer à Maurice pour conseiller leurs clients et conclure des joint-ventures avec des cabinets d’avocats dans l’île.
« Le directeur de la FSPA s’est rendu en Afrique du Sud où il a réussi à intéresser des familles riches à gérer leurs fortunes à partir de Maurice », a par ailleurs déclaré Roshi Bhadain. Dans ce contexte, une Overseas Family Corporation (OFC) Licence est en voie de préparation. Cette licence permettra aux gestionnaires de fortunes de bénéficier d’un certain nombre d’incitations. Il a finalement insisté sur sa volonté de s’assurer que le centre financier international mauricien repose sur les valeurs morales des Mauriciens, comme l’a fait Margaret Thatcher pour la Grande Bretagne.
Le Lord-maire de Londres a affirmé avoir eu une visite fructueuse à Maurice et s’est dit particulièrement satisfait d’avoir été en mesure d’évoquer le secteur maritime, qui est pour lui un domaine de prédilection. L’occasion lui a également été donnée de visiter la région portuaire hier. Alderman Jeffrey Mountevans a expliqué que la Grande Bretagne dispose d’une riche expertise en matière de Public Private Partnership et de Smart Cities, qu’elle est prête à mettre à la disposition de Maurice. Le Lord-maire de Londres a quitté le pays hier soir.