À l’occassion de la fête Ganesh Chaturthi, observée ce vendredi 14 septembre, les préparations vont bon train dans la communauté marathi à travers le monde. À Maurice, chez la famille Raojee du côté de Dagotière, honorer et célébrer le Dieu Ganesh est une tradition depuis 43 ans. Elle nous invite le temps d’un après-midi à vivre avec elle ces célébrations…

Nous sommes accueillis dans un foyer où Ganesh est omniprésent avec des effigies disposées ici et là. Anand Raojee (pandit officiant dans deux temples de la région) et sa petite famille sont populaires à Dagotière et à travers Maurice pour observer chaque année le Ganapati.

La fabrication de la statuette du Dieu Ganesh est déja achevée.

Cette fête haute en couleur commémore la naissance du Dieu Ganesh (fils du Dieu Shiva et de la déesse Parvati). Cette divinité “est l’une des plus importantes de l’hindouisme. Dans la communauté hindoue, la première prière est offerte à Ganesh, qui est le Dieu qui retire l’obstacle (Vignasharrta)”, explique le patriarche de la famille Raojee. Ganesh symbolise la sagesse, l’intelligence et la connaissance. Anand Raojee raconte que naguère, Ganesh Chaturthi était célébré principalement dans les familles, alors qu’aujourd’hui la célébration s’est répandue à travers les mandirs, associations et autres groupes culturels.

Unité et fraternité

Les festivités commencent un mois plus tôt avec la prière du Naagpanchami, moment où les Raojee débutent le jeûne. Un passage obligé pour tous les dévots qui font un sermon (sankalp), nous explique-t-on. Après la journée de travail, la coutume est le même chaque année. Proches, voisins et amis se rassemblent et “nous effectuons ensemble dans la ferveur nos prières (aarti) et rituels”, explique le chef de famille. Dans un esprit de partage, des petits gâteaux et boissons sont servis. “C’est une célébration qui a débuté en Inde en étant une manière de créer l’unité pour abolir les inégalités comme les systèmes de castes, raconte Tina Raojee.

Ce qui est merveilleux, c’est qu’à la base la fête était observée pour célébrer l’unité et à Maurice, elle a toujours le même symbolisme qui consiste à rassembler les gens dans un esprit de fraternité”. Pendant ce mois, c’est aussi l’occasion de se préparer pour le Jour J avec notamment des répétitions de Jhakri (danses traditionnelles). “C’est ainsi jusqu’au Visanjan (où la statuette de Ganesh est immergée dans la rivière ou la mer).” C’est aussi lors de cette période que la communauté marathi commence la fabrication des statuettes (murthi) représentant le Dieu à la tête d’éléphant (Murthi).

Lors de la préparation de mets traditionnels

Le cycle de la vie

Si cet exercice de fabrication s’est déjà achevé chez les Raojee, le chef de famille tient tout de même à nous parler de son symbolisme. “Certains les fabriquent avec du plâtre de Paris, mais chez nous, nous privilégions depuis toujours l’argile. Selon les livres sacrés, cette terre doit être récupérée là où trois rivières se rejoignent”. Cette matière est privilégiée car elle redevient terre une fois immergée, perpétuant le cycle de la création et de la dissolution dans la nature. “C’est un cycle où l’homme créé par la terre redevient terre un jour. À mesure que la statuette fond, tous les désirs que nous avons sont comblés”. Par ailleurs, les statuettes ne sont pas censées être vides à l’intérieur, comme c’est le cas de celles fabriquées de façon moderne. “Comme un être humain, nous ne sommes pas vides à l’intérieur”.

Comme les Mauriciens viennent de plusieurs régions de l’île pour voir Ganesh chez les Raojee, le lieu où est installé le murthi nécessite une préparation connue comme le mankhar (gadhi) pour rendre l’espace joli et attrayant. Par ailleurs, chez les Raojee, les célébrations de Ganesh Chaturthi se tiennent sur dix jours et demi, au terme desquels le Visanjan sera observé.

Symbolisme

Le Lo Tan Gan et le Mahayaj sont des coutumes assez uniques dans la communauté marathi durant la période précédant le Ganesh Chaturthi. Le Lo Tan Gan est une tradition qui s’est perdue mais qui revient par le biais de quelques groupes qui assurent la relève. “D’habitude, en allant dans des lieux de culte, nous utilisons quelque chose qui ne nous appartient pas, comme une fleur ou une noix de coco. Dans Lo Tan Gan, c’est notre corps qui est offert en sacrifice à Dieu”. En ce qui concerne le Mahayaj, “à travers chaque offrande que nous offrons, nous recevons des choses différentes”. Par exemple, lors d’un ganapathi show, nous offrons mille modak ou mille sinden (feuilles très appréciées par Ganesh surtout quand il avait avalé un démon pour apaiser sa douleur). Ainsi, 21 items sont utilisés dans la prière à Ganesh.

“Avant le départ de Ganesh, qui est un invité très spécial”, le maximum est entrepris pour lui faire plaisir avec la préparation de gâteaux, entre autres kanawla, kodak, kapner qui sont partagés entre fidèles. Curry et riz, warda (mets traditionnels) ou encore le puranpoli (dholl puri dou) sont autant de préparations qui ajoutent à la richesse de la cuisine maharashtrienne mauricienne.

Danse, kirtan, bhajan accompagnent les dévots jusqu’aux rivières, digues et mers du pays pour l’immersion. “Pour notre part, nous allons jusqu’au Dickson Lake situé entre Upper et Lower Dagotière”. Les tenues sont très traditionnelles, kashti pour les filles (sari) et kurta avec pagri (bandeau attaché sur la tête) pour les hommes. Après l’immersion, les célébrations se terminent de façon festive sur le chant Pudcha Vaeshi Lavkar ya, qui veut dire Glory to Lord Ganesha, Come Back Quickly next year.