Étudiant en Fashion and Retail Design en Malaisie, Gaël Froget est aussi un plasticien qui se découvre. Tombant dans la marmite des couleurs lors d’un passage à vide début 2010, il est devenu un accro du pinceau. Le créateur fashion se met en mode peinture. Une dualité qu’il gère dans une parfaite harmonie.
L’art est une exploration perpétuelle. Un état où l’âme s’exprime selon ses humeurs. L’artiste s’avance dans ce monde avec passion. Plus designer que plasticien, Gaël Froget n’a pas étudié l’art à l’école, se consacrant plutôt au Graphic Design.
Après ses études secondaires, il effectue un stage dans une boîte de décor intérieur. “Mais cela ne me branchait pas.” Un autre stage avec Mario Guillot (IV Play), et le voilà qui reste dans la boîte pendant plus de quatre ans, assistant le styliste sur les collections de IV Play. Mais il lui manquait quelque chose. “Je voulais me perfectionner, pour mieux comprendre et maîtriser mon sujet.”
Déclic.
Gaël Froget décide d’aller étudier. Il choisit la Malaisie. Avant d’entamer ses études, il s’accorde quelques mois sabbatiques. C’est à ce moment qu’est venu le déclic pour la peinture. “N’ayant rien à faire, je me suis mis à peindre.” Il enchaîne les tableaux, très sombres, nés dans la frustration. Beaucoup y voient une noirceur qui fait froid dans le dos. Lui l’explique par un besoin d’exploser en couleurs sur une toile pour éviter de péter un câble.
Mais, au fil du temps, les tons se sont éclaircis. L’artiste a trouvé l’équilibre entre passion et frustration. Sa toile est toujours guidée par des émotions; le feeling est à la base de tout. Cela explique également son penchant pour la musique des années 70. Les notes véhiculaient davantage de feeling que le son électro d’aujourd’hui.
Crash course.
Avant d’intégrer l’université de Fashion and Design en Malaisie, il est obligé de suivre un crash course en Fine Arts. Cette nouvelle étape va donner encore plus d’ailes à son art. L’interdiction d’utiliser des couleurs dans les classes de crash course l’incite à inonder sa toile blanche de couleurs, après ses heures de classe. “J’étais tellement frustré de n’utiliser que les crayons ou le charbon à l’école que je me suis défoulé sur les couleurs.” Cela a donné naissance à des toiles où la juxtaposition de couleurs est cernée de noir pour faire ressortir l’éclat des tons vifs.
C’est sur le réseau social Facebook qu’il commence à faire la promotion de son art. Les commentaires fusent. “Je ne m’attendais pas à un tel accueil. Cela m’a donné encore plus de confiance. Ma mère fut la première à m’encourager lorsqu’elle a vu mes peintures.”
Quelque temps après le début de ses cours en Fashion and Retail Design, il a eu l’occasion d’effectuer un stage à la Malaysian International Fashion Alliance (MIFA). Dans la foulée, la directrice de cette institution, Syeba Yip, l’invite à participer à un projet de concept store à Kuala Lumpur. C’est là qu’il a commencé à exposer et à vendre ses peintures. Syeba Yip l’invitera aussi à la Fashion Week à Paris, où il aura l’occasion de côtoyer les grands noms de la mode et de découvrir cet univers.
Can you wear Art ?
Ce projet lui ouvre d’autres portes. Le styliste le plus en vogue de Malaisie, Bernard Chandran (qui habille Lady Gaga, Rihana, Tori Amos…) l’invite à participer à une expo et à présenter un t-shirt, “avec une approche et une interprétation originales”. Il présente Can you wear Art ?, un t-shirt sur lequel il a réalisé un tableau avec des couleurs utilisées en sérigraphie. “Dans cette exposition, j’étais le seul étudiant et le seul étranger. Il n’y avait que des grands noms du domaine artistique malaisien. Ce fut une belle expérience. Bernard Chandran m’a beaucoup épaulé par la suite. Mon t-shirt est d’ailleurs exposé dans le magasin de Chandran à Kuala Lumpur.”
Inspiration.
Dans sa peinture, on retrouve une influence de Picasso et de Vaco. Comme ce dernier, Gaël adopte l’approche du vitrail pour ses tableaux, pour relever ses visages colorés. La déformation des visages s’apparente à Pablo Picasso. “Le visage est une grande source d’inspiration, surtout les défauts, que moi j’interprète comme des qualités. Je trouve la beauté dans les défauts insignifiants. J’essaie de capter la vérité chez les gens.” ?Il envisage de monter une exposition solo en 2013 pour présenter ses créations à Maurice. Dans quelques jours, il repart pour le Malaisie afin de compléter sa dernière année d’études et pour laisser libre cours à d’autres aventures colorées.