La révélation durant le week-end du deal de Rs 600 millions consenti par la State Insurance Corporation of Mauritius avec en contrepartie le rachat de la Gooljaury Tower, dont l’un des principaux promoteurs n’est autre que Rakesh Gooljaury, a provoqué une réunion d’urgence du conseil d’administration de la compagnie d’assurances d’État, hier après-midi. Mais à la mi-journée, les détails du communiqué de presse promis à coups de déclarations du président du board, Me Kushal Lobine, était toujours au stade de rédaction. Le but assigné de la campagne d’explications de la SICOM, dont la Chief Executive Officer est Karuna Obeegadoo, consiste à justifier cette transaction immobilière sur le plan légal. D’autre part, une analyse des détails de l’acte notarié de la Vente en État Futur d’Achèvement (VEFA) comporte une déclaration erronée de taille au sujet du début des travaux alors que le terrain au coeur de la CyberCity d’une superficie de 8 096 mètres carrés, soit environ deux arpents, avait été alloué depuis le 19 mars 2009. De son côté, le bureau politique du MMM, qui s’est réuni, hier après-midi, a pris la décision de lancer une campagne politique en vue d’identifier « gro rekin » tirant les ficelles de cette affaire de « Rs 600 millions pou p’tit kopin ».
Jusqu’à la mi-journée, les tentatives en vue d’entrer en communication avec le Top Management de la SICOM au sujet des explications autour du rachat de Gooljaury Tower à Ebène CybercCity, avec un Price Tag de Rs 591 620 860, ont été vaines. « Le management est engagé dans une importante réunion de travail en vue de rédiger le communiqué de presse », déclare au téléphone une des employés de la SICOM en réponse aux appels du Mauricien pour des détails de la déclaration du management de la compagnie d’assurances après la réunion du conseil d’administration d’hier après-midi.
Il n’est pas à écarter que la publication du communiqué de la SICOM dans l’après-midi coïncide avec une sortie médiatique du président du board, Kushal Lobine, en poste depuis novembre 2011, selon le dernier rapport annuel de la compagnie, justifiant le deal comme étant « legally-compliant ». De son côté, le président du board de SICOM se défend d’être un partenaire de Rakesh Gooljaury ou encore de Nandanee Soornack.
Le dossier d’incorporation de Lubines Holding au Registrar of Companies (File 80914), en date du 3 juin 2008, indique que l’application avait été soumise par Harish Chundunsing avec pour Registered Office la résidence de Me Lobine avec Lubines Holding présentée en tant que Holding Company. Les actionnaires sont les suivants :
— Anistabye Natacha Ruggoo, épouse de Rakesh Gooljaury : 25 actions de Rs 1 000;
— Habeemanoo Soornack, père de Nandanee Soornack : 25 actions de Rs 1 000;
— Kushal Lobine : 25 actions de Rs 1 000;
— Harish Chundunsing : 25 actions de Rs 1 000.
Le 24 novembre 2008, Rakesh Gooljaury assume le secrétariat de la compagnie en remplacement de son épouse. Trois jours plus tard, des changements interviennent dans l’actionnariat avec l’entrée en scène de Nandanee Soornack en remplacement de son père. De leur côté, Kushal Lobine, Anistabye Natacha Ruggoo et Harish Chundunsing vendent à Nandanee Soornack chacun cinq de leurs 25 titres initiaux.
En attendant le communiqué officiel de la SICOM, une analyse du contrat de VEFA avec Rakesh Gooljaury indique des discrepancies non-négligeables dans un contrat majeur avec Rs 600 millions en jeu et avec pour partenaire une société d’État. Depuis le 19 mars 2009, les promoteurs de Gooljaury Tower avaient bénéficié du laxisme de la Business Parks of Mauritius Limited au sujet du démarrage de la construction du projet pour accueillir un « ICT Business Office and other related operations » car la réalisation de la Gooljaury Tower aurait dû démarrer dans les six mois.
Cependant, le contrat de VEFA signé devant le notaire Bernard d’Hotman de Villiers le 4 septembre 2012 contient une « Misrepresentation of Facts » substantielle. A la page 12 de cet acte notarié, au chapitre consacré à « État d’avancement des travaux », mention est faite que « les travaux de construction devront commencer le trente septembre deux mille douze – 30/09/2012 au plus tard ».
Or, à la signature de l’acte notarié, le promoteur Rakesh Gooljaury savait pertinemment bien que cette condition pour démarrer les travaux ne pouvait être respectée et que pendant une période de deux mois, soit octobre et novembre, aucune pression n’avait été exercée sur Arushi Development Ltd pour honorer cet engagement majeur du contrat de VEFA.
La preuve demeure dans une correspondance officielle émanant de la Business Parks of Mauritius Limited en date du 28 août confirmant le renvoi des travaux à novembre 2012. La société de Rakesh Gooljaury bénéficiait d’une fast track auprès de la BPML car ses différentes requêtes étaient accordées presque sur le champ.
« We refer to your letter dated 28th August 2012 and wish to inform you that we have no objection to your postponing the start of your construction till November 2012. However, we would request you to let us have a detailed implementation schedule », avait répondu la BMPL à Arushi Development. Aucune des parties impliquées dans la signature du contrat de VEFA ne peut plaider l’ignorance de cette contradiction car cette correspondance est présentée en annexe à un acte reçu par le notaire soussigné le 4 septembre 2012 et a été certifiée « a true copy ».
Des interrogations se posent quant aux garanties pour le financement de la construction de la Gooljaury Tower. Le libellé du paragraphe b de la page 34 de l’acte notarié se lit comme suit : « L’acquéreur (SICOM) déclare expressément accepter de conférer une sûreté fixe au profit de la State Bank à la garantie du remboursement de toutes facilités qu’elle pourrait accorder au vendeur (Arushi Development Ltd) mais uniquement pour les besoins du financement de la construction de l’immeuble sur les biens et droits (ci-dessus décriés) et présentement vendus, pour garantir des facilités d’un maximum de Rs 500 M. »
En parallèle à la campagne de communication de la SICOM, l’opposition, en particulier le bureau politique du MMM, qui s’est réuni hier après-midi, a fait un tour d’horizon de ce scandale qui ébranle cette compagnie et qui suscite de « gros embarras au sein du gouvernement compte tenu des dessous de l’affaire ». Le leader de l’opposition a fait comprendre à ses troupes que la campagne politique contre le « deal de Rs 600 millions » sera lancée dans les prochains jours avec pour leitmotiv « ki sann-la gro rekin derier sa zafer Rs 600 millions a bann petit kopin ».
À ce stade, très peu de détails ont transpiré quant à la teneur de la campagne mais il n’est pas à écarter qu’elle soit élaborée sur le même modèle que celui utilisé pour dénoncer le scandale du siècle de MedPoint au début de 2011, avec à l’appui une série de meetings, de réunions et de caricatures.