Petit-Raffray a vécu à l’heure du “gamat” le vendredi 31 mai à l’occasion d’une soirée hommage à Sona Noyan, surnommé de son vivant « le roi du gamat ». Une initiative de la Bhojpuri Speaking Union en collaboration avec le ministère des Arts et de la Culture.
C’est sous une tente, à la croisée de Petit-Raffray, que les « équipes » du “gamat” se sont retrouvées le temps d’une soirée pour rendre hommage à celui qui attirait toujours grande foule lors de ses prestations publiques. Son principal adversaire d’alors, Basant Soopaul, a ouvert cette manifestation en comparant Sona Noyan à « une feuille qui se détache de sa branche ». « Linn ale, pou touzour, li pa pou revinn lor sa brans la. » II a tout de suite enchaîné avec kaun ploolwa, une chanson écrite et interprétée par « le roi du gamat » bien avant Kalé pilé, précise-t-il. « Se enn sante ki ti byen popiler. »
Pour Basant Soopaul qui « a chanté et fait des accroches avec lui sur scène, à Maurice et à l’étranger, pendant plus de 30 ans », cette soirée a revêtu un caractère particulier. « Sa soir-la mo ti senti mwa diferan », dit-il « le coeur emplit de tristesse et de nostalgie ». « En general, pou enn gamat, ou sante pou entertain ou piblik. Là c’était pour Sona Noyan… », avance-t-il au Mauricien.
De 19 h à 1 h du matin, les groupes de “gamat” se sont succédé en binôme sur scène. Une soirée entrecoupée de la prestation des autres chanteurs populaires comme le Bhojpuri Baja Bajé Boys, les Bhojpuri Boys, Ravita Salick et son groupe, Geeta Gajadhur ou encore Abdul Hamid Abou Soubia. De son côté, le public, même s’il a apprécié les artistes, faisait clairement comprendre qu’il était là pour le “gamat” : « Nou le tann gamat nou », « met enn sante gamat » « noun vinn-la pou gamat », pouvait-on entendre dans la foule.
Ils étaient nombreux, tous âges confondus, à avoir fait le déplacement à cette occasion et être restés jusqu’à fort tard. Emportés par l’ambiance, certains se sont mis devant la scène ou y sont montés pour danser au rythme de la musique.
Bien que l’émotion était palpable, c’est dans une atmosphère joyeuse que les amateurs s’y sont retrouvés. Toujours curieux d’entendre la réponse de l’autre, défié par son adversaire. Car, le propre même du “gamat” mauricien est ce jeu de question-réponse entre deux chanteurs où la repartie de l’un et de l’autre est attendue avec impatience et est jugée par le public, qui applaudit, crie ou rit selon les énoncés. L’adversaire lui-même écoute attentivement son challenger, préparant entre temps sa réponse. Le “gamat” est caractérisé par l’improvisation et la spontanéité. Souvent, c’est de bonne guerre. À l’instar du jeu entre Vishnu Huree et Mukhesh Ramessur. Le premier nommé, le regard brillant, écoute attentivement le second, sourit et apprécie même par moments ce que dit son adversaire avant de répondre. Des fois, ca peut être violent. Comme ce fut le cas entre Basant Soopaul et Sona Noyan à l’époque. « Inn deza arive pendan sink an nou pa koze. Sete dan koumansma. Kan nou ti pe perform, piblik rasemble an de blok. Ek ti telma for ki de fwa ti pe ena bann priz de bek ant nou. Me nou ti pe kontinye fer akros ansam », raconte M. Soopaul. Il poursuit que par la suite, « nous nous sommes réconciliés mais sur scène, nous étions toujours des adversaires ». Ceux qui ont connu et suivi les deux hommes sur les scènes locales et même internationales s’accordent à dire que « c’était un binôme unique ». « Ti ena kelkesoz dan li ki boucou artis pena et se enn gran vid ki nou ressenti avek so depar », soutient Basant Soopaul.
Les trois autres couples qui se sont produits en « accroche » sont Basant Soopaul et Gian Mohiputlall, Mahen Hurrypal et Santosh Mahadeo, et Chanajee Nawjee et Vinod Seewduth. Auparavant, ceux présents ont eu un aperçu de la carrière de chanteur de “gamat” de Sona Noyan, à travers une présentation PowerPoint.
Parmi les invités présents, l’on note la présence du président du Creole Speaking Union Arnaud Carpooran, du frère Julien Lourdes et du chanteur Marclaine Antoine. Le 31 mai 2013 a aussi vu le dévoilement d’une plaque de rue rebaptisée Sona Noyan. Le chanteur est décédé le 8 février dernier à l’âge de 67 ans.