Direction La Gaulette, sur le versant de la côte donnant sur la montagne du Morne. Au rythme des flots s’ajoute désormais une mélodie acoustique aux accents mystiques. C’est celle du groupe Fusional Mind, l’une des révélations du moment.
Quelques notes graves grattées sur les cordes d’une guitare sèche en guise d’intro. “Depi lontan mo ekout lamizik, depi zanfan monn koumans fer mo nik. Monn pran tipik monn met dan akoustik, monn gagn enn bann trik ki ti mari mistik.” Une basse, une batterie, des percussions : le ton demeure posé, pour être en phase avec la portée du texte. Dans l’intimité du petit studio insonorisé par les “cartons d’oeufs” qui habillent le mur, l’ambiance en devient presque religieuse. L’équipe de musiciens semble retrouver une partie des émotions ressenties lorsqu’ils avaient enregistré ce morceau. Ce titre – La mizik – , plus que n’importe quel autre, leur est sacré : “Ce sera un peu comme notre prière.” L’hymne qui, à chaque occasion, annoncera Fusional Mind.
Influences.
La petite enceinte noire déposée sur l’épaisse moquette colorée du sol du cabanon poursuit l’histoire : “Mo papa li ti kontan ekout Shadows, mo mama ti kontan so sega. Dan mo latet tou sa la fizione. Mo gran frer li ti ekout Walking on, walking on the moon.” Manipulant les boutons de sa console pour ajuster le son, Steeve Laridain confie : “À elle seule, cette chanson raconte toute notre histoire. Elle dit tout sur notre musique.” Il l’avait composée au feeling, en mélangeant les différentes influences musicales qu’il avait connues chez lui, mais également dans le circuit hôtelier (où il a longtemps travaillé), en Europe (quand il s’y trouvait) et ailleurs.
Le style n’appartient à aucun genre défini : “Mais nous avons veillé à mettre l’accent sur le style mauricien”, précise Steeve Laridain. Ce n’est pas forcément dans le rythme ou le tempo, mais davantage dans la chaleur musicalement dégagée : “Nous avons voulu une approche différente qui accrocherait et procurerait du plaisir à n’importe qui.” Car pour les membres de Fusional Mind, la musique reste “un moment de plaisir que nous voulons partager avec tous”.
Ce partage, c’est en live qu’il le fait en ce moment, à travers les concerts où le groupe a été invité. En septembre, un album viendra marquer une nouvelle étape de son histoire.
Ouverture d’esprit.
Steeve Laridain a déjà travaillé sur une quinzaine de titres pour composer le répertoire de son groupe. Une sélection sera faite pour l’album avant que Fusional Mind n’exploite d’autres pistes au gré des circonstances. Quand le moment fut venu pour le groupe de trouver son identité musicale, c’est un peu de cette manière que les choses s’étaient mises en place. “Nous n’avons rien voulu prouver ou faire. Nous n’avions aucun projet défini. Tout s’est fait naturellement, étape par étape”, confie Steeve Laridain.
Ce dernier se produisait alors avec Kevin Larubarbe dans le circuit hôtelier. Dans cet univers, les deux musiciens avaient pris plaisir à cultiver une ouverture d’esprit certaine : “Nous y avions appris à accepter la diversité musicale, sans porter de jugement sur le style que l’on devait jouer, afin de garder la musique au centre de nos intérêts.”
Cette vision, ils l’ont communiquée à Mervyn Laval et Josian André, lorsque ces derniers les ont rejoints au domicile de Steeve Laridain à La Gaulette pour “kas enn poz zwe-zwe”. Un studio avait été aménagé dans le cabanon dans la cour et le rendez-vous des quatre complices était devenu régulier. Le nom Fusional Mind avait fini par s’imposer de lui-même, comme l’expression reflétant le mieux l’état d’esprit du combo.
Mistik.
Mystique, cosmique… La musique a une portée spirituelle pour les membres du groupe. C’est cette vision commune qui les unit et les met sur la même longueur d’ondes. Difficile pour eux de lui donner une interprétation rationnelle. Steeve Laridain parle de sa pureté; Kevin Larubarbe souligne sa capacité d’apaiser les tensions; Mervyn Laval évoque plutôt une sensation; et Josian André ressent du bien-être lorsque le groupe accorde ses notes.
En studio pour l’enregistrement de l’album, Philippe Thomas, Didier Baneaux, Damien Elisa, Jean-Marie et Kersley ont rejoint l’équipe de Fusional Mind pour étoffer sa musique, et Claudio Pierre-Louis a contribué à l’écriture du titre Ile Maurice. “Nos portes ont toujours été ouvertes aux autres. Nous ne faisons pas de la musique par orgueil ou fierté. Nous voulons vraiment que ce soit un moment de partage.” Depuis quelque temps, le management du groupe a été pris en main par Bernard Barbe, dont la responsabilité sera d’accompagner Fusional Mind vers une autre étape de son histoire. La machinerie est déjà en branle.
Kevin Larubarbe s’est accroupi derrière un grand xylophone en bois; Mervyn Laval a choisi le tabouret de la batterie; Josian André, une chaise haute dans un coin en face de Steeve Laridain, qui, lui, s’est mis derrière la console. Le soleil s’est déjà couché, plongeant dans le noir le magnifique paysage avec vue sur Le Morne, côté mer.
Fusional Mind a pris naissance au pied de la montagne et de ses histoires. Le groupe veut désormais intégrer le paysage musical de Maurice :“Lamizik, li res mari mistik. Lamizik, mo mari kontan sa”, comme le dit le refrain de l’hymne…