Quatre mois jour pour jour après la fusillade meurtrière de Petit-Verger, Saint-Pierre, de nouveaux développements sont intervenus dans l’enquête policière confiée à la Major Crime Investigation Team (MCIT), menée par le chef inspecteur Gérard. Ainsi, hier après-midi, quatre officiers de police, affectés au poste de Grand-Baie, ont été placés en état d’arrestation alors que le nom d’un cinquième policier avait été cité initialement. Toutefois, à la mi-journée, seuls l’inspecteur Mohangee, les deux Trainee Police Constables Bauhal et Marc, et la Women Police Constable Auckloo ont comparu devant le tribunal de Mapou pour leur éventuelle inculpation provisoire pour des délits de « faux et usage de faux » dans des documents, notamment le “diary book” du poste de police de Grand-Baie, et de « complot ». La police pourrait objecter à leur remise en liberté provisoire en attendant la conclusion de leur interrogatoire.
Le chef inspecteur Gérard et les hommes de la MCIT tentent de faire la lumière sur ce qui s’est effectivement passé au poste de police de Grand-Baie dans l’après-midi du 19 avril dernier, soit au moment même où se déroulait la fusillade meurtrière de Petit-Verger, Saint-Pierre. Ce règlement de comptes entre “bouncers” de gangs adverses avait, pour rappel, fait un mort, en l’occurrence un habitant de la région, Yoven Velangany, âgé de 23 ans, tué par des balles provenant d’un fusil de chasse.
L’un des principaux suspects, Jean Harel Philippe, directeur de la compagnie de sécurité Bodyguard Ltd de Grand-Baie, s’était appuyé sur cette fausse “diary book entry”, soi-disant consignée aux alentours de 17h30 ce samedi fatidique, pour justifier qu’il ne pouvait simultanément être sur les lieux du crime à Saint-Pierre et au poste de police concerné pour les procédures relatives aux conditions de sa remise en liberté provisoire dans une affaire criminelle.
Dès le lendemain de l’arrestation de Jean Harel Philippe, la MCIT avait objecté formellement à cet alibi. D’abord, des enregistrements de caméras de surveillance privées et de téléphones cellulaires de témoins se trouvant sur la Scene of Crime avaient versé dans le dossier à charge. À cela sont venues se greffer les versions de trois autres témoins, dont un ressortissant étranger, un certain Bekary, confirmant la présence du directeur de Bodyguard Ltd à Saint-Pierre au moment de la fusillade. Jean Harel est toujours maintenu en détention provisoire. L’une de zones d’ombre majeures dans cette enquête est cependant sur le point d’être élucidée avec l’arrestation et l’inculpation provisoire de quatre policiers affectés à Grand-Baie depuis hier après-midi.
L’autre point demeure que, jusqu’ici, malgré tous les moyens déployés par les hommes de la MCIT, l’arme du crime n’a pu être récupérée. Pour les besoins de cette étape de l’enquête, avec les développements d’hier, l’interrogatoire de l’inspecteur Mohangee s’avère être crucial. En effet, les hommes du chef inspecteur Gérard tenteront d’établir une éventuelle connexion entre cet inspecteur de police et le “bouncer” Harel Philippe, allant jusqu’à justifier la présence de ce haut gradé de la police au poste un samedi après-midi. La MCIT compte interroger cet inspecteur au sujet de son emploi du temps pour le samedi 19 avril et les raisons de sa présence au poste à ce moment précis. De même qu’il devrait être confronté au fait que Jean Harel Philippe n’était pas physiquement présent à Grand-Baie vers 17h30 ce jour-là.
Les réponses de cet inspecteur de police sont attendues avec impatience pour la suite de l’enquête. Hier après-midi, il n’avait toujours pas été entendu formellement vu qu’il n’avait pas encore retenu les services d’un homme de loi pour l’assister. Des contacts ont été établis afin que cet exercice puisse être initié dans les meilleurs délais après la comparution en Cour de Mapou.
Les autres policiers interpellés devront, eux, fournir des explications sur les changements et rectifications, sous forme d’overwriting, dans le “diary book entry”. Un des points accablants est que, dans un premier temps, cette entrée dans le “diary book” du poste de Grand-Baie avait été enregistrée formellement à 17h35. Subséquemment, l’heure avait été ramenée à 17h28, heure qu’avait communiquée le suspect Philippe lors de son interrogatoire peu après son arrestation durant le week-end pascal.
Les policiers, qui devront faire l’objet d’une suspension, devront révéler l’identité de l’auteur de ces directives formelles pour déclarer que le meurtrier présumé de Yoven Velangany était à Grand-Baie alors que tel n’était nullement le cas, ou encore des instructions pour des changements dans les entrées officielles. À la mi-journée, les quatre policiers appréhendés n’avaient pas encore été présentés en Cour pour la reconduction de leur détention policière.